La terreur de son nom s'était répandue jusqu'au-delà du Rhin et du
Danube; plusieurs nations de la Germanie lui payaient tribut. En effet
ses forces étaient redoutables: le nombre et le courage de ses troupes
semblaient lui promettre la conquête de l'Orient. A la tête de son
armée étaient son frère Marcellinus et Andragathe, tous deux aussi
méchants que lui, mais plus braves et plus intrépides. Andragathe,
pour fermer à Théodose l'entrée de l'Italie, s'occupa pendant l'hiver
à fortifier les Alpes Juliennes et les passages des rivières. Maxime
ayant choisi Aquilée pour sa résidence, gouvernait de là tout
l'Occident. Résolu de ne pas hasarder sa personne, il s'attendait
à voir bientôt à ses pieds Théodose chargé de fers. Il avait établi
pour préfet de Rome, Rusticus Julianus, que ses partisans avaient
onze ans auparavant songé à élever à l'empire pendant une maladie de
Valentinien. C'était un homme cruel et sanguinaire; mais incertain du
succès de la guerre, il se ménagea une ressource auprès de Théodose,
en se conduisant avec une douceur et une humanité qui ne lui étaient
pas naturelles. Le peuple de Rome ayant brûlé la synagogue des Juifs,
Rusticus attendit à ce sujet les ordres de Maxime. Celui-ci envoya des
soldats pour contenir le peuple et rétablir la synagogue. La protection
qu'il accordait à cette nation odieuse, acheva de lui faire perdre
l'affection des chrétiens, dont tous les vœux se réunissaient en faveur
de son ennemi[648].
[Note 648: Le peuple disait qu'il ne pouvait rien lui arriver de
bon, puisqu'il s'était fait juif. _Maximus destitutus est_, dit S.
Ambroise, en écrivant à Théodose, ep. 41, t. 2, p. 953, _qui ante ipsos
expeditionis dies, cum audisset Romæ synagogam incensam, edictum Romam
miserat, quasi vindex disciplinæ publicæ? Unde populus christianus ait:
Nihil boni huic imminet. Rex iste Judæus factus est._--S.-M.]
[Note latérale: AN 388.