Histoire de Gérontius.]

Ces barbares, dispersés en divers cantons de la Thrace, conservaient

leur férocité naturelle; ils avaient peine à s'accoutumer à la

discipline romaine. Un de leurs détachements, composé des plus braves

et des mieux faits, campait aux portes de Tomes, métropole de la petite

Scythie, en-deçà du Danube. L'empereur leur avait assigné une paye

plus forte qu'à ses propres troupes; il leur avait, par honneur, donné

des colliers d'or. Fiers de ces distinctions, ils méprisaient les

soldats de la garnison; ils les insultaient et les maltraitaient en

toute occasion. Ils formaient même des desseins sur la ville, et l'on

avait sujet de tout appréhender de leur caractère brutal et impétueux.

Gérontius commandait la garnison; c'était l'homme du monde le moins

propre à souffrir ces insultes. Aussi fougueux que les barbares, il

ne leur cédait ni en courage ni en force de corps. Il résolut de

les prévenir; et ayant fait part de son dessein aux officiers de la

garnison, comme il les voyait intimidés et peu disposés à le suivre,

il ne prend avec lui que sa garde, qui formait un fort petit nombre,

sort à cheval, l'épée à la main, et va d'un air intrépide charger les

barbares. Les autres soldats saisis de frayeur se tiennent sur la

muraille, simples spectateurs d'un combat si inégal. Les barbares se

moquent d'abord de la folle témérité de Gérontius; c'était à leurs

yeux un insensé qui venait chercher la mort; ils détachent sur lui

quelques-uns de leurs guerriers les plus braves et les plus robustes.

Gérontius s'attache au premier qui vient à lui, il le saisit au corps;

et tandis qu'il s'efforce de le renverser de cheval, un de ses gardes

abat d'un coup de sabre l'épaule du barbare, qui tombe par terre. Ce

coup saisit les autres d'effroi. Gérontius se jette tête baissée au

travers de l'escadron; les soldats romains, ranimés par son exemple,

sortent de la ville; ils fondent sur la troupe ennemie, ils en font

un horrible carnage. Ceux qui échappèrent se réfugièrent dans une

église voisine qui leur servit d'asile. Gérontius ayant par cette

action de valeur réprimé l'insolence des Gruthonges, s'attendait à des

récompenses. Mais Théodose, irrité qu'il eût de son chef et sans l'avis

de ses supérieurs entrepris un coup de cette importance, songeait bien

plutôt à le punir. On l'accusa même de n'avoir attaqué les barbares que

pour leur enlever les colliers d'or qu'ils tenaient de la libéralité

de l'empereur. Gérontius s'en justifia par le soin qu'il avait eu,

aussitôt après sa victoire, de remettre ces colliers entre les mains

des officiers du trésor. Si l'on s'en rapporte à Zosime, qui ne rend

presque jamais justice à Théodose, Gérontius n'évita un traitement

rigoureux qu'aux dépens de sa fortune, qu'il fallut sacrifier pour

acheter la protection des eunuques du palais.

[Note latérale: XIII.

Théodose épouse Galla.

Idat. fast.

Marcel. Chr.

Zos. l. 4. c. 43 et 44.

Socr. l. 4, c. 26.

Philost. l. 10, c. 7.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 259 / 388 题