Fleury, Hist. ecclés. l. c. 20 16.]

Auxentius, le principal soutien de l'arianisme en Italie, se maintint

jusqu'à sa mort dans le siége de Milan, quoiqu'il eût été deux ans

auparavant excommunié dans un concile de quatre-vingt-treize évêques,

tenu à Rome en conséquence d'un rescrit de l'empereur. Mais dès qu'il

fut mort, Valentinien qui était pour lors à Trèves, écrivit en ces

termes aux évêques assemblés à Milan: _Choisissez un prélat, qui par

sa vertu et par sa doctrine mérite que nous le respections nous-mêmes

et que nous recevions ses salutaires corrections. Car étant, comme

nous le sommes, de faibles mortels, nous ne pouvons éviter de faire

des fautes._ Les évêques prièrent l'empereur de désigner lui-même

celui qu'il croyait le plus capable; il leur répondit _que ce choix

était au-dessus de ses lumières; et qu'il n'appartenait qu'à des

hommes éclairés de la grâce divine_. Milan était rempli de troubles:

la cabale arienne faisait les derniers efforts pour placer sur le

siége d'Auxentius un prélat imbu des mêmes erreurs. Ambroise, aussi

distingué par la beauté de son génie et par la pureté de ses mœurs

que par sa noblesse et ses richesses, gouvernait alors la Ligurie

et l'Émilie. Instruit dans les lettres humaines, il avait d'abord

exercé à Rome la profession d'avocat, et était devenu assesseur de

Probus, préfet d'Italie. Lorsqu'il avait été chargé du gouvernement

de la province dont Milan était capitale, ce préfet, en lui faisant

ses adieux, lui avait dit: _Gouvernez, non pas en magistrat, mais en

évêque._ Cette parole devint une prophétie. La contestation sur le

choix de l'évêque s'échauffant de plus en plus, faisait craindre une

sédition. Ambroise, obligé par le devoir de sa charge de maintenir

le bon ordre, vint à l'église, et fit usage de son éloquence pour

calmer les esprits et les engager à choisir avec discernement et sans

tumulte celui qui devait être pour eux un ange de lumière et de paix.

Il parlait encore, lorsque tous d'une commune voix, Catholiques et

Ariens, s'écrièrent qu'ils demandaient Ambroise pour évêque. Ambroise

saisi d'effroi prit la fuite, et il n'oublia rien pour résister au

désir du peuple. Les évêques qui approuvaient ce choix s'adressèrent à

l'empereur, parce que les lois défendaient de recevoir dans le clergé

ceux qui étaient engagés dans des emplois civils. Valentinien fut

flatté d'apprendre que les magistrats qu'il choisissait fussent jugés

dignes de l'épiscopat; et dans le transport de sa joie: _Seigneur_,

s'écria-t-il, _grâces vous soient rendues de ce que vous voulez bien

commettre le salut des âmes à celui à qui je n'avais confié que le soin

des corps_. L'autorité du prince, jointe aux instances des prélats et à

la persévérance du peuple, força enfin la modestie d'Ambroise. Il fut

baptisé, car il n'était encore que catéchumène, quoiqu'âgé d'environ

trente-cinq ans. Il reçut l'onction épiscopale le 7 de décembre; et

par le crédit que lui procura auprès des empereurs l'élévation de son

ame, soutenue d'une éminente sainteté, son élection fut un événement

aussi avantageux pour l'État que pour l'Église. Dès les premiers jours

de son épiscopat, on vit un heureux présage de la généreuse liberté

dont il ferait usage avec les princes, et des égards que les princes

auraient pour ses avis. Il se plaignit à l'empereur de quelques abus

qui s'étaient glissés dans la magistrature. Valentinien lui répondit:

_Je connaissais votre franchise; elle ne m'a pas empêché de vous donner

mon suffrage. Continuez, comme la loi divine vous l'ordonne, de nous

avertir de nos erreurs._

[Note latérale: AN 375.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 50 / 388 题