Valentinien, après avoir ravagé quelques cantons de l'Allemagne,
bâtissait sur le Rhin un fort, que les habitants appelèrent ensuite
_Robur_[113], et dont le terrain est aujourd'hui renfermé dans la
ville de Bâle. Dès qu'il apprit, par une lettre de Probus, l'invasion
des Quades en Illyrie, il dépêcha le secrétaire Paternianus pour
s'instruire de tout sur les lieux; et en ayant reçu des nouvelles
certaines, il voulait aller sur-le-champ châtier l'audace de
ces Barbares. Comme on était à la fin de l'automne[114], on lui
représenta qu'on ne trouverait ni vivres, ni fourrages, et que les
princes allemans, et surtout Macrianus, le plus redoutable de tous,
profiteraient de son éloignement pour attaquer la Gaule. Il se rendit
à ces raisons, et résolut d'attendre le printemps. Mais afin de ne
laisser derrière lui aucun sujet d'inquiétude, il voulut s'assurer de
Macrianus par un traité de paix, et l'invita à une entrevue près de
Mayence [_Mogontiacum_]. Le roi alleman, glorieux de se voir recherché,
se rendit au bord du Rhin, et parut dans une contenance fière à la
tête de ses bataillons, qui faisaient retentir leurs boucliers, en
les frappant de leurs épées. L'empereur en cette occasion sacrifia
au désir de la paix la prééminence de la majesté impériale: il
rassembla un grand nombre de bateaux, et traversant le fleuve avec
ses soldats rangés sous leurs enseignes, il s'approcha de Macrianus
qui l'attendait sur l'autre bord. Lorsqu'ils furent à portée de
s'entendre, et que les Barbares eurent fait silence, les deux princes
entrèrent en conférence. Ils convinrent des articles de la paix, et la
confirmèrent par leur serment. Macrianus, jusqu'alors si inquiet et si
turbulent, devint de ce moment un allié fidèle, et ne cessa jusqu'à sa
mort de donner des preuves de son attachement aux Romains. Quelques
années après, s'étant engagé trop avant dans le pays des Francs qu'il
ravageait, il fut surpris et tué dans une embuscade que lui dressa
Mellobaudès[115], prince guerrier, qui régnait alors sur cette nation.
Après la conclusion du traité, Valentinien se retira à Trèves, où il
passa l'hiver[116].
[Note 113: _Prope Basiliam, quod appellant accolæ Robur._ Amm.
Marcel. l. 30, c. 3. Sans Ammien Marcellin, on ignorerait la position
de ce fort, qui est encore connu par une loi que Valentinien y
rendit le 15 juillet 374; sans doute à l'époque où il était occupé
de sa fondation. On peut voir dans l'_Alsatia illustrata_ du savant
Schoepflin, p. 181, les raisons qu'il a de mettre ce château sur une
partie de l'emplacement occupé actuellement par la ville de Bâle, qui
en était séparée autrefois par le ruisseau appelé _Birsius_, au point
où il se jette dans le Rhin.--S.-M.]
[Note 114: _Abeunte autumno_, dit Ammien Marcellin, l. 30, c.
3.--S.-M.]
[Note 115: _Periit in Francia postea._ Amm. Marc. l. 30, c.
3.--S.-M.]
[Note 116: Il était déja dans cette ville, le 3 décembre de l'an
374.--S.-M.]
[Note latérale: XXVI.
Débordement du Tibre.