A peine saint Martin fut-il éloigné, que les sollicitations cruelles
d'Ithacius et de ses partisans firent oublier à Maxime la parole
qu'il avait donnée. Il chargea de l'information le préfet Evodius,
magistrat intègre, mais sévère. La cause fut examinée en deux
audiences. Priscillien convaincu, n'osa désavouer ses infamies; il
fut déclaré coupable et mis en prison, jusqu'à ce que le prince eût
été consulté. Maxime ordonna de trancher la tête à Priscillien et
à ses complices. Ithacius était l'ame de toute cette procédure; il
avait assisté à la question. Mais après avoir conduit ces misérables
jusqu'aux portes de la mort, il s'arrêta par une vaine politique; et
comme s'il eût encore été temps d'éviter la haine publique, il refusa
de se trouver au jugement définitif. L'avocat du fisc prit à sa place
le rôle d'accusateur. Priscillien eut la tête coupée avec la veuve
Euchrocia[612], et cinq de ses sectateurs[613]. Instantius et un autre
complice qui n'est pas nommé[614], furent dépouillés de leurs biens,
et relégués pour toujours dans les îles Sylines, nommées maintenant
Sorlingues, à la pointe occidentale de l'Angleterre[615]. Quelques
autres[616] en furent quittes pour un exil de quelque temps, parce
qu'ils n'avaient pas attendu la question pour avouer leurs crimes et
révéler leurs complices. Une femme nommée Urbica, connue pour être
attachée à la doctrine de Priscillien, fut assommée à coups de pierres
par la populace dans la ville de Bordeaux.
[Note 612: En parlant du supplice d'Euchrocia, qu'il regarde, ainsi
que les autres Priscillianistes, comme des victimes de Maxime, Pacatus
dit, c. 29: _De virorum mortibus loquor, cum descensum recorder ad
sanguinem fœminarum, et in sexum cui bella parcunt, non parce sævitum?
Sed nimirum graves suberant, invidiosæque causæ ut unco ad pœnam clari
vatis matrona raperetur. Objiciebatur enim, atque etiam exprobrabatur
mulieri viduæ nimia religio, et diligentius culta divinitas._--S.-M.]
[Note 613: Ils se nommaient Félicissimus, Arménius, Latronianus,
Asarinus et le diacre Aurélius. Ces deux derniers furent exécutés
quelque temps après Priscillien.--S.-M.]
[Note 614: Sulpice Sévère l'appelle Tibérianus. Il était né, selon
S. Jérôme (_de Vir. illust._ c. 122) dans l'Espagne Bétique.--S.-M.]
[Note 615: _Instantius, in Sylinam insulam, quæ ultra Britanniam
sita est, deportatus._ Sulp. Sev. lib. 2, cap. 65. L'île _Sylina_,
faisait partie du groupe appelé plus anciennement les îles des Silures,
_Silurum insulæ_. On les nomme actuellement _Scilly_; elles se trouvent
à l'extrémité du pays de Cornouailles, dont elles sont séparées par
un détroit orageux, _turbidum fretum_, dit Solin, c. 22. Elles sont
célèbres par des mines d'étain, qui leur firent donner dans l'antiquité
le nom de Cassitérides.--S.-M.]
[Note 616: Tertullus, Potamius et Johannes.--S.-M.]
[Note latérale: XLVI.
Lettre de Maxime au pape Sirice.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 3, c. 15.
[Till. Priscill. art. 10.]]
Maxime n'oublia pas de tirer avantage de cette exécution cruelle et
irrégulière, comme d'une action héroïque en faveur de la religion.
Il envoya au pape Sirice un copie des pièces avec cette lettre: _Nous
vous protestons que nous ne désirons rien avec plus d'ardeur, que de
conserver la foi catholique dans sa pureté, de bannir de l'église
toutes les divisions, et de voir tous les évêques servir Dieu dans une
parfaite union de cœur et d'esprit._ Après un discours assez obscur,
qui paraît avoir rapport au schisme d'Ursinus, qu'il se vante d'avoir
étouffé, il ajoute: _Pour ce qui concerne les horreurs des Manichéens,
qui sont depuis peu parvenues à notre connaissance, et qui ont été
vérifiées en jugement, non par des conjectures, mais par l'aveu des
coupables, j'aime mieux que votre sainteté en soit instruite par les
actes que je lui envoie, que par notre bouche, ne pouvant énoncer sans
rougir, des crimes honteux tout à la fois à commettre et à rapporter._
[Note latérale: XLVII.
Toute l'église blâme le supplice des Priscillianistes.
Sulp. Sev. dial. 3, art. 15.
Pacat. paneg. § 29.
Prosp. chr.
Isid. de viris illustr. c. 2.
Pagi ad Baron.
Hermant, vie de S. Ambr. l. 3, c. 15.