Les opérations de la guerre n'étaient pas encore commencées, et déja
on publiait à Constantinople qu'elle était finie, et que Maxime avait
défait Théodose dans une grande bataille. Ce faux bruit se chargeant
toujours de nouvelles circonstances en passant de bouche en bouche, on
citait le nombre des morts et des blessés; on ajoutait que l'empereur
était poursuivi de près, et qu'il ne pouvait échapper. Ceux qui avaient
le matin inventé cette fable, l'entendaient débiter le soir revêtue
de tant de particularités et avec tant d'assurance, qu'ils devenaient
eux-mêmes les dupes de leur propre mensonge. Les Ariens, irrités
de voir les églises de la ville en la possession de ceux qu'ils en
avaient si long-temps exclus, crurent aisément ce qu'ils désiraient.
Ils s'assemblèrent et coururent mettre le feu à la maison de l'évêque
Nectarius. Elle fut réduite en cendres avec le toit de l'église de
Sainte-Sophie, que Rufin fit réparer dans la suite par ordre de
l'empereur. La fureur aurait été plus loin, s'il ne fût arrivé des
nouvelles certaines, qui détrompèrent les séditieux[655]. Il fallut
demander pardon de cette insulte. Arcadius en écrivit à son père, et
obtint grace pour les coupables. Mais afin de réprimer à l'avenir
l'insolence des hérétiques, Théodose étant arrivé à Stobes, sur les
frontières de la Macédoine, renouvela, par une loi du 14 de juin,
les défenses qu'il leur avait faites tant de fois de s'assembler, de
prêcher, de célébrer les mystères. Il chargea le préfet du prétoire
de veiller à l'observation de cette ordonnance, et de punir les
contrevenants. Deux jours après, étant encore dans la même ville, il
ordonna au préfet d'employer les plus sévères châtiments pour imposer
silence à tous ceux qui disputeraient publiquement sur la doctrine, et
qui, soit par des prédications, soit par des conseils, échaufferaient
sur ce point l'esprit des peuples.
[Note 655: _Constantinopoli dudum domus episcopi incensa est,
et filius clementiæ tuæ intercessit apud patrem; ut et suam, hoc
est, filii imperatoris injuriam, et domus sacerdotalis incendium non
vindicares._ Ambr. ep. 40, ad Theod., t. 2, p. 950.--S.-M.]
[Note latérale: LVII.
Flotte de Maxime.
Amb. ep. 40. t. 2, p. 946.
Pacat. c. 32.
Oros. l. 7, c. 35.