Till. Grat. not. 5.]

La première action de son règne fut la plus blâmable de toutes. Pour

en effacer l'horreur, il aurait fallu à Gratien une vie plus longue,

et des vertus plus éclatantes. Théodose avait été, sous le règne de

Valentinien, l'honneur et le soutien de l'état. Sa valeur venait de

conserver l'Afrique, et sa sagesse y avait rétabli la paix et le bon

ordre. Tout l'empire célébrait ses exploits. Lui seul n'en était pas

ébloui; l'habitude des grandes actions lui en cachait le prix; et

quoiqu'il fût sur tout autre sujet fort éloquent, rien n'était plus

simple ni plus succinct que le compte qu'il rendait de ses victoires.

Il semblait ne mériter que des triomphes, lorsqu'il reçut son arrêt de

mort. La postérité ignore la cause d'un si étrange événement, et c'en

est assez pour faire trembler les sujets lorsqu'ils voient monter sur

le trône un prince encore jeune et sans expérience, quoiqu'avec les

plus excellentes qualités. Tout ce que l'histoire nous apprend, c'est

que ce guerrier invincible succomba sous une intrigue de cour, et sous

les coups meurtriers d'une cruelle jalousie. Il fut exécuté à Carthage.

Accoutumé à braver la mort, il la vit approcher sans effroi, et la

rendit, par sa fermeté, aussi glorieuse sur l'échafaud, qu'elle l'eût

été sur un champ de bataille. Après avoir demandé et reçu le baptême,

pour s'ouvrir l'entrée d'une vie immortelle, il présenta lui-même sa

tête à l'exécuteur. L'empire le pleura; on lui érigea dans la suite

des statues à Rome et dans les provinces; les payens l'honorèrent

du titre de _Divus_; et Gratien lui-même semble n'avoir pas différé

de ressentir une douleur amère d'une si noire ingratitude. Le choix

qu'il fit peu de temps après de Théodose le fils, pour l'associer à

l'empire, prouve autant ses regrets, qu'il justifie la mémoire du

père. Le jeune Théodose qui brillait déja d'une gloire personnelle,

se déroba pour lors aux traits de l'envie: il se retira en Espagne

où il avait pris naissance. Quelques auteurs épargnent à Gratien une

si atroce injustice; ils en chargent Valens: ce prince, disent-ils,

sacrifia Théodose à ses craintes: il le fit mourir avec tous ceux dont

le nom commençait par les quatre lettres fatales; mais outre qu'il

est au moins incertain que Valens ait fait périr personne pour une

cause si frivole, Théodose ne fut mis à mort que deux ans après cet

oracle prétendu dont nous avons parlé; et ce qui est encore plus fort,

il n'était pas sujet de Valens. Carthage, où s'exécuta cette funeste

tragédie, faisait partie de l'empire de Gratien; et le jeune empereur

n'était pas assez uni avec Valens pour se prêter, par une si criminelle

condescendance, aux alarmes chimériques de son oncle.

[Note latérale: XXXVIII.

Punition de Maximin.

Amm. l. 28, c. 1, et ibi Vales.

Symm. l. 10, ep. 2.

Cod. Th. l. 9, tit. 1, l. 13; tit. 6, leg. 1, 2; tit. 35, leg. 3.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 61 / 388 题