XVI.

Quelques entretiens scientifiques sur les sciences naturelles.

«Le lendemain nous étions levés de bon matin. En s'habillant, Goethe me

raconta un rêve de sa nuit. Il s'était vu transporté à Goettingue, et

avait eu avec les professeurs qu'il y connaît toute sorte d'entretiens

agréables. Nous bûmes quelques tasses de café et allâmes visiter le

cabinet anatomique; nous vîmes des squelettes d'animaux, entre autres

d'animaux antédiluviens, et des squelettes d'hommes des siècles passés.

Goethe observa que la forme des dents montre que ces squelettes

appartenaient à une race d'une grande moralité. Nous allâmes ensuite à

l'observatoire, et le docteur Schroen nous montra de beaux instruments

dont il nous expliqua l'usage. Nous visitâmes aussi avec grand intérêt

le cabinet météorologique, et Goethe loua beaucoup le docteur Schroen de

l'ordre qui régnait partout. Puis nous descendîmes dans le jardin;

Goethe avait fait disposer un petit déjeuner dans un berceau sur une

table de pierre.

«Vous ne savez guère, me dit-il, à quelle place curieuse nous nous

trouvons en ce moment. Ici a habité Schiller. Sous ce berceau, à cette

table de pierre, assis sur ces bancs maintenant presque brisés, nous

avons souvent pris nos repas, en échangeant de grandes et bonnes

paroles. Il avait alors trente ans, moi quarante; tous deux encore dans

notre plein essor; c'était quelque chose! Tout cela passe, et s'en va,

car moi aussi je ne suis plus aujourd'hui celui que j'étais alors; mais

pour cette vieille terre, elle tient bon, et l'air, l'eau, le sol, tout

cela est resté comme autrefois!--Tout à l'heure, retournez donc chez

Schroen, et faites-vous montrer la mansarde que Schiller a habitée.»

«Le déjeuner, dans cet air pur et à cette heureuse place, nous parut

excellent: Schiller était avec nous, du moins dans notre esprit, et

Goethe rappela encore avec bonheur maint bon souvenir de lui.

«Je montai plus tard avec Schroen dans la mansarde de Schiller; on avait

des fenêtres une vue splendide. Vers le sud, on apercevait plusieurs

lieues du beau cours de la Saale qui se perd de temps en temps dans des

bouquets de bois. L'horizon était immense; c'était un endroit excellent

pour observer la marche des constellations, et on se disait qu'il n'y en

avait pas de meilleur pour composer tous les passages astronomiques et

astrologiques du _Wallenstein_.»

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 179 / 182 题