Quand il quitte l'homme pour décrire et colorier l'oiseau, Audubon
surpasse Chateaubriand dans _Atala_, ce poëte qui ne fut que le
précurseur du naturaliste dans les forêts de l'Amérique et qui
introduisit cependant une note nouvelle dans la gamme de la poésie en
France.
Lisez cette description langoureuse des amours et des chants de l'oiseau
_moqueur_:
«Quand le chant d'amour de l'oiseau moqueur perce les feuillages du
magnolia de la Louisiane au vaste tronc et à l'immense coupole de
verdure, l'Européen qui se rappelle l'hymne nocturne du rossignol tapi
sous l'ombre des chênes ressent un secret mépris pour ce qu'il admirait
autrefois. La bignonia et les vignes rampantes s'enlacent autour des
gros arbres, les dépassent, les couronnent, retombent en festons. Un
parfum éthéré embaume l'air; partout des fleurs, des grappes
mûrissantes, des corymbes vermeils, une atmosphère tiède et enivrante.
Vous diriez que la nature, embarrassée de ses richesses, s'est arrêtée
un jour pour les répandre de son sein sur cet heureux pays. Levez les
yeux: sur une branche du grand arbre repose l'oiseau femelle. Le mâle,
aussi léger que le papillon, décrit autour d'elle des cercles rapides,
remonte, redescend, remonte encore...»