Marcel. Chr.]

Depuis cinq ans la paix n'avait été troublée en Orient que par

quelques incursions qu'on avait facilement réprimées. La réputation de

Théodose rendait la frontière respectable à tant de nations guerrières

dont l'empire était environné, lorsqu'un nouvel essaim de barbares

vint menacer la Thrace des mêmes désastres qu'elle avait éprouvés

sous le règne de Valens. C'étaient des Ostrogoths, appelés aussi

Gruthonges[629] qui, dix ans auparavant, chassés de leur pays par les

Huns, erraient dans cette vaste contrée qui s'étend du Danube à la mer

Baltique. Réunis sous un chef[630] nommé Odothée, ils entraînèrent

avec eux une partie de ces nations féroces dont ils traversaient le

pays. L'amour de la guerre et l'espérance du pillage leur associèrent

un grand nombre de Huns; et c'est à cause du mélange de ces deux

puissantes nations que quelques auteurs donnent à ces barbares le nom

de Gothuns[631]. Tout à coup la rive septentrionale du Danube parut

couverte d'une multitude immense de guerriers suivis de leurs chariots,

de leurs femmes et de leurs enfants[632]. Ils envoyèrent demander le

passage à Promotus, général des troupes de la Thrace. Ce capitaine,

aussi rusé que vaillant, s'avança aussitôt avec son armée, qu'il

étendit le long du fleuve pour en défendre les bords. En même temps

il choisit entre ses soldats des hommes de confiance, qui savaient

la langue de ces barbares; il leur ordonna de passer le fleuve et de

tromper les ennemis en leur promettant de leur livrer l'armée romaine

avec le général. Ceux-ci s'acquittèrent adroitement de leur commission.

Ils demandèrent d'abord une somme exhorbitante pour récompense de

leur trahison. On disputa long-temps; enfin on se relâcha de part et

d'autre, et l'on s'accorda sur le prix dont la moitié serait payée

sur l'heure, et le reste après la victoire. On convint et des signaux

et du moment de l'attaque; elle devait se faire de nuit. Les soldats

revinrent et informèrent de tout leur général.

[Note 629: Zosime a tort de dire, l. 4, c. 38, que cette nation

scythique était inconnue aux habitants des bords du Danube, quand elle

parut sur les bords de ce fleuve, ἔθνος τὶ Σκυθικὸν ὑπὲρ τὸν Ἴστρον

ἐφάνη, πᾶσιν ἄγνωστον τοῖς ἐκεῖσε νομάσιν. Les Romains avaient assez

souvent combattu les mêmes ennemis, quand ils étaient commandés par

Alathée et Saphrax, pour qu'ils eussent dès long-temps appris à les

connaître. Voyez ci-devant pag. 102, l. XX, § 5. C'est sans doute par

une faute de copiste que le même auteur semble dire que ces peuples

étaient appelés _Prothinges_ par les Barbares, ἐκάλουν δὲ Προθίγγους

αὐτοὺς, οἱ ταύτῃ Βαρβαροι. Il faut lire Γροθίγγους, au lieu de

Προθίγγους.--S.-M.]

[Note 630: Claudien lui donne le titre de roi, _in 4º cons. Honor._

v. 632. Voyez ci-après, p. 322, note 1.--S.-M.]

[Note 631: Le nom de _Gothunnus_ ne se trouve que dans quelques

manuscrits de Claudien. Il y est souvent même remplacé par celui de

_Gruthungus_. Cette leçon a été adoptée par presque tous les éditeurs.

Il est question de ce peuple, mais seulement sous le nom de Gruthunges,

dans le 2e livre contre Eutrope, v. 153.

......... Ostrogothis colitur mixtisque Gruthungis

Phryx ager,

et un peu plus loin, v. 196

........ Bene rura Gruthungus

Excolet.

--S.-M.]

[Note 632: Claudien porte à trois mille le nombre des barques avec

lesquelles les Gruthunges tentèrent le passage du Danube.

Ausi Danubium quondam tranare Gruthungi,

In lintres fregere nemus: ter mille ruebant

Per fluvium plenæ cuneis immanibus alni.

Dux Odothœus erat.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 254 / 388 题