XIII.

Vignet, qui s'était tu après la mort du chien, parce qu'il ne pouvait

continuer à lire, me passa le manuscrit et je lus le reste. Le manuscrit

s'échappa de mes mains et je n'eus pas la force de le relever. Il était

tout mouillé de nos larmes; nous restâmes longtemps sans parler; toute

réflexion nous aurait semblé une dissonance. Ce ne fut que longtemps

après que nous pûmes parler.

--Eh bien, nous dit enfin Vignet, que pensez-vous du talent de mon oncle

Xavier?

--C'est comme si tu nous disais: Que pensez-vous de la nature? lui

répondit Virieu: l'homme qui écrit cela n'est ni un écrivain, ni un

poëte; c'est un traducteur de Dieu!

--C'est vrai, dis-je à mon tour. Il n'y a ni à réfléchir, ni à

s'extasier; il n'y a qu'à tomber à genoux devant cet interprète de la

douleur suprême, et à verser autant de larmes qu'il y a de

mots.--Comment a-t-il pu écrire cette prose de Job, de Job sur son

fumier, sans être inspiré par celui qui a fait du coeur humain (dit-on)

le clavier de la douleur? Laisse-nous copier ces pages comme la

partition de toutes les plaintes que nous aurons, hélas! peut-être, à

exhaler un jour dans notre vie inconnue.

--Non, dit-il, j'ai promis à ma mère, qui s'est fiée à moi, que je n'en

prendrais ni n'en laisserais prendre copie d'une seule syllabe. C'est un

secret de famille, qui ne sera révélé au monde que plus tard;

n'anticipons pas le moment.

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 92 / 182 题