Au commencement de l'année suivante, Théodose, consul avec Gratien,
tomba malade à Thessalonique[424]. On désespérait de sa vie, et tout
l'Orient craignit de voir éteindre cet astre naissant, qui promettait à
tant de peuples des jours plus sereins et plus tranquilles. L'empereur,
plus occupé du soin de son âme que de la guérison de son corps,
désirait le baptême. Mais inviolablement attaché à la foi catholique,
qu'il avait héritée de ses pères, il ne voulait être baptisé que par
un orthodoxe. Il fit venir Ascolius, évêque de Thessalonique. Ce
prélat, célèbre par sa vertu, mais renfermé dans les fonctions de
son ministère, était encore inconnu à la cour. Lui seul avait servi
de défense à la Macédoine dans le désastre de l'empire; et lorsque
les Goths vainqueurs, pillant impunément la Thrace, et poussant au
loin leurs partis, étaient venus attaquer Thessalonique, dépourvue de
secours, Ascolius, sans autres armes que les prières qu'il adressait à
Dieu, avait repoussé leurs efforts. Frappés de la peste et poursuivis
par un bras invisible, les Goths avaient pris la fuite. Théodose
l'interrogea sur sa croyance; il répondit: _Qu'il n'en avait point
d'autre que celle de Nicée; et que c'était la doctrine constante de
toute la Macédoine, où les dogmes d'Arius n'avaient jamais eu le crédit
de s'établir; plus heureuse en ce point que les provinces orientales et
que la ville de Constantinople, où les sectes hérétiques déchiraient
le sein de l'église._ L'empereur, satisfait de cette profession de
foi, reçut le baptême de la main d'Ascolius, avec plus de joie qu'il
n'avait, un an auparavant, reçu de Gratien la couronne impériale.
Il conserva toujours un profond respect pour ce saint évêque; il se
gouvernait par ses conseils dans ce qui concernait les affaires de
l'église. La confiance d'un si grand prince, et l'éminente vertu du
prélat relevèrent beaucoup l'éclat du siége de Thessalonique. Le pape
Damase revêtit Ascolius et ses successeurs de la qualité de vicaires du
saint siége pour l'Illyrie orientale; ils avaient l'autorité de juger
en dernier ressort les causes ecclésiastiques dans ces provinces; ils y
tenaient le premier rang entre les primats, sans préjudice des droits
respectifs des églises. La guérison de Théodose suivit de près son
baptême.
[Note 424: On voit par ses lois qu'il fut dans cette ville durant
l'année 380, au moins depuis le 15 janvier jusqu'au 14 juillet.--S.-M.]
[Note latérale: XII.
Lois de Théodose concernant la religion.
Soz. l. 7, c. 4.
Greg. Naz. carm. de vita sua, t. 2, p. 21 et 22.
Cod. Th. l. 16, tit. 1, leg. 3, tit. 2, leg. 25. l. 9, tit. 35, leg. 4,
5, tit. 38, leg. 6, 7, 8; l. 15, tit. 5, leg. 2; l. 2, tit. 8, leg. 2.