La terreur s'était répandue dans toute la nation des Goths. L'extérieur
affreux des Huns n'imprimait pas moins de frayeur que la cruauté de
leurs ravages. On publiait au loin que des monstres sortis des lacs et
des déserts de la Scythie, venaient dévorer les peuples de l'Europe,
et qu'ils désolaient tout sur leur passage[228]. Une discorde civile
tenait alors les Visigoths divisés. Une partie de la nation s'était
séparée d'Athanaric, et avait choisi pour chefs Alavivus et Fritigerne.
Il s'était livré des combats, dans lesquels ces deux capitaines, aidés
de quelques secours des Romains, avaient remporté l'avantage[229]. La
disette où se trouvait Athanaric resserré entre deux fleuves, détacha
encore de lui un grand nombre de ses sujets. Quantité d'autres, que
la crainte rassemblait de toutes parts, se joignirent à eux; et tous
s'étant réunis, ils convinrent ensemble de se soustraire à la barbarie
de leurs nouveaux ennemis[230]. La Thrace semblait leur offrir une
retraite sûre et commode. C'était un pays fertile, que le Danube, bordé
de places fortes, défendait contre les incursions étrangères. Ils se
rendirent au bord de ce fleuve, sous la conduite d'Alavivus et de
Fritigerne, au nombre de près de deux cent mille hommes, propres à la
guerre, résolus d'abandonner les demeures où ils étaient établis depuis
cent cinquante ans[231].
[Note 228: _Fama tamen latè serpente per Gothorum reliquas gentes,
quod inusitatum antehac hominum genuis modo ruens ut turbo montibus
celsis, ex abdito sinu coortum apposita quæque convellit et corrumpit._
Amm. Marc. l. 31, c. 3.--S.-M.]
[Note 229: Ces détails se trouvent dans Socrate, l. 4, c. 33. Selon
lui, le parti d'Athanaric prévalut sur celui de Fritigerne, qui, obligé
de se réfugier chez les Romains, en obtint des secours, avec lesquels
il repassa le Danube et triompha d'Athanaric. Les choses en étaient là
quand les Huns survinrent. Sozomène, qui parle aussi, l. 6, c. 37, de
ces divisions, les met contre toute vraisemblance après le passage du
Danube par les Goths; ce qui est impossible. Du reste les détails qu'il
donne sont les mêmes que ceux de Socrate.--S.-M.]
[Note 230: _Populi pars major, quæ Athenaricum attenuata
necessariorum penuria deseruerat, quæritabat domicilium remotum ab omni
notitia Barbarorum._ Amm. l. 31, c. 3.--S.-M.]
[Note 231: Les Goths étaient depuis long-temps fixés dans ces
régions. Voyez à ce sujet la note que j'ai placée, t. 3, p. 324, n. 1,
liv. XVII, § 29.--S.-M.]