Jorn. de reb. Get. c. 25.]

Lupicinus, comte de la Thrace, était en cette qualité général de toutes

les troupes de la province, et Maxime, avec le titre de duc, commandait

les garnisons de la frontière. A la nouvelle d'un mouvement si

extraordinaire, ils s'avancèrent au bord du Danube pour en défendre le

passage. Ils virent sur la rive opposée une multitude innombrable qui

leur tendait les bras en posture de suppliants, et poussait de grands

cris. Les principaux de la nation des Visigoths[232], s'étant jetés

dans une barque, vinrent exposer leurs désastres, conjurant les Romains

de leur accorder un asile[233], et protestant qu'ils se consacreraient

au service de l'empire avec une fidélité inviolable[234]. On leur

répondit qu'il fallait attendre les ordres de l'empereur. On dépêcha

aussitôt des courriers à Antioche, et les députés des Visigoths

partirent avec eux[235]. Les avis furent d'abord partagés dans le

conseil. Mais dès qu'on sentit que Valens était flatté d'acquérir

en un moment tant de nouveaux sujets, on s'empressa de seconder sa

vanité: _C'était_, disait-on, _la fortune du prince qui lui amenait des

troupes assez nombreuses pour former une armée invincible: qu'au lieu

des recrues qu'il tirait tous les ans des provinces, il en tirerait

de l'or; que cet accroissement de forces allait donner à l'empire

d'Orient une supériorité décidée: qu'on ne devait rien craindre d'un

peuple ignorant et grossier; que ce n'était qu'une multitude de bras,

dont l'empereur réglerait les mouvements à son gré, et que la politique

Romaine saurait profiter du service de ces Barbares, tant qu'ils

seraient fidèles, et les détruire dès qu'ils deviendraient suspects_.

Ces mauvaises raisons suffisaient dans une occasion où il n'en fallait

aucune, parce que l'empereur avait pris son parti. Il accorda aux

Visigoths le passage et un établissement en Thrace[236], à condition

qu'ils remettraient auparavant leurs armes entre les mains des

officiers Romains. Pour avoir des gages de leur fidélité, il ordonna

que les plus jeunes seraient transportés en Asie; et il chargea le

comte Jules de veiller à leur entretien.

[Note 232: C'est-à-dire des Thervinges. _Primates eorum et duces,

qui regum vice illis præerant._ Jornand. c. 26. Les premiers chefs

de cette nation qui descendirent sur le territoire romain, étaient

Alavivus et Fritigerne, qui sont souvent appelés rois. Fritigerne est

qualifié de _regulus Gothorum_ par Jornandès, c. 26.--S.-M.]

[Note 233: Selon Jornandès, c. 25, les Goths demandaient qu'on

leur cédât une partie de la Thrace ou de la Mésie pour la cultiver

et y vivre selon leurs lois; _ut partem Thraciæ, sive Mæsiæ si illis

traderet ad colendum, ejus legibus viverent_. Ceci est confirmé

par ce que dit Ammien Marcellin, l. 31, c. 4, des vivres et des

terres données par l'empereur à Fritigerne, à Alavivus, et aux Goths

qui les suivaient. _Et primus cum Alavivo suscipitur Fritigernus,

quibus et alimenta pro tempore et subigendos agros tribui statuerat

imperator._--S.-M.]

[Note 234: Jornandès ajoute, c. 25, qu'ils promettaient de se

faire chrétiens, pourvu qu'on leur donnât des catéchistes qui sussent

leur langue, _promittunt se, si doctores linguæ suæ donaverit, fieri

christianos_. On pourra voir ci-après, soit dans le texte, soit dans

les notes du § 4, que les Goths étaient déja pour la plupart chrétiens.

Il ne s'agit sans doute ici que de l'adoption de l'arianisme, professé

par Valens, et qui fit alors des progrès très-rapides parmi les Goths,

qui l'embrassèrent presque tous.--S.-M.]

[Note 235: Selon Sozomène, l. 6, c. 37, le chef de cette ambassade

était le célèbre évêque des Goths, Ulfilas. Voy. ci-après, § 4, p. 102.

Philostorge en dit autant, l. 2, c. 5.--S.-M.]

[Note 236: Il en fit, dit Jornandès, _de reb. Get._ c. 25, comme un

mur contre les autres Barbares. _Susceptosque in Mœsiæ partibus Getas,

quasi murum regni sui contra cæteras gentes statuit._--S.-M.]

[Note latérale: II.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 77 / 388 题