Les Priscillianistes furent l'objet de son zèle sanguinaire. Quoique
cette hérésie n'ait pas été une de ces sectes dominantes qui ont
agité l'empire et causé de grandes révolutions dans l'ordre civil,
elle mérite cependant une place distinguée dans cette histoire: c'est
la première contre laquelle le bras séculier se soit armé du glaive;
et l'église témoigna pour lors, par un cri général, combien elle est
éloignée de cet esprit de persécution, qui va le fer à la main chercher
l'hérésie jusque dans le sein de l'hérétique. La source du mal vint
de l'Egypte[604]. Marc de Memphis ayant formé un composé monstrueux
de diverses erreurs[605], jointes aux pratiques les plus obscènes
des païens, des Gnostiques, et des Manichéens, fut chassé par les
évêques[606]. Il passa d'abord dans la Gaule, aux environs du Rhône, et
de là en Espagne, où il séduisit une femme noble nommée Agape[607], et
le rhéteur Helpidius. Priscillien, né en Galice, embrassa ses dogmes
impies, et devint aussitôt le chef de la secte. Il était noble, riche,
spirituel, éloquent, d'une grande lecture, et subtil dialecticien. A
ces qualités[608] si propres à séduire, il joignait des apparences
de vertu encore plus dangereuses, l'austérité des mœurs, l'humilité
extérieure, le détachement des richesses, l'habitude des veilles, des
jeûnes, des travaux. Mais il était vain, inquiet, enflé de son savoir;
et, sous un visage mortifié, il cachait les plus honteux désordres.
Il s'était dès sa jeunesse entêté des chimères de la magie. Flatteur
et persuasif, il eut bientôt gagné un grand nombre d'Espagnols de
toute condition, et surtout des femmes, légères, curieuses, avides de
nouveautés. Cette contagion s'étendit en peu de temps presque dans
toute l'Espagne; elle infecta même plusieurs évêques, entre autres
Instantius et Salvianus, qui se lièrent par serment avec Priscillien.
[Note 604: _Origo istius mali oriens ab Ægyptiis._ Sulp. Sev. l. 2,
c. 61.--S.-M.]
[Note 605: Sulpice Sévère l'appelle, l. 3, c. 61, l'infame hérésie
des Gnostiques, _infamis illa Gnosticorum hæresis_, une détestable
superstition, _superstitio exitiabilis_.--S.-M.]
[Note 606: _Idatius Hispaniarum episcopus, cognomento et
eloquio clarus, scripsit quemdam librum sub apologetici specie: in
quo detestanda Priscilliani dogmata, et maleficiorum ejus artes,
libidinumque ejus probra demonstrat; ostendens Marcum quendam
Memphiticum, magicæ artis scientissimum, discipulum fuisse Manis et
Priscilliani magistrum._ Isid. _de Vir. illustr._--S.-M.]
[Note 607: _Agape quædam non ignobilis mulier._ Sulpic. Sev. lib.
2, cap. 61.--S.-M.]
[Note 608: _Felix profecto, si non pravo studio corrupisset optimum
ingenium; prorsus multa in eo animi et corporis bona cerneres._ Sulp.
Sev. l. 2, c. 61.--S.-M.]
[Note latérale: XL.
Concile de Sarragosse.
Sulp. Sev. l. 2, c. 62.
Baron. an. 381.