«Ces profondes et douces rêveries accompagnaient souvent mes pas à
l'entrée d'une petite caverne creusée dans le roc solide par les mains
de la nature. Elle était, du moins je la trouvais alors, suffisamment
grande pour mes études: mon papier, mes crayons et parfois un volume des
contes si naturels et si charmants d'Edgeworth ou des fables de la
Fontaine m'y procuraient d'amples jouissances. C'est dans ce lieu que,
pour la première fois, je vis, sous son vrai jour, toute la force de la
tendresse paternelle chez les oiseaux; c'est là que j'étudiai les moeurs
du pewee; c'est là que j'appris, de manière à ne plus l'oublier, que
détruire le nid d'un oiseau ou lui arracher ses oeufs et ses petits,
c'est un acte d'une grande cruauté.
«J'avais trouvé un nid de ce gobe-mouche à couleur terne, accroché
contre le mur, immédiatement au-dessus de l'espèce d'arche qui servait
d'entrée à cette paisible retraite. Je regardai dedans: il était vide,
mais propre et en bon état, comme si les propriétaires absents
comptaient y revenir avec le printemps.--Déjà sur chaque tige les
bourgeons étaient gonflés; quelques arbres même se paraient de fleurs;
mais la terre était encore couverte de neige, et, dans l'air, on sentait
toujours le souffle glacial de l'hiver. Un matin, de bonne heure, je
vins à ma grotte: les rayons brillants du soleil coloraient de riches
teintes chaque objet autour de moi. Quand j'entrai, un bruit sourd
au-dessus de ma tête me fit me retourner, et je vis s'envoler deux
oiseaux qui furent se reposer tout près de là.--Les pewees étaient
arrivés!--J'en ressentis une vive joie; et, craignant que ma présence ne
troublât le joli couple, je sortis, non sans jeter souvent un regard en
arrière. Ils étaient sans doute arrivés tout nouvellement, car ils
paraissaient bien fatigués. On n'entendait point leur note plaintive;
leur huppe n'était pas redressée et les vibrations de leur queue, si
remarquables dans cette espèce, semblaient faibles et languissantes. Il
n'y avait encore que peu d'insectes, et je jugeai que l'affection qu'ils
portaient à ce lieu avait dû, bien plus qu'aucun autre motif, déterminer
leur prompt retour. À peine m'étais-je éloigné de quelques pas, que tous
deux, d'un même accord[6], ils glissaient de leur branche pour entrer
dans la caverne. Je n'y revins plus de tout le jour, et, comme je ne les
aperçus ni l'un ni l'autre aux environs, je supposai qu'ils devaient
avoir passé la journée entière dans l'intérieur. Je conclus aussi qu'ils
avaient gagné ce bienheureux port, soit de nuit, soit tout à fait à la
pointe du jour. Des centaines d'observations m'ont prouvé, depuis, que
cette espèce émigre toujours pendant la nuit.
[Note 6: «_With one accord_», comme dans ces vers si frais et si
touchants de Dante:
Quali colombe dal disio chiamate,
Con l'ali aperte et ferme al dolce nido
Volan per l'aer, da'l voler portate.
(_Infer._, V.)]
«Ne pensant plus qu'à mes petits pèlerins, le lendemain, de grand
matin, j'étais à leur retraite, mais pas encore assez tôt pour les y
surprendre. Longtemps avant d'arriver, mes oreilles furent agréablement
saluées par leurs cris joyeux, et je les vis qui traversaient les airs
de côté et d'autre, donnant la chasse à quelques insectes, à ras de la
surface de l'eau. Ils étaient pleins d'entrain, volaient fréquemment
dans la caverne, en ressortaient, et, se posant parfois à l'entrée, sur
un arbre favori, semblaient engagés dans l'entretien le plus
intéressant. Le léger frémissement de leurs ailes, les battements de
leur queue, leur crête redressée, leur air propret, tout indiquait que
la fatigue était oubliée, et qu'ils étaient reposés et heureux. Quand je
parus dans la grotte, le mâle se précipita violemment à l'entrée, fit
claquer plusieurs fois son bec avec un bruit strident, accompagnant
cette action d'une note prolongée et tremblante dont je ne tardai pas à
deviner le sens. Puis il vola dans l'intérieur et en ressortit avec une
rapidité incroyable: on eût dit le passage d'une ombre.
«Plusieurs jours de suite, je revins à la caverne, et je vis avec
plaisir qu'à mesure que ces visites se multipliaient, les oiseaux, de
leur côté, devenaient plus familiers. Une semaine ne s'était pas
écoulée, qu'eux et moi nous étions sur un pied d'intimité complète. On
était alors au 10 d'avril; il n'y avait plus de neige et le printemps se
trouvait avancé pour la saison. Ailes-rouges et étourneaux commençaient
à paraître. Je m'aperçus que les pewees se mettaient à travailler à leur
vieux nid. Désireux d'examiner les choses par moi-même, et de jouir de
la société de cet aimable couple, je me déterminai à passer auprès d'eux
la plus grande partie de mes journées. Ma présence ne les alarmait plus
du tout; ils apportèrent de nouveaux matériaux pour garnir leur nid, et
le rendirent plus chaud en y ajoutant quelques moelleuses plumes d'oie
qu'ils ramassaient le long de la crique. Leur chant alors, quand ils se
rencontraient sur le bord du nid, se faisait remarquer par un petit
gazouillement et des accents de joie que je n'ai jamais entendus dans
aucune autre occasion: c'était, je m'imagine, la douce, la tendre
expression du plaisir qu'ils se promettaient, et dont ils semblaient
jouir par anticipation sur l'avenir. Leurs mutuelles caresses, si
simples peut-être pour tout autre que moi, la manière délicate dont le
mâle savait s'y prendre pour plaire à sa femelle, m'empêchaient d'en
détacher mes yeux, et mon coeur en recevait des impressions que je ne
puis oublier.
«Un jour, la femelle demeura très-longtemps dans le nid; elle changeait
fréquemment de position, et le mâle manifestait beaucoup d'inquiétude.
Il descendait par moments auprès d'elle, se plaçait un instant à ses
côtés, puis soudain se renvolait, pour revenir bientôt avec un insecte
qu'elle prenait de son bec avec un air de reconnaissance. Environ vers
trois heures de l'après-midi, le malaise de la femelle parut augmenter;
le mâle aussi témoignait d'une agitation qui n'était pas ordinaire,
lorsque tout à coup la femelle se haussa sur ses pieds, regarda de côté
sous elle, puis s'envola suivie de son époux attentif, et prit son
essor haut dans les airs, en accomplissant des évolutions bien plus
curieuses encore que toutes celles que j'avais observées. Ils passaient
et repassaient au-dessus de l'eau, la femelle conduisant toujours le
mâle qui reproduisait, après elle, toutes les capricieuses sinuosités de
son vol. Je laissai les pewees à leurs ébats, et regardant dans le nid,
j'y aperçus leur premier oeuf, si blanc et d'une telle transparence
(transparence qu'il perd, je crois, bientôt après être pondu), que cette
vue me fit plus de plaisir que si j'eusse trouvé un diamant d'une égale
grosseur. Ainsi, sous cette frêle enveloppe existait déjà la vie; et
dans quelques semaines, une créature faible, délicate et sans défense,
mais parfaite en chacune de ses parties, allait briser la coquille et
réclamer les plus doux soins et toute l'attention de ses parents qui
n'existeraient que pour elle! Cette pensée remplissait mon âme d'un
suprême étonnement. De même, regardant vers les cieux, j'y cherchais,
hélas! en vain, l'explication d'un spectacle bien autrement grandiose,
mais non plus merveilleux.
«En six jours, six oeufs furent pondus; mais j'observai qu'à mesure que
leur nombre augmentait, la femelle restait moins longtemps sur le nid.
Le dernier fut déposé en quelques minutes. Serait-ce, me disais-je, une
prévoyance, une loi de la nature, pour conserver les oeufs frais jusqu'à
la fin? Et vous, cher lecteur, qu'en pensez-vous? Il y avait une heure
environ que la femelle avait quitté son dernier oeuf, lorsqu'elle
revint, se mit sur son nid, et après avoir, à plusieurs reprises,
arrangé ses oeufs sous sa plume, étendit un peu les ailes et commença
doucement la tâche pénible de l'incubation.
«Les jours passèrent l'un après l'autre. Je donnai des ordres formels
pour que personne n'entrât dans la caverne, ni même n'en approchât, et
pour qu'on ne détruisît aucun nid d'oiseau sur la plantation. Chaque
fois que j'allais voir mes pewees, j'en trouvais toujours un sur le nid;
tandis que l'autre était à chercher de la nourriture, ou bien, perché
dans le voisinage, remplissait l'air de notes bruyantes. Quelquefois
j'étendais ma main presque jusque sur l'oiseau qui couvait; et ils
étaient devenus si gentils tous les deux, ou plutôt si bien apprivoisés
avec moi, que, quoique je les touchasse pour ainsi dire, ni l'un ni
l'autre ne bougeait; pourtant la femelle faisait mine parfois de
s'enfoncer un peu dans son nid; mais le mâle me becquetait les doigts.
Un jour, il s'élança du nid, comme bien en colère, voltigea plusieurs
fois autour de la caverne en poussant ses notes plaintives et
gémissantes, puis il revint prendre son poste.
«En ce même temps, un second nid de pewee était accroché contre les
solives de mon moulin, et un autre, sous un hangar dans ma cour aux
bestiaux. Chaque couple, on n'en pouvait douter, avait marqué les
limites de son propre domaine, et c'était bien rarement que l'un d'eux
passait sur le territoire de son voisin. Ceux de la grotte cherchaient
généralement leur nourriture, ou faisaient leurs évolutions si haut
au-dessus du moulin, ou de la crique, que ceux du moulin ne les
rencontraient jamais. Ceux de la cour se confinaient dans le verger, et
ne troublaient pas davantage les autres. Cependant, quelquefois
j'entendais distinctement les cris de tous les trois retentir au même
moment; alors, l'idée me vint qu'ils sortaient originairement du même
nid. Je ne sais si je me trompais à cet égard; mais du moins j'ai pu
m'assurer depuis que les jeunes pewees élevés dans la grotte étaient
revenus, le printemps suivant, s'établir un peu plus haut, sur la crique
et les dépendances de ma plantation.
«Dans une autre occasion, je vous donnerai de telles preuves de cette
disposition qu'ont les oiseaux à revenir, avec leur progéniture, au lieu
de leur naissance, que peut-être vous serez convaincu, comme je le suis
en ce moment, que c'est précisément à cette tendance que chaque contrée
doit l'augmentation qu'on remarque souvent parmi ses espèces, soit
d'oiseaux, soit de quadrupèdes. Ils arrivent attirés par les nombreux
avantages qu'ils y trouvent, à mesure que le pays devient plus ouvert et
mieux cultivé. Mais reprenons l'histoire de nos pewees.
«Au troisième jour, les petits étaient éclos. Un seul oeuf n'avait rien
produit, et la femelle, deux jours après la naissance de sa couvée, le
poussa résolûment hors du nid. Je l'examinai et reconnus qu'il contenait
un embryon d'oiseau en partie desséché, et dont les vertèbres adhéraient
entièrement à la coquille, ce qui avait dû causer sa mort. Jamais je
n'ai vu d'oiseaux témoigner autant de sollicitude pour leur famille.
Ils rentraient si souvent au nid avec des insectes, qu'il me semblait
que les petits croissaient à vue d'oeil. Les parents ne me regardaient
plus comme un ennemi, et venaient souvent se poser tout près de moi,
comme si j'eusse été l'un des rochers de la caverne. Fréquemment je
m'enhardissais jusqu'à prendre les jeunes dans ma main; plusieurs fois
même, j'ôtai du nid toute la famille, pour le nettoyer des débris de
plumes qui les gênaient. Je leur attachai de petits cordons aux pattes,
mais ils ne manquaient pas de s'en débarrasser avec leur bec ou
l'assistance de leurs parents. J'en remis d'autres, jusqu'à ce qu'ils
s'y fussent entièrement habitués; et à la fin, quand arriva le moment où
ils allaient quitter le nid, je fixai à la patte de chacun d'eux un
léger fil d'argent, assez lâche pour ne pas les blesser, mais cependant
arrangé de façon qu'aucun de leurs mouvements ne pût le défaire.
«Seize jours s'étaient écoulés, lorsque la couvée prit l'essor. Les
vieux oiseaux, mettant le temps à profit, commencèrent aussitôt à
préparer de nouveau le nid. Bientôt il reçut une deuxième ponte; et, au
commencement d'août, une seconde couvée faisait son apparition.
«Les jeunes se retiraient de préférence dans les bois, comme s'y sentant
plus en sûreté que dans les champs. Mais, avant leur départ, ils
paraissaient convenablement forts, et n'oublièrent pas de faire de
longues sorties en plein air, sur toute l'étendue de la crique et des
campagnes environnantes. Le 8 octobre, il ne restait plus un seul pewee
sur la plantation; mes petits compagnons étaient tous partis pour leur
grand voyage. Cependant, quelques semaines plus tard, j'en vis arriver
du nord, et qui s'arrêtèrent un moment, comme pour se reposer; puis ils
continuèrent aussi dans la direction du sud. À l'époque qui ramène ces
oiseaux en Pensylvanie, j'eus la satisfaction de revoir ceux de l'année
précédente, dans ma caverne et aux environs; et là, toujours dans le
même nid, deux nouvelles couvées s'élevèrent. Plus haut, à quelque
distance sur la crique, je trouvai, sous un pont, d'autres nids de
pewees, et plusieurs, dans les prairies adjacentes, étaient attachés à
la partie intérieure de quelques hangars qu'on y avait construits pour
serrer le foin. Ayant pris un certain nombre de ces oiseaux sur le nid,
je reconnus avec plaisir deux de ceux qui portaient à la patte le petit
fil d'argent.
«Je fus, sur ces entrefaites, obligé de me rendre en France où je
demeurai deux ans. À mon retour, dans le commencement du mois d'août, je
trouvai trois jeunes pewees dans la caverne; mais ce n'était plus le nid
que j'y avais laissé lors de mon départ. Il avait été arraché de la
voûte, et le nouveau était fixé un peu au-dessus de la place qu'occupait
l'ancien. J'observai aussi que l'un des parents était très-sauvage,
tandis que l'autre me laissait approcher à quelques pas. C'était le
mâle; je soupçonnai alors que la première femelle avait payé sa dette à
la nature. M'étant informé au fils du fermier, j'appris qu'effectivement
il l'avait tuée avec quatre de ses petits, pour servir d'appât à ses
hameçons. Le mâle alors avait amené une autre femelle dans la grotte.
Aussi longtemps que la plantation de _mill-grove_ m'appartint, il y eut
toujours un nid de pewee dans ma retraite; mais, quand je l'eus vendue,
la caverne fut détruite, et l'on démolit les rochers majestueux des
bords de la crique. Leurs débris servirent à élever un nouveau barrage
dans le perkioming.
«Ces pewees aiment si particulièrement à accrocher leurs nids contre la
paroi des roches caverneuses, que le nom qui leur conviendrait le mieux
serait celui de gobe-mouches des rochers. Partout où ces sortes de
rochers existent, j'ai vu ou entendu de ces oiseaux durant la saison des
oeufs. Je me rappelle qu'une fois en Virginie, je voyageai avec un ami
qui m'engagea à me détourner un peu de notre route pour visiter le
fameux pont, ouvrage de la nature, que l'on remarque dans cet État. Mon
compagnon, qui déjà plusieurs fois avait passé dessus, s'offrit à parier
qu'il me conduirait jusqu'au beau milieu, sans même que je me fusse
douté de son existence. On était au commencement d'avril, et d'après la
description du lieu, telle que je l'avais vue dans les livres, j'étais
certain qu'il devait être fréquenté par des pewees. Je tins la gageure,
et nous voilà partis au trot de nos chevaux, moi désirant beaucoup me
prouver ici encore, qu'à force d'appliquer son esprit à un sujet, on
peut finir tôt ou tard par le bien connaître. Je prêtais l'oreille aux
chants des différents oiseaux; enfin, j'eus la satisfaction de
distinguer le cri du pewee. J'arrêtai mon cheval pour juger de la
distance à laquelle l'oiseau pouvait être, puis, après un moment de
réflexion, je dis à mon ami que le pont n'était pas à plus de cent pas
de nous, bien qu'il nous fût tout à fait impossible de l'apercevoir. Mon
ami resta stupéfait: «Comment avez-vous pu le savoir? me demanda-t-il,
car vous ne vous trompez pas.--Simplement, lui répondis-je, parce que
j'ai entendu le chant du pewee, et que cela m'annonce que, non loin, il
doit y avoir une caverne ou quelque crique aux roches profondes.» Nous
avançâmes; les pewees s'élevèrent en troupe de dessous le pont; je le
lui montrai du doigt, et de cette manière gagnai mon pari.
«Cette règle d'observation, je l'ai toujours reconnue à la preuve, pour
être réciproquement vraie, comme on dit en arithmétique: qu'on me donne
la nature d'un terrain quelconque, boisé ou découvert, haut ou bas, sec
ou mouillé, en pente vers le nord ou vers le sud, et quelle qu'en soit
la végétation, grands arbres, essences spéciales ou simples
broussailles; et d'après ces seules indications, je me fais fort de vous
dire, presque à coup sûr, quelle est la nature de ses habitants.
«Le vol de ce gobe-mouche est une succession de courtes saccades
interrompues cependant par quelques mouvements plus soutenus. Lent,
quand l'oiseau le prolonge à une certaine distance, il devient assez
rapide lorsqu'il poursuit la proie. Parfois il monte perpendiculairement
du lieu où il est perché pour attraper un insecte, puis revient se poser
sur quelque branche sèche d'où il peut inspecter les environs. Il avale
sa proie d'un seul morceau, à moins qu'elle ne se trouve trop grosse;
quelquefois il lui donne la chasse très-longtemps, mais rarement sans
l'atteindre. Quand il s'arrête sur la branche, c'est d'un air fier et
résolu; il se redresse à la manière des faucons, jette un regard autour
de lui, se secoue les ailes en frémissant, et fouette de la queue qui se
meut comme par un ressort. Sa crête touffue est généralement relevée, et
son apparence propre, sinon élégante.--Le pewee a ses stations préférées
et dont il s'écarte rarement: souvent il choisit le haut d'un pieu
servant de clôture au bord de la route; de là, il glisse dans toutes les
directions, ensuite regagne son poste d'observation qu'il garde durant
de longues heures, au soir et au matin. Le coin du toit, dans la grange,
lui convient également bien; et, si le temps est beau, on le verra perché
sur la dernière petite branche sèche de quelque grand arbre. Pendant la
chaleur du jour, il repose sous l'ombrage des bois; en automne, il
recherche la tige de la molène, et quelquefois l'angle aigu d'un rocher
se projetant sur un ruisseau. De temps à autre, il descend par terre
pour n'y rester qu'un moment; c'est ce qu'il fait surtout en hiver, dans
nos États du Sud, où il passe généralement cette saison; ou bien encore
au printemps, lorsqu'il est occupé à ramasser les matériaux dont se
compose son nid.
«J'ai trouvé ce gobe-mouche en hiver, dans les Florides, aussi vivant,
aussi gai et chantant aussi bien qu'en aucun temps; de même, dans la
Louisiane et les Carolines, principalement sur les champs de coton.
Cependant, à ma connaissance, il ne niche jamais au midi de Charleston,
dans la Caroline du Sud, et par exception seulement dans les parties
basses de cet État. Ceux qui s'en vont quittent la Louisiane en février,
pour y revenir en octobre. Durant l'hiver, ils se nourrissent, en
attendant mieux, de baies de différentes sortes; très-adroits à
découvrir les insectes empalés sur les épines par la pie-grièche de la
Caroline, ils les dévorent avec avidité. Je trouvai quelques-uns de ces
pewees sur les îles de la Madeleine, et les côtes du Labrador et de
Terre-Neuve.
«Le nid a quelque ressemblance avec celui de l'hirondelle de fenêtre:
l'extérieur consiste en terre gâchée, au milieu de laquelle sont
solidement enchevêtrées des herbes ou mousses de diverses espèces,
déposées par couches régulières. Il est garni de radicules fibreuses, ou
de petites hachures d'écorce de vigne, de laine, de crins, et parfois
d'un peu de plume. Le plus grand diamètre, à l'entrée, est de cinq à six
pouces, sur quatre à cinq de profondeur. Les deux oiseaux travaillent
alternativement à apporter des pelotes de boue ou de terre humide mêlée
avec de la mousse dont ils disposent la plus grande partie au dehors, et
quelquefois tout l'extérieur semble en être entièrement formé. La
construction est fortement attachée contre un mur, un rocher, les
poutres d'une maison, etc. Dans les landes du Kentucky, j'ai vu des
nids fixés à la paroi de ces trous singuliers qu'on appelle _sink
holes_, et qui s'enfoncent jusqu'à vingt pieds au-dessous de la surface
du sol. J'ai remarqué que, lorsque les pewees reviennent au printemps,
ils consolident leur ancienne habitation par des additions aux parties
extérieures adhérentes au roc; c'est pour l'empêcher de tomber, ce qui
lui arrive cependant quelquefois, lorsqu'elle date de plusieurs années.
On en a vu, dans l'État du Maine, prendre possession du nid de
l'hirondelle républicaine (_hirundo fulva_). Ils pondent de quatre à six
oeufs, d'une forme ovale, et d'un blanc pur, avec quelques points
rougeâtres près du gros bout.»