Peu de temps après l'arrivée des ambassadeurs de Perse, le 9 septembre,
il naquit un second fils à Théodose. L'empereur le nomma Honorius[583],
en mémoire de son frère, qu'il avait tendrement aimé. Il lui donna,
dès sa naissance, le titre de Nobilissime, et le désigna consul
pour l'année 386. Il n'y avait eu jusqu'alors que quatre préteurs à
Constantinople: Théodose en doubla le nombre[584]; mais il ordonna
en même temps que deux préteurs ensemble ne feraient, pour les jeux
publics, que la même dépense, à laquelle un seul individu avait été
auparavant obligé. Les magistrats se ruinaient souvent, soit par les
largesses qu'il était d'usage de faire, et qu'ils portaient à l'excès;
soit par la magnificence dont ils se piquaient dans les spectacles
qu'il donnaient au peuple; l'empereur mit un frein à une vanité si
nuisible aux familles, en réglant ces dépenses[585]. Valentinien venait
d'en faire autant pour l'Occident; et les deux princes avaient, par ces
lois, répondu aux désirs des deux sénats de Rome et de Constantinople,
qui gémissant de ces abus auxquels leurs membres étaient forcés de
s'assujettir, en avaient proposé la réforme; mais comme les plus sages
réglements deviennent trop souvent inutiles par les dispenses que la
faveur obtient pour y contrevenir, Théodose déclara par une loi[586],
que quiconque demanderait au prince un rescrit pour avoir la liberté
de violer un décret du sénat, serait noté d'infamie et puni par la
confiscation du tiers de son patrimoine. Il étendit sa générosité
jusque sur l'empire d'Occident. Il honorait Symmaque et le comblait de
présents. Il fit conduire à Rome des chevaux et des éléphants pour les
jeux du cirque. Le blé d'Afrique, n'ayant pu arriver à cause des vents
contraires, Rome était menacée de la famine, lorsqu'elle reçut avec
une joie incroyable un grand convoi de blé que Théodose y envoyait de
Macédoine. Le sénat lui marqua sa reconnaissance de tant de bienfaits,
par une statue équestre qu'il fit dresser en l'honneur de Théodose le
père. Rome, qui depuis long-temps avait perdu l'habitude de voir des
triomphes, en vit un vers ce temps-là d'une espèce toute nouvelle, et
aussi frivole que Rome elle-même l'était devenue en comparaison de ce
qu'elle avait été autrefois. Un homme du peuple ayant déjà enterré
vingt femmes, en épousa une qui avait rendu le même office à vingt-deux
maris. On attendait avec impatience la fin de ce nouveau mariage, comme
on attend l'issue d'un combat entre deux athlètes célèbres; enfin, la
femme mourut, et le mari, la couronne sur la tête et une palme à la
main, ainsi qu'un vainqueur, conduisit la pompe funèbre, au milieu des
acclamations d'une populace innombrable. Saint Jérôme rapporte ce fait,
dont il fut témoin oculaire.
[Note 583:
.................... Nec carior olim
Mutua Ledœos devinxit cura Laconas.
Addidit et proprio germana vocabula nato;
Quaque datur, fratris speciem sibi reddit adempti.