Auxentius, le principal soutien de l'arianisme en Italie, se maintint
jusqu'à sa mort dans le siége de Milan, quoiqu'il eût été deux ans
auparavant excommunié dans un concile de quatre-vingt-treize évêques,
tenu à Rome en conséquence d'un rescrit de l'empereur. Mais dès qu'il
fut mort, Valentinien qui était pour lors à Trèves, écrivit en ces
termes aux évêques assemblés à Milan: _Choisissez un prélat, qui par
sa vertu et par sa doctrine mérite que nous le respections nous-mêmes
et que nous recevions ses salutaires corrections. Car étant, comme
nous le sommes, de faibles mortels, nous ne pouvons éviter de faire
des fautes._ Les évêques prièrent l'empereur de désigner lui-même
celui qu'il croyait le plus capable; il leur répondit _que ce choix
était au-dessus de ses lumières; et qu'il n'appartenait qu'à des
hommes éclairés de la grâce divine_. Milan était rempli de troubles:
la cabale arienne faisait les derniers efforts pour placer sur le
siége d'Auxentius un prélat imbu des mêmes erreurs. Ambroise, aussi
distingué par la beauté de son génie et par la pureté de ses mœurs
que par sa noblesse et ses richesses, gouvernait alors la Ligurie
et l'Émilie. Instruit dans les lettres humaines, il avait d'abord
exercé à Rome la profession d'avocat, et était devenu assesseur de
Probus, préfet d'Italie. Lorsqu'il avait été chargé du gouvernement
de la province dont Milan était capitale, ce préfet, en lui faisant
ses adieux, lui avait dit: _Gouvernez, non pas en magistrat, mais en
évêque._ Cette parole devint une prophétie. La contestation sur le
choix de l'évêque s'échauffant de plus en plus, faisait craindre une
sédition. Ambroise, obligé par le devoir de sa charge de maintenir
le bon ordre, vint à l'église, et fit usage de son éloquence pour
calmer les esprits et les engager à choisir avec discernement et sans
tumulte celui qui devait être pour eux un ange de lumière et de paix.
Il parlait encore, lorsque tous d'une commune voix, Catholiques et
Ariens, s'écrièrent qu'ils demandaient Ambroise pour évêque. Ambroise
saisi d'effroi prit la fuite, et il n'oublia rien pour résister au
désir du peuple. Les évêques qui approuvaient ce choix s'adressèrent à
l'empereur, parce que les lois défendaient de recevoir dans le clergé
ceux qui étaient engagés dans des emplois civils. Valentinien fut
flatté d'apprendre que les magistrats qu'il choisissait fussent jugés
dignes de l'épiscopat; et dans le transport de sa joie: _Seigneur_,
s'écria-t-il, _grâces vous soient rendues de ce que vous voulez bien
commettre le salut des âmes à celui à qui je n'avais confié que le soin
des corps_. L'autorité du prince, jointe aux instances des prélats et à
la persévérance du peuple, força enfin la modestie d'Ambroise. Il fut
baptisé, car il n'était encore que catéchumène, quoiqu'âgé d'environ
trente-cinq ans. Il reçut l'onction épiscopale le 7 de décembre; et
par le crédit que lui procura auprès des empereurs l'élévation de son
ame, soutenue d'une éminente sainteté, son élection fut un événement
aussi avantageux pour l'État que pour l'Église. Dès les premiers jours
de son épiscopat, on vit un heureux présage de la généreuse liberté
dont il ferait usage avec les princes, et des égards que les princes
auraient pour ses avis. Il se plaignit à l'empereur de quelques abus
qui s'étaient glissés dans la magistrature. Valentinien lui répondit:
_Je connaissais votre franchise; elle ne m'a pas empêché de vous donner
mon suffrage. Continuez, comme la loi divine vous l'ordonne, de nous
avertir de nos erreurs._
[Note latérale: AN 375.