Thomas était un villageois plein de pitié; il avait à son service un
charretier qui avait la coupable habitude de jurer, de s'emporter et de
dire les plus grossières injures aux hommes et aux animaux; son maître
lui faisait de fréquentes réprimandes et lui représentait que c'était
offenser Dieu que d'agir ainsi.--Vraiment, répondit-il, je voudrais bien
me corriger; mais l'habitude est plus forte que moi, il m'est impossible
de la vaincre.
Un matin, Thomas dit à son charretier:--Tiens, voilà un écu tout neuf;
je te le donnerai ce soir, si d'ici-là tu ne prononces pas un jurement
et si tu ne te livres à aucun emportement. Le charretier accepta le
marché avec grand plaisir.
En vain les autres domestiques s'efforcèrent de lui faire perdre l'écu,
et s'entendirent entre eux pour le mettre hors de lui; le charretier sut
se défendre de leurs attaques sans colère, sans injures et sans
jurements.
Quand le soir fut venu. Thomas lui donna l'écu en disant:--Rougis
d'avoir pu faire pour une misérable pièce d'argent ce que ni ton
affection pour ton maître ni la crainte de Dieu n'avaient pu obtenir de
toi. Le charretier sentit que le reproche était juste; il fit de
véritables efforts pour se corriger, et y parvint.