Un émigré français, se voyant obligé de passer l'hiver dans un
village de Westphalie, voulut acheter du bois, dont il avait grand
besoin. Il en voit passer sur une charrette, et il le marchande.
Le voiturier, s'apercevant qu'il a affaire à un étranger, lui
demande trois louis de ce qui vaut tout au plus huit francs. Le
marché conclu, le voiturier se rend au cabaret pour y déjeuner, et
se vante d'avoir trompé l'étranger, disant que son bois était à lui
et qu'il avait le droit de le vendre le prix qu'il voulait, sans
que personne y trouvât[1] à redire. Le déjeuner fini, le voiturier
demande ce qu'il doit. "Trois louis, répond l'aubergiste.--Comment!
trois louis un si maigre repas?--Oui, c'est mon bien; je suis libre
d'en demander le prix que je veux. Si vous n'êtes pas content,
allons chez le bourgmestre." Cette proposition est acceptée. Ils
exposent leur cause devant le magistrat. Celui-ci, rendant son
jugement sur les réclamations du voiturier, prononça en faveur
de l'aubergiste. Il se fit remettre les trois louis, donna huit
francs au voiturier pour prix de son bois, obligea celui-ci à
payer deux francs à l'aubergiste, et il confia le reste à ce
dernier qui courut le porter au Français.
[Footnote 1: Why subjunctive?]
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