ANDREY[17].

[Note 15: Église construite en mémoire de l'empereur Alexandre II, à

Saint-Pétersbourg, à la place où l'empereur a été tué.]

[Note 16: Sœur de son père.]

[Note 17: Marie Bashkirtseff exposa pour la première fois au Salon de 1880

et signa son tableau: Marie, Constentin Russ--au salon suivant, en 1881,

elle signa Andrey--nom qu'elle adopta souvent dans sa correspondance. Ce

n'est qu'en 1883 qu'elle mit son nom véritable sur ses tableaux, alors

qu'elle se sentait plus certaine du succès.]

À M. B...

1881.

Cher B...,

Au lieu de Bayonne nous avons couché à Bordeaux, et je vous écris pour

vous dire que nous avons vu Sarah dans _la Dame_. Vingt-cinq francs

la stalle de balcon. Elle a joué, cela va sans dire, comme personne, mais

je critiquerai très fort son entourage. Armand Duval, atroce. Et les

toilettes! au risque de vous crever le cœur, je vous dirai qu'elle n'est

pas bien habillée; la robe du premier assez jolie, du second (la bleue),

jolie. Celle de la campagne, laide, et celle du bal encore plus. Une

horrible guirlande toute raide, qui n'allait nullement avec les camélias

du bas de la jupe... Enfin pour la province ça ne vaut pas la peine, mais

c'est égal, si cette toilette est payée ce que vous avez dit, Sarah est

joliment volée. Du reste, ne vaudrait-elle que mille francs, elle est

laide; je ne comprends pas qu'une artiste comme Sarah se mette ça sur le

dos. Le dernier peignoir est charmant ainsi que la pelisse blanche.

Du reste, elle a joué comme un ange. Mais je ne pouvais la gober

entièrement, elle vous ressemble trop. C'est ridicule de se ressembler

ainsi!

Qui des deux copie l'autre?

Comment vont vos deux pensionnaires? Dites-leur bien des choses. Et puis

si vous étiez bien gentil vous iriez encore boulevard Rochechouart, _57

bis_. Vous voyez, je ne louerais que vers le 15 octobre, et je serais

désolée si un autre m'enlevait ce paradis si bien exposé au Nord. Ne

pourriez-vous, avec la finesse qui vous caractérise, vous arranger de

façon à être prévenu par la concierge... je ne sais comment, mais que je

puisse respirer librement ici sans la crainte que quelque peintre (ils

sont si ignobles) loue l'atelier que je convoite. Si, pour vous encourager

à m'arranger cela, il faut dire que la robe du quatrième est jolie, je

vais le dire volontiers.

Il fait beau, il fait chaud, Biarritz est charmant.

Au même.

Biarritz, 1881.

Cher B....,

Le quatrain qui commence votre lettre serait digne d'être de vous, il est

ineffable. Les gants vont très bien, je vous remercie, c'est trois fois

deux francs soixante-cinq centimes que je vous dois.

Hier, représentation de Coquelin cadet et grand bal. Il n'y a que des

Espagnols et des Russes. Les Espagnoles sont jolies, jolies, jolies; quant

aux Russes, il n'y en a qu'une, et vous savez de qui je veux parler.

Il pleut depuis deux jours; du reste, fin septembre, tout ça s'envole,

et nous allons faire un tour artistique à travers l'Espagne, qui me

passionne. Sans bagages, comme des Anglais; c'est le voyage le plus

intéressant d'Europe et qu'il faut avoir fait, vraiment.

Ne regrettez pas de n'être pas à Biarritz, qui n'est pas plus amusant

que Trouville ou Aix, mais à votre place, je profiterais de ce que les

délicieuses Russes que vous savez vont en Espagne, et je ferais ce voyage

dans ces conditions incomparables. Mais j'y songe vraiment, plaisanterie à

part, la saison est tout à fait favorable, vous avez beaucoup travaillé,

Paris est humide en octobre, vous toussez; vous raconterez vos aventures

ibériennes, castillanes et andalouses à Sarah; voilà bien ce qu'il faut

pour décider votre famille à vous laisser partir, sans compter qu'avec

mille fois vingt sous le tour est joué aussi bien que la _Dame_ par

Sarah. Et puis vous serez sage étant en famille, et puis vous porterez mes

ustensiles de peinture dans les passages dangereux des montagnes, ou'sque

les écureuils ne s'aventurent qu'à regret, les biches plutôt, enfin il

n'importe, comme on dit chez Victor Hugo. Donc, méditez sur ce projet

éblouissant et au revoir. Merci de nous toutes pour les chiens et

l'atelier, vous êtes bien gentil, comme disait Mme Thiers.

Andrey,

Future grande médaille.

Au même.

Amado ed illustre B!

Oui, son en Espagna ainsi qu'en Mantilla; parcouro l'una portando l'altra.

Visito Toledo et l'Escorial faisando studias et conquêtas.

Non est impossible que je fasse quelque magnifica composition mais est

meglior de ne rien présumar. Il m'a semblato démêler dans esperancia del

segnor Juliano de me vider faire grande tableauto, il m'a semblato,

dis-je, démêlar que maman a fato visita al segnor director et l'a

serinato al effecto d'agir sur moi en faisando semblante de creder que

je travaillo ici pour me faire restar dans le Midi. Si le pensiero

machiavelico que prêto al nostro director al vrai, je lui retiro ma

confiancia et la dono illico al segnor Cot qui non est complicio della

familia (!) Vous pouvez lui faire part de cette menacia.

Dans tous les casos el tiempo que stabo in esto infecto pays sera

employato a chipar segretos de Velasquez, Ribera et altros polissones. Et

lorsque munita de tanta sapientia me riscabo à faire immensa toila d'après

natura, enfonçatos Carolus, Tony et altros precursorès. Donc, caro chico,

prego usted de faire demangiamento del 37 se abominabil propriator me

ficha à la puerta avant janvier--ce sera donc le 15 octobre. Spero que

sera plus tard. Dans todos los casos faudra ranger chosas dans antiqua

chambra de Mlle Oelsnitz. Penso être de retour dans vingt jours à moins

que... Il y a beaucoup de balcones, guitarras, œilladas et eventaillos

mais le travaillo avant todo.

Attendo nuevas lettras de usted et me dico humilimente.

Andrey,

Fabricante de chèvre-d'œufs,

successor de Velasquez

et de plusieurs cours étrangères

et professor de langua espagnol.

À M. Julian.

Lettres de Marie Bashkirtseff Préface de François Coppée · 第 16 / 31 题