Alfred était cité pour sa gourmandise; dès qu'il avait quelque argent,
il l'employait à acheter des gâteaux et des sucreries. Il aspirait tout
le long du jour au moment de se mettre à table, et après avoir bien bu
et bien mangé, il s'efforçait encore d'attraper quelque chose dans
l'office ou dans le buffet.
Un marchand vint proposer à son père de lui vendre des marrons de Lyon;
comme on n'en cultivait pas dans le pays, Alfred ne savait ce que
c'était; il demanda au marchand si ces fruits bruns étaient bons à
manger; celui-ci répondit qu'ils étaient excellents, surtout quand on
les mettait cuire sous la cendre chaude. Le père d'Alfred ne tomba pas
d'accord avec le marchand et ne lui acheta pas de marrons, mais Alfred
eut l'adresse de lui en dérober plusieurs poignées qu'il cacha dans ses
poches.
Aussitôt il descend à la cuisine; tandis que la cuisinière est occupée
dehors, il met ses marrons sur le foyer, les couvre de cendre rouge, de
charbons brûlants, et attend avec impatience le moment de goûter de ces
fruits dont on lui avait vanté la saveur: il écoutait avec plaisir le
bruit que les marrons commençaient à faire, lorsque tout-à-coup l'un
d'eux fait explosion et lance au visage du petit gourmand, qui se tenait
tout près, les cendres avec les charbons.
Alfred, étourdi, aveuglé, se mit à courir dans la cuisine en poussant
des cris, en se cognant contre les meubles et contre les murs. Le père
accourt, et quand il s'est assuré que son fils n'est pas blessé, il lui
inflige la punition que méritaient et sa gourmandise et son vol.