Rassurés sur la toute-puissance du charlatanisme dont ils fascinaient
l'Europe, ils se mirent alors à intimider les Espagnols américains du
golfe du Mexique, à menacer la Havane de conquérir Mexico, à affecter le
militarisme de Napoléon, à imposer des lois à ces nombreux démembrements
de la puissance espagnole qui naissaient à la liberté au milieu des
orages. Ils proclamèrent la résolution d'entrer en dominateurs dans les
affaires de la vieille Europe, qu'il déclarèrent caduque avec la
forfanterie de leur prétendue jeunesse. L'Angleterre, qu'ils osèrent
braver, eut la faiblesse qu'on conserve pour ses enfants même rebelles.
Elle pouvait les anéantir complétement en une campagne; elle eut le tort
inexplicable de les trop ménager dans un intérêt de coton et de balance
de commerce que nous ne comprenons pas bien, et dont nous devons nous
défier puisqu'il est britannique; elle fit la paix. L'orgueil américain
ne connut plus de limites. L'Angleterre, la France, la Russie,
l'Autriche, la Prusse, l'Espagne, ne leur parurent plus que des
comparses laissées par leur outrecuidance, sous condition, au rang des
puissances pour applaudir à leurs exploits et pour saluer leur bannière
étoilée promenée pendant vingt-cinq ans de port en port sur leur frégate
nomade et à peu près unique, _la Constitution_.