Suet. in Aug. c. 42.]

L'année suivante, Mérobaudès étant consul pour la seconde fois avec

Saturninus, les païens attribuèrent à la colère des Dieux, que Gratien

méprisait, la famine dont Rome fut affligée[463]. La moisson avait

manqué dans cette contrée de l'Italie, et les vents contraires avaient

arrêté les vaisseaux qui apportaient le blé d'Afrique. Ce fut alors que

Rome fit connaître la prodigieuse corruption où elle était parvenue

depuis un peu plus de trois siècles, et que nous avons tracée d'avance

dans l'histoire de Constantin. Auguste, dans une pareille extrémité,

avait fait sortir de Rome les étrangers, excepté les médecins et

ceux qui enseignaient les arts libéraux. Cette dureté, à laquelle

la nécessité servait d'excuse, avait été trop souvent imitée. Dans

l'occasion dont je parle, tous les étrangers eurent ordre de sortir

de la ville; mais on y retint par privilége, les baladins et les

danseuses, qui se trouvèrent au nombre de trois mille. Ces malheureux

bannis, errans sans secours dans les campagnes desséchées et stériles,

étaient réduits à se nourrir de glands, de racines et de fruits

sauvages. Leur sort déplorable attendrissait ceux qui, dans leurs

propres maux, conservaient encore quelque sensibilité du malheur des

autres. Personne n'en fut plus vivement touché que le préfet de la

ville: on croit qu'il se nommait Anicius Bassus. C'était un vieillard

ferme et généreux, rempli de cette charité que la religion chrétienne

étend sur tous les hommes, et de cette confiance qu'elle inspire dans

les plus rudes adversités.

[Note 463: Les diverses lois de cette année font voir que Gratien

résida encore en Italie, il en passa tout le commencement jusqu'au 2

mai à Milan. Il alla ensuite à Padoue, où il était les 22, 27 et 28 du

même mois. On le retrouve à Vérone, le 17 juin.--S.-M.]

[Note latérale: XLV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 180 / 388 题