IV.

«Ces profondes et douces rêveries accompagnaient souvent mes pas à

l'entrée d'une petite caverne creusée dans le roc solide par les mains

de la nature. Elle était, du moins je la trouvais alors, suffisamment

grande pour mes études: mon papier, mes crayons et parfois un volume des

contes si naturels et si charmants d'Edgeworth ou des fables de la

Fontaine m'y procuraient d'amples jouissances. C'est dans ce lieu que,

pour la première fois, je vis, sous son vrai jour, toute la force de la

tendresse paternelle chez les oiseaux; c'est là que j'étudiai les moeurs

du pewee; c'est là que j'appris, de manière à ne plus l'oublier, que

détruire le nid d'un oiseau ou lui arracher ses oeufs et ses petits,

c'est un acte d'une grande cruauté.

«J'avais trouvé un nid de ce gobe-mouche à couleur terne, accroché

contre le mur, immédiatement au-dessus de l'espèce d'arche qui servait

d'entrée à cette paisible retraite. Je regardai dedans: il était vide,

mais propre et en bon état, comme si les propriétaires absents

comptaient y revenir avec le printemps.--Déjà sur chaque tige les

bourgeons étaient gonflés; quelques arbres même se paraient de fleurs;

mais la terre était encore couverte de neige, et, dans l'air, on sentait

toujours le souffle glacial de l'hiver. Un matin, de bonne heure, je

vins à ma grotte: les rayons brillants du soleil coloraient de riches

teintes chaque objet autour de moi. Quand j'entrai, un bruit sourd

au-dessus de ma tête me fit me retourner, et je vis s'envoler deux

oiseaux qui furent se reposer tout près de là.--Les pewees étaient

arrivés!--J'en ressentis une vive joie; et, craignant que ma présence ne

troublât le joli couple, je sortis, non sans jeter souvent un regard en

arrière. Ils étaient sans doute arrivés tout nouvellement, car ils

paraissaient bien fatigués. On n'entendait point leur note plaintive;

leur huppe n'était pas redressée et les vibrations de leur queue, si

remarquables dans cette espèce, semblaient faibles et languissantes. Il

n'y avait encore que peu d'insectes, et je jugeai que l'affection qu'ils

portaient à ce lieu avait dû, bien plus qu'aucun autre motif, déterminer

leur prompt retour. À peine m'étais-je éloigné de quelques pas, que tous

deux, d'un même accord[6], ils glissaient de leur branche pour entrer

dans la caverne. Je n'y revins plus de tout le jour, et, comme je ne les

aperçus ni l'un ni l'autre aux environs, je supposai qu'ils devaient

avoir passé la journée entière dans l'intérieur. Je conclus aussi qu'ils

avaient gagné ce bienheureux port, soit de nuit, soit tout à fait à la

pointe du jour. Des centaines d'observations m'ont prouvé, depuis, que

cette espèce émigre toujours pendant la nuit.

[Note 6: «_With one accord_», comme dans ces vers si frais et si

touchants de Dante:

Quali colombe dal disio chiamate,

Con l'ali aperte et ferme al dolce nido

Volan per l'aer, da'l voler portate.

(_Infer._, V.)]

«Ne pensant plus qu'à mes petits pèlerins, le lendemain, de grand

matin, j'étais à leur retraite, mais pas encore assez tôt pour les y

surprendre. Longtemps avant d'arriver, mes oreilles furent agréablement

saluées par leurs cris joyeux, et je les vis qui traversaient les airs

de côté et d'autre, donnant la chasse à quelques insectes, à ras de la

surface de l'eau. Ils étaient pleins d'entrain, volaient fréquemment

dans la caverne, en ressortaient, et, se posant parfois à l'entrée, sur

un arbre favori, semblaient engagés dans l'entretien le plus

intéressant. Le léger frémissement de leurs ailes, les battements de

leur queue, leur crête redressée, leur air propret, tout indiquait que

la fatigue était oubliée, et qu'ils étaient reposés et heureux. Quand je

parus dans la grotte, le mâle se précipita violemment à l'entrée, fit

claquer plusieurs fois son bec avec un bruit strident, accompagnant

cette action d'une note prolongée et tremblante dont je ne tardai pas à

deviner le sens. Puis il vola dans l'intérieur et en ressortit avec une

rapidité incroyable: on eût dit le passage d'une ombre.

«Plusieurs jours de suite, je revins à la caverne, et je vis avec

plaisir qu'à mesure que ces visites se multipliaient, les oiseaux, de

leur côté, devenaient plus familiers. Une semaine ne s'était pas

écoulée, qu'eux et moi nous étions sur un pied d'intimité complète. On

était alors au 10 d'avril; il n'y avait plus de neige et le printemps se

trouvait avancé pour la saison. Ailes-rouges et étourneaux commençaient

à paraître. Je m'aperçus que les pewees se mettaient à travailler à leur

vieux nid. Désireux d'examiner les choses par moi-même, et de jouir de

la société de cet aimable couple, je me déterminai à passer auprès d'eux

la plus grande partie de mes journées. Ma présence ne les alarmait plus

du tout; ils apportèrent de nouveaux matériaux pour garnir leur nid, et

le rendirent plus chaud en y ajoutant quelques moelleuses plumes d'oie

qu'ils ramassaient le long de la crique. Leur chant alors, quand ils se

rencontraient sur le bord du nid, se faisait remarquer par un petit

gazouillement et des accents de joie que je n'ai jamais entendus dans

aucune autre occasion: c'était, je m'imagine, la douce, la tendre

expression du plaisir qu'ils se promettaient, et dont ils semblaient

jouir par anticipation sur l'avenir. Leurs mutuelles caresses, si

simples peut-être pour tout autre que moi, la manière délicate dont le

mâle savait s'y prendre pour plaire à sa femelle, m'empêchaient d'en

détacher mes yeux, et mon coeur en recevait des impressions que je ne

puis oublier.

«Un jour, la femelle demeura très-longtemps dans le nid; elle changeait

fréquemment de position, et le mâle manifestait beaucoup d'inquiétude.

Il descendait par moments auprès d'elle, se plaçait un instant à ses

côtés, puis soudain se renvolait, pour revenir bientôt avec un insecte

qu'elle prenait de son bec avec un air de reconnaissance. Environ vers

trois heures de l'après-midi, le malaise de la femelle parut augmenter;

le mâle aussi témoignait d'une agitation qui n'était pas ordinaire,

lorsque tout à coup la femelle se haussa sur ses pieds, regarda de côté

sous elle, puis s'envola suivie de son époux attentif, et prit son

essor haut dans les airs, en accomplissant des évolutions bien plus

curieuses encore que toutes celles que j'avais observées. Ils passaient

et repassaient au-dessus de l'eau, la femelle conduisant toujours le

mâle qui reproduisait, après elle, toutes les capricieuses sinuosités de

son vol. Je laissai les pewees à leurs ébats, et regardant dans le nid,

j'y aperçus leur premier oeuf, si blanc et d'une telle transparence

(transparence qu'il perd, je crois, bientôt après être pondu), que cette

vue me fit plus de plaisir que si j'eusse trouvé un diamant d'une égale

grosseur. Ainsi, sous cette frêle enveloppe existait déjà la vie; et

dans quelques semaines, une créature faible, délicate et sans défense,

mais parfaite en chacune de ses parties, allait briser la coquille et

réclamer les plus doux soins et toute l'attention de ses parents qui

n'existeraient que pour elle! Cette pensée remplissait mon âme d'un

suprême étonnement. De même, regardant vers les cieux, j'y cherchais,

hélas! en vain, l'explication d'un spectacle bien autrement grandiose,

mais non plus merveilleux.

«En six jours, six oeufs furent pondus; mais j'observai qu'à mesure que

leur nombre augmentait, la femelle restait moins longtemps sur le nid.

Le dernier fut déposé en quelques minutes. Serait-ce, me disais-je, une

prévoyance, une loi de la nature, pour conserver les oeufs frais jusqu'à

la fin? Et vous, cher lecteur, qu'en pensez-vous? Il y avait une heure

environ que la femelle avait quitté son dernier oeuf, lorsqu'elle

revint, se mit sur son nid, et après avoir, à plusieurs reprises,

arrangé ses oeufs sous sa plume, étendit un peu les ailes et commença

doucement la tâche pénible de l'incubation.

«Les jours passèrent l'un après l'autre. Je donnai des ordres formels

pour que personne n'entrât dans la caverne, ni même n'en approchât, et

pour qu'on ne détruisît aucun nid d'oiseau sur la plantation. Chaque

fois que j'allais voir mes pewees, j'en trouvais toujours un sur le nid;

tandis que l'autre était à chercher de la nourriture, ou bien, perché

dans le voisinage, remplissait l'air de notes bruyantes. Quelquefois

j'étendais ma main presque jusque sur l'oiseau qui couvait; et ils

étaient devenus si gentils tous les deux, ou plutôt si bien apprivoisés

avec moi, que, quoique je les touchasse pour ainsi dire, ni l'un ni

l'autre ne bougeait; pourtant la femelle faisait mine parfois de

s'enfoncer un peu dans son nid; mais le mâle me becquetait les doigts.

Un jour, il s'élança du nid, comme bien en colère, voltigea plusieurs

fois autour de la caverne en poussant ses notes plaintives et

gémissantes, puis il revint prendre son poste.

«En ce même temps, un second nid de pewee était accroché contre les

solives de mon moulin, et un autre, sous un hangar dans ma cour aux

bestiaux. Chaque couple, on n'en pouvait douter, avait marqué les

limites de son propre domaine, et c'était bien rarement que l'un d'eux

passait sur le territoire de son voisin. Ceux de la grotte cherchaient

généralement leur nourriture, ou faisaient leurs évolutions si haut

au-dessus du moulin, ou de la crique, que ceux du moulin ne les

rencontraient jamais. Ceux de la cour se confinaient dans le verger, et

ne troublaient pas davantage les autres. Cependant, quelquefois

j'entendais distinctement les cris de tous les trois retentir au même

moment; alors, l'idée me vint qu'ils sortaient originairement du même

nid. Je ne sais si je me trompais à cet égard; mais du moins j'ai pu

m'assurer depuis que les jeunes pewees élevés dans la grotte étaient

revenus, le printemps suivant, s'établir un peu plus haut, sur la crique

et les dépendances de ma plantation.

«Dans une autre occasion, je vous donnerai de telles preuves de cette

disposition qu'ont les oiseaux à revenir, avec leur progéniture, au lieu

de leur naissance, que peut-être vous serez convaincu, comme je le suis

en ce moment, que c'est précisément à cette tendance que chaque contrée

doit l'augmentation qu'on remarque souvent parmi ses espèces, soit

d'oiseaux, soit de quadrupèdes. Ils arrivent attirés par les nombreux

avantages qu'ils y trouvent, à mesure que le pays devient plus ouvert et

mieux cultivé. Mais reprenons l'histoire de nos pewees.

«Au troisième jour, les petits étaient éclos. Un seul oeuf n'avait rien

produit, et la femelle, deux jours après la naissance de sa couvée, le

poussa résolûment hors du nid. Je l'examinai et reconnus qu'il contenait

un embryon d'oiseau en partie desséché, et dont les vertèbres adhéraient

entièrement à la coquille, ce qui avait dû causer sa mort. Jamais je

n'ai vu d'oiseaux témoigner autant de sollicitude pour leur famille.

Ils rentraient si souvent au nid avec des insectes, qu'il me semblait

que les petits croissaient à vue d'oeil. Les parents ne me regardaient

plus comme un ennemi, et venaient souvent se poser tout près de moi,

comme si j'eusse été l'un des rochers de la caverne. Fréquemment je

m'enhardissais jusqu'à prendre les jeunes dans ma main; plusieurs fois

même, j'ôtai du nid toute la famille, pour le nettoyer des débris de

plumes qui les gênaient. Je leur attachai de petits cordons aux pattes,

mais ils ne manquaient pas de s'en débarrasser avec leur bec ou

l'assistance de leurs parents. J'en remis d'autres, jusqu'à ce qu'ils

s'y fussent entièrement habitués; et à la fin, quand arriva le moment où

ils allaient quitter le nid, je fixai à la patte de chacun d'eux un

léger fil d'argent, assez lâche pour ne pas les blesser, mais cependant

arrangé de façon qu'aucun de leurs mouvements ne pût le défaire.

«Seize jours s'étaient écoulés, lorsque la couvée prit l'essor. Les

vieux oiseaux, mettant le temps à profit, commencèrent aussitôt à

préparer de nouveau le nid. Bientôt il reçut une deuxième ponte; et, au

commencement d'août, une seconde couvée faisait son apparition.

«Les jeunes se retiraient de préférence dans les bois, comme s'y sentant

plus en sûreté que dans les champs. Mais, avant leur départ, ils

paraissaient convenablement forts, et n'oublièrent pas de faire de

longues sorties en plein air, sur toute l'étendue de la crique et des

campagnes environnantes. Le 8 octobre, il ne restait plus un seul pewee

sur la plantation; mes petits compagnons étaient tous partis pour leur

grand voyage. Cependant, quelques semaines plus tard, j'en vis arriver

du nord, et qui s'arrêtèrent un moment, comme pour se reposer; puis ils

continuèrent aussi dans la direction du sud. À l'époque qui ramène ces

oiseaux en Pensylvanie, j'eus la satisfaction de revoir ceux de l'année

précédente, dans ma caverne et aux environs; et là, toujours dans le

même nid, deux nouvelles couvées s'élevèrent. Plus haut, à quelque

distance sur la crique, je trouvai, sous un pont, d'autres nids de

pewees, et plusieurs, dans les prairies adjacentes, étaient attachés à

la partie intérieure de quelques hangars qu'on y avait construits pour

serrer le foin. Ayant pris un certain nombre de ces oiseaux sur le nid,

je reconnus avec plaisir deux de ceux qui portaient à la patte le petit

fil d'argent.

«Je fus, sur ces entrefaites, obligé de me rendre en France où je

demeurai deux ans. À mon retour, dans le commencement du mois d'août, je

trouvai trois jeunes pewees dans la caverne; mais ce n'était plus le nid

que j'y avais laissé lors de mon départ. Il avait été arraché de la

voûte, et le nouveau était fixé un peu au-dessus de la place qu'occupait

l'ancien. J'observai aussi que l'un des parents était très-sauvage,

tandis que l'autre me laissait approcher à quelques pas. C'était le

mâle; je soupçonnai alors que la première femelle avait payé sa dette à

la nature. M'étant informé au fils du fermier, j'appris qu'effectivement

il l'avait tuée avec quatre de ses petits, pour servir d'appât à ses

hameçons. Le mâle alors avait amené une autre femelle dans la grotte.

Aussi longtemps que la plantation de _mill-grove_ m'appartint, il y eut

toujours un nid de pewee dans ma retraite; mais, quand je l'eus vendue,

la caverne fut détruite, et l'on démolit les rochers majestueux des

bords de la crique. Leurs débris servirent à élever un nouveau barrage

dans le perkioming.

«Ces pewees aiment si particulièrement à accrocher leurs nids contre la

paroi des roches caverneuses, que le nom qui leur conviendrait le mieux

serait celui de gobe-mouches des rochers. Partout où ces sortes de

rochers existent, j'ai vu ou entendu de ces oiseaux durant la saison des

oeufs. Je me rappelle qu'une fois en Virginie, je voyageai avec un ami

qui m'engagea à me détourner un peu de notre route pour visiter le

fameux pont, ouvrage de la nature, que l'on remarque dans cet État. Mon

compagnon, qui déjà plusieurs fois avait passé dessus, s'offrit à parier

qu'il me conduirait jusqu'au beau milieu, sans même que je me fusse

douté de son existence. On était au commencement d'avril, et d'après la

description du lieu, telle que je l'avais vue dans les livres, j'étais

certain qu'il devait être fréquenté par des pewees. Je tins la gageure,

et nous voilà partis au trot de nos chevaux, moi désirant beaucoup me

prouver ici encore, qu'à force d'appliquer son esprit à un sujet, on

peut finir tôt ou tard par le bien connaître. Je prêtais l'oreille aux

chants des différents oiseaux; enfin, j'eus la satisfaction de

distinguer le cri du pewee. J'arrêtai mon cheval pour juger de la

distance à laquelle l'oiseau pouvait être, puis, après un moment de

réflexion, je dis à mon ami que le pont n'était pas à plus de cent pas

de nous, bien qu'il nous fût tout à fait impossible de l'apercevoir. Mon

ami resta stupéfait: «Comment avez-vous pu le savoir? me demanda-t-il,

car vous ne vous trompez pas.--Simplement, lui répondis-je, parce que

j'ai entendu le chant du pewee, et que cela m'annonce que, non loin, il

doit y avoir une caverne ou quelque crique aux roches profondes.» Nous

avançâmes; les pewees s'élevèrent en troupe de dessous le pont; je le

lui montrai du doigt, et de cette manière gagnai mon pari.

«Cette règle d'observation, je l'ai toujours reconnue à la preuve, pour

être réciproquement vraie, comme on dit en arithmétique: qu'on me donne

la nature d'un terrain quelconque, boisé ou découvert, haut ou bas, sec

ou mouillé, en pente vers le nord ou vers le sud, et quelle qu'en soit

la végétation, grands arbres, essences spéciales ou simples

broussailles; et d'après ces seules indications, je me fais fort de vous

dire, presque à coup sûr, quelle est la nature de ses habitants.

«Le vol de ce gobe-mouche est une succession de courtes saccades

interrompues cependant par quelques mouvements plus soutenus. Lent,

quand l'oiseau le prolonge à une certaine distance, il devient assez

rapide lorsqu'il poursuit la proie. Parfois il monte perpendiculairement

du lieu où il est perché pour attraper un insecte, puis revient se poser

sur quelque branche sèche d'où il peut inspecter les environs. Il avale

sa proie d'un seul morceau, à moins qu'elle ne se trouve trop grosse;

quelquefois il lui donne la chasse très-longtemps, mais rarement sans

l'atteindre. Quand il s'arrête sur la branche, c'est d'un air fier et

résolu; il se redresse à la manière des faucons, jette un regard autour

de lui, se secoue les ailes en frémissant, et fouette de la queue qui se

meut comme par un ressort. Sa crête touffue est généralement relevée, et

son apparence propre, sinon élégante.--Le pewee a ses stations préférées

et dont il s'écarte rarement: souvent il choisit le haut d'un pieu

servant de clôture au bord de la route; de là, il glisse dans toutes les

directions, ensuite regagne son poste d'observation qu'il garde durant

de longues heures, au soir et au matin. Le coin du toit, dans la grange,

lui convient également bien; et, si le temps est beau, on le verra perché

sur la dernière petite branche sèche de quelque grand arbre. Pendant la

chaleur du jour, il repose sous l'ombrage des bois; en automne, il

recherche la tige de la molène, et quelquefois l'angle aigu d'un rocher

se projetant sur un ruisseau. De temps à autre, il descend par terre

pour n'y rester qu'un moment; c'est ce qu'il fait surtout en hiver, dans

nos États du Sud, où il passe généralement cette saison; ou bien encore

au printemps, lorsqu'il est occupé à ramasser les matériaux dont se

compose son nid.

«J'ai trouvé ce gobe-mouche en hiver, dans les Florides, aussi vivant,

aussi gai et chantant aussi bien qu'en aucun temps; de même, dans la

Louisiane et les Carolines, principalement sur les champs de coton.

Cependant, à ma connaissance, il ne niche jamais au midi de Charleston,

dans la Caroline du Sud, et par exception seulement dans les parties

basses de cet État. Ceux qui s'en vont quittent la Louisiane en février,

pour y revenir en octobre. Durant l'hiver, ils se nourrissent, en

attendant mieux, de baies de différentes sortes; très-adroits à

découvrir les insectes empalés sur les épines par la pie-grièche de la

Caroline, ils les dévorent avec avidité. Je trouvai quelques-uns de ces

pewees sur les îles de la Madeleine, et les côtes du Labrador et de

Terre-Neuve.

«Le nid a quelque ressemblance avec celui de l'hirondelle de fenêtre:

l'extérieur consiste en terre gâchée, au milieu de laquelle sont

solidement enchevêtrées des herbes ou mousses de diverses espèces,

déposées par couches régulières. Il est garni de radicules fibreuses, ou

de petites hachures d'écorce de vigne, de laine, de crins, et parfois

d'un peu de plume. Le plus grand diamètre, à l'entrée, est de cinq à six

pouces, sur quatre à cinq de profondeur. Les deux oiseaux travaillent

alternativement à apporter des pelotes de boue ou de terre humide mêlée

avec de la mousse dont ils disposent la plus grande partie au dehors, et

quelquefois tout l'extérieur semble en être entièrement formé. La

construction est fortement attachée contre un mur, un rocher, les

poutres d'une maison, etc. Dans les landes du Kentucky, j'ai vu des

nids fixés à la paroi de ces trous singuliers qu'on appelle _sink

holes_, et qui s'enfoncent jusqu'à vingt pieds au-dessous de la surface

du sol. J'ai remarqué que, lorsque les pewees reviennent au printemps,

ils consolident leur ancienne habitation par des additions aux parties

extérieures adhérentes au roc; c'est pour l'empêcher de tomber, ce qui

lui arrive cependant quelquefois, lorsqu'elle date de plusieurs années.

On en a vu, dans l'État du Maine, prendre possession du nid de

l'hirondelle républicaine (_hirundo fulva_). Ils pondent de quatre à six

oeufs, d'une forme ovale, et d'un blanc pur, avec quelques points

rougeâtres près du gros bout.»

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 137 / 182 题