Suid. in Ἀρβογάϛης.]

Pendant que ce prince animait par sa présence les évêques assemblés à

Constantinople[450], il se préparait à mettre ses troupes en campagne.

Les Squires[451], qui faisaient partie des Alains, joints aux Huns et

aux Carpodaces, avaient passé le Danube[452]. Les Carpodaces étaient

un reste de la nation des Carpes, qui, chassés de leur pays par les

Goths, s'étaient établis dans l'ancienne Dacie[453]. L'empereur marcha

en personne contre ces barbares, les défit, et les obligea de repasser

le fleuve. Dans le même temps, une armée de Goths traversait la

Macédoine et marchait vers la Thessalie. Théodose se reposa du soin de

les repousser, sur Bauton[454] et Arbogaste, que Gratien avait envoyés

à son secours avec un grand corps de troupes. C'étaient deux capitaines

Francs[455], qui s'étant attachés au service de l'empire, parvinrent

aux premières dignités. Tous deux vaillants, désintéressés, et pleins

de prudence: mais Bauton était plus fidèle, plus doux et plus modéré;

il fut consul dans la suite[456], et se contenta des distinctions que

lui procurait son mérite. Arbogaste, hardi, emporté, cruel, ambitieux

au point de vouloir dominer ses maîtres, était d'ailleurs réglé dans

ses mœurs, sobre et frugal, vivant comme un simple soldat. Ces deux

généraux arrêtèrent les Goths à l'entrée de la Thessalie; et, par leur

bravoure et leur sage conduite, ils leur firent perdre l'espérance de

pénétrer plus avant. Les Goths regagnèrent la Thrace, où ne se flattant

pas de pouvoir se soutenir contre les forces de Théodose, ils prirent

le parti de retourner au-delà du Danube.

[Note 450: Théodose resta la plus grande partie de cette année à

Constantinople. Il n'en sortit, à ce qu'il paraît, que vers le milieu

de l'été, sans doute pour aller combattre les Barbares. On a de lui

deux lois, du 21 juillet, datées d'Héraclée. Il était à Andrinople le

5 septembre, et on le retrouve à Constantinople le 28 du même mois. Il

n'en sortit plus de cette année.--S.-M.]

[Note 451: C'est Jornandès qui nous apprend, c. 50, que les Scires

faisaient partie des Alains. _Sciri_, dit-il, _et Satagarii, et cæteri

Alanorum_. Pline est le premier auteur qui en ait parlé, l. 4, c. 27,

il semble les placer du côté de la Vistule, vers la mer Baltique. Il

les range parmi les Sarmates, mais, il faut l'avouer, ce qu'il en dit

n'est pas assez clair, pour qu'on puisse se flatter de bien saisir sa

pensée. _Quidam hæc (insula Eningia), dit-il, habitari ad Vistulam

usque fluvium, à Sarmatis, Venedis, Sciris, Hirris tradunt._ Zosime

les fait voir, l. 4, c. 34, à la fin du 4e siècle, avec les Goths et

les autres Barbares, que la terreur des Huns forçaient à franchir le

Danube, pour trouver un refuge et des établissements sur le territoire

de l'empire. Une très-longue et très-belle inscription grecque trouvée

récemment dans l'antique ville d'Olbiopolis, vers l'embouchure du

Borysthène, fait mention des Scires, et elle en parle comme d'une

des nations scythiques établies dans le voisinage de cette ville. Ce

renseignement est tout-à-fait en harmonie avec ce que racontent Zosime

et Jornandès sur le même peuple; on conçoit alors comment il pouvait

être compris parmi les Alains. La date de cette inscription importante

est fort incertaine. Plusieurs savants la font remonter jusqu'au milieu

du 3e siècle avant notre ère, d'autres la rabaissent jusqu'au premier

siècle avant cette même ère. Pour moi, je la crois plus moderne, et

encore du deuxième siècle après J.-C. Voyez à ce sujet les _Nouvelles

annales des voyages_ de MM. Eyriès et Malte-Brun, t. XIX, p. 132, et

le _Journal asiatique_, t. 3, p. 126. Quoi qu'il en soit, il paraît

toujours constant, en rapprochant ce nouveau renseignement de ceux que

nous possédions déja, que les Scires, fixés dès long-temps sur les

rives du Borysthène, se dirigèrent vers le Danube, lorsque la puissance

des Huns devint redoutable à tous les Barbares du Nord. Il paraît

qu'ils avaient aussi obtenu de Théodose, des établissements au midi de

ce fleuve, car Sozomène rapporte, l. 9, c. 5, qu'Uldès, roi des Huns,

le passa au commencement du 5e siècle, comme allié des Romains, et

qu'il attaqua les Scires, alors leurs ennemis, et il en fit un grand

carnage. Avant cette calamité, dit l'historien grec, _c'était une

nation très-nombreuse_, Ἔθνος δὲ τοῦτο βάρβαρον, ἱκανῶς πολυάνθρωπον,

πρὶν τοιᾷδε περιπεσεῖν συμφορᾷ. On fit un grand nombre de prisonniers

qui furent conduits à Constantinople et vendus à l'encan; tous ceux qui

ne trouvèrent pas d'acquéreurs furent transportés en Asie, où on leur

donna des terres à cultiver dans la Bithynie, auprès du mont Olympe.

Après la mort d'Attila et le démembrement de son empire, les Scires

obtinrent la possession de la petite Scythie et de la Mésie inférieure.

_Scythiam minorem, inferioremque Mæsiam accepere._ Jorn. c. 50. Leur

chef s'appelait alors Candax. Péria, père d'un certain Alanowamuthis,

qui donna le jour à Jornandès, avait été secrétaire de ce prince.

C'est une circonstance propre à inspirer une grande confiance dans

l'exactitude des renseignements que l'historien des Goths nous a

transmis sur ce peuple. Les Scires eurent aussi de grands démêlés avec

les Ostrogoths qui les exterminèrent presque tous, _ita sunt præliati_,

dit Jornandès, c. 53, _ut penè de gente Scirorum, nisi qui nomen ipsum

ferrent, et hic cum dedecore non remansissent, sic omnes extinxerunt_.

Les restes de cette nation s'attachèrent ensuite au service des

Romains, ils passèrent en Italie où ils contribuèrent puissamment à la

destruction de l'empire d'occident. Tout ce qui concerne cette partie

de leurs annales, se retrouvera dans la suite de cette histoire.]

[Note 452: Σκύρους γὰρ καὶ Καρποδάκας Οὔννοις ἀναμεμιγμένους,

ἠμύνατο. Zos. l. 4, c. 34.--S.-M.]

[Note 453: Les Carpes étaient, durant les trois premiers siècles

de notre ère, un des plus puissants peuples qui habitaient les régions

au nord du Danube. Ils y furent long-temps les adversaires des

Romains. Ils tiraient leur nom des montagnes qui forment la limite

septentrionale de la Hongrie et qui s'appellent encore Carpathes. Les

Carpodaces dont parle Zosime, n'étaient que les débris des anciens

Daces, réunis aux restes des anciens Carpes, pour former une de ces

nombreuses tribus d'origine mélangée, souvent désignées par les anciens

sous les noms collectifs de Sarmates et de Gètes, et qui passèrent le

Danube en même temps que les Goths et les Alains.--S.-M.]

[Note 454: Il est appelé _Baudon_ par Zosime l. 4, c. 33.--S.-M.]

[Note 455: Ἄμφω δὲ ἦσαν Φράγκοι τὸ γένος. Zos. l. 4, c. 33.--S.-M.]

[Note 456: Il fut consul en l'an 385. Sa fille Eudoxie épousa

l'empereur Arcadius. On croit que Bauton était païen et qu'il mourut

vers l'an 387.--S.-M.]

[Note latérale: AN 382.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 171 / 388 题