Après avoir dépouillé les ariens des églises de Constantinople,
il déclara par une loi datée du 10 janvier[436], sous le consulat
d'Euchérius et de Syagrius, qu'il ne serait permis à nulle secte
hérétique, et nommément aux Photiniens, aux Ariens, aux Eunomiens, de
tenir leurs assemblées dans l'enceinte d'aucune ville; qu'on n'aurait
nul égard aux rescrits impériaux qu'ils pourraient surprendre en leur
faveur; que la foi de Nicée serait seule publiquement professée; que
les évêques orthodoxes seraient dans toute l'étendue de l'empire remis
en possession des églises, et que si les hérétiques formaient quelque
entreprise séditieuse pour s'y maintenir, ils seraient eux-mêmes
chassés des villes sans espérance de retour. Cette loi ne leur ôtait
que les églises des villes. On voit en effet que dans ce même temps
les Ariens obtinrent hors de Constantinople, l'église de Saint-Mocius,
qui tombait en ruine: ils la réparèrent; elle tomba sept ans après,
lorsqu'ils y étaient assemblés, et en écrasa un grand nombre. Elle ne
fut rebâtie que sous Justinien. Sapor, un des plus illustres généraux
de Théodose, fut chargé de faire exécuter cette loi dans toutes les
provinces. Il n'eut pas de peine à y rétablir la paix, excepté dans
Antioche. Il en chassa Vitalis, évêque des Apollinaristes, qui avaient
formé une secte séparée en 376; mais le peuple catholique était
lui-même divisé entre deux évêques orthodoxes, Paulin et Mélétius.
Celui-ci, pour rétablir la concorde, offrait de partager l'épiscopat
avec Paulin, à condition qu'on ne nommerait point de successeur à
celui des deux qui mourrait le premier. Sur le refus que fit Paulin
d'accepter une proposition si raisonnable, Sapor donna les églises à
Mélétius, et n'en laissa qu'une seule à Paulin pour y célébrer les
mystères avec ses partisans qu'on appelait Eustathiens. Ce triomphe de
la foi, si long-temps opprimée, combla de joie les fidèles; et dans
la suite plusieurs conciles en témoignèrent à Théodose une pieuse
reconnaissance.
[Note 436: Cette loi fut rendue à Constantinople.--S.-M.]
[Note latérale: XX.
Théodose se concilie l'amour des peuples.
Themist. or. 15, p. 192; 16, p. 212; 17, p. 216 et 221; 19, p. 227.
Cod. Th. l. 9, tit. 42, leg. 8, et 9; l. 10, tit. 24, leg. 2, et 3; l.
13, tit. 11. leg. 1, 2, 3 et 4.]
L'Arianisme abattu n'osait faire éclater son ressentiment. Les vertus
de Théodose rendaient impuissante la malignité naturelle à l'hérésie.
Il était irréprochable; ses sujets l'aimaient avec tendresse; et jamais
prince ne fut plus propre à régner sur les esprits, à la faveur de
ce doux empire qu'il sut s'établir dans le cœur de ses peuples. La
douceur de ses regards, celle de sa voix, la sérénité qui brillait sur
son visage, tempéraient en lui l'autorité souveraine. Grand observateur
des lois, il savait cependant en adoucir la rigueur. Dans les trois
premières années de son règne, il ne condamna personne à la mort. Il ne
fit usage de son pouvoir que pour rappeler les exilés, faire grace aux
coupables dont l'impunité ne tirait pas à conséquence, relever par ses
libéralités les familles ruinées, remettre ce qui restait à payer des
anciennes impositions. Il ne punissait pas les enfants des fautes de
leurs pères par la confiscation de leurs biens: mais il ne pardonnait
pas les fraudes qui tendaient à frustrer le prince des contributions
légitimes: également attentif à arrêter deux excès, d'enrichir son
trésor par des exactions odieuses, et de le laisser appauvrir par
négligence. Ses sujets le regardaient comme leur père; ils entraient
avec confiance dans son palais comme dans un asyle sacré. Ses ennemis
mêmes, qui auparavant ne se fiant pas aux traités, ne se croyaient
point en sûreté à la table des empereurs, venaient sans défiance se
jeter entre ses bras; et ceux qu'on n'avait pu vaincre par les armes,
se rendaient volontairement à sa bonne foi.
[Note latérale: XXI.
Athanaric vient à C. P.
Zos. l. 4, c. 34.
Themist. or. 15, p. 190-192.
Socr. l. 5, c. 10.
Idat. fast. et chron.
Prosp. chr.
Marcel. chr.
Oros. l. 7, c. 34.
Jornand. de reb. Get. c. 28.
Isidor. Chr. Goth.
Amm. l. 27, c. 5.