Extrait de la requête.]

Jamais la cause de l'idolâtrie ne fut plaidée avec plus de chaleur et

d'éloquence. La requête contenait deux chefs; on demandait que l'autel

de la Victoire fût rétabli dans le sénat, et qu'on rendît aux prêtres

et aux vestales les fonds, les revenus, les priviléges dont Gratien

les avait dépouillés. L'orateur faisait valoir l'ancienneté du culte

qu'on prétendait proscrire; il tirait avantage de la tolérance de

Constantin, de Jovien, de Valentinien le père, qui n'avaient troublé

dans les temples ni les dieux ni leurs sacrificateurs; il étalait avec

pompe les obligations que les Romains avaient à la Victoire, tant

d'ennemis abattus, tant de royaumes conquis, tant de triomphes; il

opposait, à l'exemple de Constant et de Constance, celui de Valentinien

le père qui, du séjour des dieux où sa vertu l'avait élevé, considérait

avec attendrissement les larmes des vestales, et s'offensait de

voir détruire ce qu'il avait voulu conserver; il faisait parler

Rome à Valentinien et à Théodose tout ensemble: «Princes généreux,

disait-elle, pères de la patrie, respectez mes années. C'est au culte

des dieux que je dois la durée de mon empire; je serais ingrate de les

oublier. Permettez-moi de suivre mes maximes, c'est le privilége de

ma liberté. Cette religion que vous m'arrachez m'a soumis l'univers,

elle a repoussé Annibal de devant mes murailles, elle a précipité les

Gaulois du haut de mon capitole. N'ai-je donc si long-temps vécu que

pour tomber dans le mépris? Laissez-moi du moins le temps d'examiner

ce nouveau culte qu'on veut introduire; quoiqu'après tout, vouloir

me corriger dans ma vieillesse, c'est s'y prendre bien tard; c'est me

faire un affront sensible.» Il ajoutait que tous les cultes, toutes

les religions tendent au même but, quoique par des voies différentes;

qu'il fallait laisser aux hommes la liberté de choisir le chemin pour

arriver à ce sanctuaire auguste, où la divinité s'enveloppe de sa

propre lumière, et se dérobe à leurs yeux; il relevait le ministère

des pontifes et des vestales, et montrait combien il était injuste

de les priver de leur subsistance, de leur ravir les droits qui leur

revenaient de la libéralité des testateurs; il insistait beaucoup sur

la famine dont Rome avait été désolée aussitôt après l'édit de Gratien:

c'était, à l'entendre, un effet manifeste de la vengeance des dieux,

qui, voyant que les hommes refusaient la subsistance à leurs prêtres,

la refusaient eux-mêmes aux hommes: c'était le sacrilége de Gratien

qui avait séché les fruits de la terre jusque dans leurs racines; il

excusait cependant ce prince, séduit par de mauvais conseils; et il

finissait en exhortant Valentinien à réparer le mal que son frère

n'avait fait que par la malice des impies, qui avaient fermé l'accès du

trône aux députés du sénat, dépositaires de la vérité.

[Note latérale: XXXIII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 218 / 388 题