Il n'oublia pas de faire les réglements nécessaires pour maintenir
pendant son absence le bon ordre dans l'église et dans l'état. Il
défendit de nouveau aux hérétiques de tenir des assemblées. Il
déclara nuls et adultères les mariages entre les chrétiens et les
juifs[651]. Les hommes puissants, surtout en Égypte et dans Alexandrie,
ville turbulente et pleine de désordres, s'attribuaient l'autorité
d'arrêter leurs ennemis et de les tenir en chartre privée, quoique
cette violence fût dès les temps anciens prohibée par les lois
romaines; Théodose adressa au préfet d'Égypte une loi plus rigoureuse
que les précédentes[652]; il soumit cet abus aux peines du crime de
lèse-majesté. Ce prince, si juste et si religieux se laissa cependant
alors entraîner à une violence également contraire à la religion et
à la justice. Olympiade, sortie d'une famille très-illustre[653], et
connue dans l'histoire de l'Église par la sainteté de sa vie, et par
son attachement à saint Jean Chrysostôme persécuté, était alors dans
sa première jeunesse. Ayant perdu son mari, Nébridius, qui avait été
préfet de Constantinople, elle renonça à un second mariage, et se
consacra au service de Dieu. Elpidius, seigneur espagnol, cousin de
Théodose, après de vaines sollicitations, s'adressa à l'empereur pour
la contraindre de l'épouser. Le prince fut piqué du refus d'Olympiade,
comme d'un mépris qu'elle faisait de son alliance; il commanda, il
menaça: tout fut inutile. Voulant vaincre la constance de cette femme,
il ordonna au préfet de Constantinople de tenir tous ses biens en
saisie, jusqu'à ce qu'elle eût atteint l'âge de trente ans, dont elle
était encore éloignée. Olympiade écrivit à l'empereur qu'elle le
remerciait de l'avoir déchargée d'un fardeau si onéreux; et que s'il
voulait l'obliger tout-à-fait, elle le priait de distribuer ses biens
aux pauvres et aux églises. Le préfet gênait beaucoup Olympiade, et la
tenait dans une sorte de servitude: un si dur traitement n'ébranla pas
sa résolution. Enfin, Théodose au retour de la guerre contre Maxime,
admirant lui-même la fermeté de cette veuve chrétienne, lui fit rendre
ses biens et sa liberté.
[Note 651: Ces mesures furent ordonnées, la première, par une loi
datée de Stobi, le 14 juin 388, et la seconde, par une autre loi rendue
à Thessalonique, le 29 février 388.--S.-M.]
[Note 652: Cette loi est du 30 mai 388.--S.-M.]
[Note 653: Elle était parente d'Olympias fille d'Ablabius, préfet
du prétoire sous Constantin, et épouse d'Astace roi d'Arménie, après
avoir été fiancée à l'empereur Constant. Voyez son histoire t. 2, p.
240 et 241, l. X, § 21 et 23, et t. 3, p. 270-275, l. XVII, § 4.--S.-M.]
[Note latérale: LV.
Trahison punie.
Zos. l. 4, c. 45.