Mem. Acad. Insc. et B. L. t. 15, p. 140.]

Ce saint prélat soutint l'honneur de l'empereur et du christianisme

dans une affaire plus éclatante. L'autel de la Victoire subsistait

à Rome dans la salle du sénat, depuis que Julien l'avait rétabli.

C'était un monument célèbre où l'idolâtrie semblait encore triompher,

et que les sénateurs chrétiens ne pouvaient voir sans honte et sans

douleur. Gratien fit cesser ce scandale; l'autel fut détruit. Il fit

plus; il confisqua les revenus assignés à l'entretien des pontifes, et

les terres dont la superstition avait fait donation aux temples. Il

annula les priviléges et les immunités des prêtres et des vestales; il

ordonna que les fonds qui leur seraient légués par testament, seraient

dévolus au fisc, et il ne les laissa jouir que des legs mobiliaires.

Jamais l'idolâtrie n'avait reçu de coup plus sensible. Attaquée dans

son sanctuaire, elle anima à sa défense les sénateurs païens: ils

dressèrent une requête pour demander la révocation de cet édit, et

députèrent au nom du sénat entier Symmaque, à la tête du collége des

pontifes, qui tous étaient sénateurs. Ce Symmaque est celui dont nous

avons dix livres de lettres. Il était recommandable par son mérite

et par celui de son père, que nous avons vu préfet de Rome sous

Valentinien[459]. Il avait été gouverneur de la Lucanie et du pays des

Bruttiens[460], et proconsul d'Afrique[461]. La demande des païens ne

pouvait être appuyée d'une plus grande autorité. Mais les sénateurs

chrétiens, et c'était le parti le plus nombreux, désavouèrent hautement

les députés; ils mirent entre les mains du pape Damase une requête

toute contraire, par laquelle ils protestaient que, loin de demander

le rétablissement de l'autel de la Victoire, ils étaient résolus de ne

plus aller au sénat, s'il était rétabli. Damase fit tenir cette requête

à saint Ambroise, pour la remettre à l'empereur. Gratien, prévenu par

le prélat, renvoya les députés païens sans vouloir les entendre; il

refusa même la robe de grand pontife, qu'ils avaient apportée pour la

lui présenter à cette occasion, et rejeta ce titre, que Constantin

et ses successeurs avaient jugé à propos de conserver. Il crut que,

dans l'état de faiblesse où tant de coups redoublés avaient réduit le

paganisme, il n'était plus besoin de ce ménagement politique. Depuis

ce temps, le titre de grand pontife cessa d'être attaché à la dignité

impériale; et Gratien conféra au préfet de Rome la jurisdiction dont

avait été revêtu le chef de la religion païenne. Zosime raconte que le

premier des pontifes, en recevant la robe que Gratien lui renvoyait,

s'écria: _S'il ne veut pas être grand pontife, Maxime le sera bientôt._

La témérité de ces paroles est voilée dans l'expression latine, sous

une équivoque assez puérile[462]. Si le fait est véritable, il faut

supposer qu'on avait déjà en Italie quelque pressentiment de la révolte

de Maxime.

[Note 459: En 364 et 365.--S.-M.]

[Note 460: Correcteur de la Lucanie et du Brutium en 365. Il

s'appelait Q. Aurélius Symmachus.--S.-M.]

[Note 461: Ce proconsulat est de l'an 370 ou de l'an 373.--S.-M.]

[Note 462: Εἰ μὴ βούλεται Ποντίφιξ βασιλεὺς ὀναμάζεσθαι, τάχιστα

γενήσεται Ποντίφιξ μάξιμος. Zos. l. 4, c. 36.--S.-M.]

[Note latérale: AN 383.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 178 / 388 题