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L'AUTRE TARTUFFE,
OU
LA MÈRE COUPABLE.
AVIS DE L'IMPRIMEUR.
Le Citoyen RONDONNEAU, propriétaire de cette édition, la seule avouée
par l'Auteur, prévient ses Concitoyens qu'il en a déposé deux
exemplaires à la Bibliothèque nationale, pour lui assurer l'exercice des
droits que donne la loi du 19 juillet 1793, de poursuivre _tout
contrefacteur, et tout distributeur d'édition contrefaite_.
Il prévient en outre ses Concitoyens qu'il vient d'ouvrir la vente de ce
qui reste des OEuvres de Voltaire, édition de Kell, _in-8.º_ et
_in-12_: la première en 70 volumes, la seconde en 92 volumes, ainsi que
des diverses parties qui forment le complément des exemplaires
imparfaits.
On trouvera de plus au Dépôt des Lois, place du Carrousel, 1.º des
exemplaires de la correspondance de Voltaire, imprimée séparément de ses
oeuvres, en 19 volumes _in-8.º_ et en 23 volumes _in-12_; ces éditions
particulières ont été faites pour ceux qui ont des éditions des
oeuvres de Voltaire antérieures à l'édition complette de Kell.
2.º De la Henriade, 1 vol. _in-4.º_
3.º De la Pucelle, 1 vol. _in-4.º_ ou 2 vol. _in-12._
4.º Du Mariage de Figaro ou la Folle Journée, 1 vol. _in-8.º_
La vente se fera au comptant. On trouvera au Dépôt le tableau des prix
des différentes éditions, et les conditions du paiement, tant pour les
Libraires que pour les Particuliers.
On trouvera au même Dépôt la collection de toutes les estampes ou les
portions séparées de toutes les parties incomplettes qui restent à
livrer.
L'AUTRE TARTUFFE,
ou
LA MÈRE COUPABLE.
DRAME EN CINQ ACTES, EN PROSE;
PAR P. A. CARON-BEAUMARCHAIS.
_Remis au Théâtre de la rue Feydeau, avec des changemens,
et joué le 16 Floréal an V, (5 Mai 1797)
par les anciens Acteurs du Théâtre Français._
On gagne assés dans les familles,
quand on en expulse un méchant.
_dernière phrase de la Pièce._
ÉDITION ORIGINALE.
A PARIS,
CHEZ RONDONNEAU et Compagnie, au Dépôt des Lois, place du Carrousel.
1797.
UN MOT SUR LA MÈRE COUPABLE.
Pendant ma longue proscription, quelques amis zélés avaient imprimé
cette Pièce, uniquement pour prévenir l'abus d'une contrefaçon infidèle,
furtive, et prise à la volée pendant les représentations[1]. Mais ces
amis eux-mêmes, pour éviter d'être froissés par les agens de la terreur,
s'ils eussent laissé leurs vrais titres aux personnages espagnols, (car
alors tout était péril) se crurent obligés de les défigurer, d'altérer
même leur langage, et de mutiler plusieurs scènes.
[1] Elle fut représentée, pour la première fois, au Théâtre du
Marais, le 26 Juin 1792.
Honorablement rappelé dans ma patrie, après quatre années d'infortunes,
et la Pièce étant désirée par les anciens Acteurs du Théâtre français,
dont on connaît les grands talens; je la restitue en entier dans son
premier état. Cette édition est celle que j'avoue.
Parmi les vues de ces artistes, j'entre dans celle de présenter, en
trois séances consécutives, tout le roman de la famille _Almaviva_,
dont les deux premières époques ne semblent pas, dans leur gaîté légère,
offrir de rapport bien sensible avec la profonde et touchante moralité
de la dernière; mais qui, dans le plan de l'auteur, ont une connexion
intime, propre à verser le plus vif intérêt sur les représentations de
_la Mère coupable_.
J'ai donc pensé avec les Comédiens, que nous pouvions dire au Public:
Après avoir bien ri, le premier jour, _au Barbier de Séville_, de la
turbulente jeunesse _du Comte Almaviva_, laquelle est à-peu-près celle
de tous les hommes:
Après avoir, le second jour, gaîment considéré, _dans la Folle journée_,
les fautes de son âge viril, et qui sont trop souvent les nôtres:
Par le tableau de sa vieillesse, et voyant _la Mère coupable_, venez
vous convaincre avec nous, que tout homme qui n'est pas né un
épouvantable méchant, finit toujours par être bon, quand l'âge des
passions s'éloigne, et sur-tout quand il a goûté le bonheur si doux
d'être père! c'est le but moral de la Pièce. Elle en renferme plusieurs
autres que ses détails feront sortir.
Et moi, l'Auteur, j'ajoute ici: Venez juger _la Mère coupable_, avec le
bon esprit qui l'a fait composer pour vous. Si vous trouvez quelque
plaisir à mêler vos larmes aux douleurs, au pieux repentir de cette
femme infortunée: si ses pleurs commandent les vôtres, laissez-les
couler doucement. Les larmes qu'on verse au théâtre, sur des maux
simulés qui ne font pas le mal de la réalité cruelle, sont douces. On
est meilleur quand on se sent pleurer. On se trouve si bon après la
compassion!
Auprès de ce tableau touchant, si j'ai mis sous vos yeux le machinateur,
l'homme affreux qui tourmente aujourd'hui cette malheureuse famille; Ah!
je vous jure que je l'ai vu agir; je n'aurais pas pu l'inventer. Le
_Tartuffe de Molière_ était celui de _la religion_: aussi de toute la
famille d'_Orgon_, ne trompa-t-il que le chef imbécile! Celui-ci, bien
plus dangereux, _Tartuffe de la probité_, a l'art profond de s'attirer
la respectueuse confiance de la famille entière qu'il dépouille. C'est
celui-là qu'il fallait démasquer. C'est pour vous garantir des piéges de
ces monstres (et il en existe par-tout) que j'ai traduit sévèrement
celui-ci sur la scène française. Pardonnez-le moi, en faveur de sa
punition, qui fait la clôture de la Pièce. Ce cinquième acte m'a couté;
mais je me serais cru plus méchant que _Bégearss_, si je l'avais laissé
jouir du moindre fruit de ses atrocités; si je ne vous eusse calmés
après des alarmes si vives.
Peut être ai-je attendu trop tard pour achever cet ouvrage terrible qui
me consumait la poitrine, et devait être écrit dans la force de l'âge.
Il m'a tourmenté bien long-temps! Mes deux comédies espagnoles ne furent
faites que pour le préparer. Depuis, en vieillissant, j'hésitais de m'en
occuper: je craignais de manquer de force; et peut-être n'en ai-je plus
à l'époque où je l'ai tenté! mais enfin, je l'ai composé dans une
intention droite et pure: avec la tête froide d'un homme, et le coeur
brûlant d'une femme, comme on l'a pensé de _Rousseau_. J'ai remarqué que
cet ensemble, cet _hermaphrodisme_ moral, est moins rare qu'on ne le
croit.
Au reste, sans tenir à nul parti, à nulle secte, _la Mère coupable_ est
un tableau des peines intérieures qui divisent bien des familles;
auxquelles malheureusement le divorce, très-bon d'ailleurs, ne remédie
point. Quoi qu'on fasse, ces plaies secrètes, il les déchire au lieu de
les cicatriser. Le sentiment de la paternité, la bonté du coeur,
l'indulgence en sont les uniques remèdes. Voilà ce que j'ai voulu
peindre et graver dans tous les esprits.
Les hommes de lettres qui se sont voués au théâtre, en examinant cette
Pièce, pourront y démêler une intrigue de comédie, fondue dans le
pathétique d'un drame. Ce dernier genre, trop dédaigné de quelques
juges prévenus, ne leur paraissait pas de force à comporter ces deux
élémens réunis. _L'intrigue_, disaient-ils, est le propre des sujets
gais, c'est le nerf de la comédie: on adapte _le pathétique_ à la marche
simple du drame, pour en soutenir la faiblesse. Mais ces principes
hasardés s'évanouissent à l'application, comme on peut s'en convaincre
en s'exerçant dans les deux genres. L'exécution plus ou moins bonne
assigne à chacun son mérite; et le mêlange heureux de ces deux moyens
dramatiques employés avec art, peut produire un très-grand effet; voici
comment je l'ai tenté.
Sur les antécédens connus (et c'est un fort grand avantage) j'ai fait en
sorte qu'un drame intéressant existât aujourd'hui entre _le Comte
Almaviva_, la Comtesse et les deux enfans. Si j'avais reporté la Pièce à
l'âge inconsistant où les fautes se sont commises, voici ce qui fût
arrivé.
D'abord le drame eût dû s'appeler, non _la Mère coupable_, mais
_l'Epouse infidèle_, ou _les Epoux coupables_: ce n'était déjà plus le
même genre d'intérêt; il eût fallu y faire entrer des intrigues d'amour,
des jalousies, du désordre, que sais-je? de tous autres évènemens: et la
moralité que je voulais faire sortir d'un manquement si grave aux
devoirs de l'épouse honnête; cette moralité, perdue, enveloppée dans les
fougues de l'âge, n'aurait pas été apperçue. Mais, c'est vingt ans après
que les fautes sont consommées; quand les passions sont usées; que leurs
objets n'existent plus; à l'instant où les conséquences d'un désordre
presque oublié viennent peser sur l'établissement, sur le sort d'enfans
malheureux qui les ont toutes ignorées, et n'en sont pas moins les
victimes. C'est de ces circonstances graves que la moralité tire toute
sa force, et devient le préservatif des jeunes personnes bien nées qui,
lisant peu dans l'avenir, sont beaucoup plus près du danger de se voir
égarées, que de celui d'être vicieuses. Voilà sur quoi porte mon drame.
Puis, opposant au scélérat, notre pénétrant _Figaro_, vieux serviteur
très-attaché; le seul Être que le fripon n'a pu tromper dans la maison:
l'intrigue qui se noue entr'eux, s'établit sous cet autre aspect.
Le scélérat inquiet, se dit: En vain j'ai le secret de tout le monde
ici; envain je me vois près de le tourner à mon profit; si je ne
parviens pas à faire chasser ce valet, il pourra m'arriver malheur!
D'autre côté, j'entends _le Figaro_: Si je ne réussis à dépister ce
monstre, à lui faire tomber le masque; la fortune, l'honneur, le bonheur
de cette maison; tout est perdu. _La Susanne_, jetée entre ces deux
lutteurs, n'est ici qu'un souple instrument dont chacun entend se servir
pour hâter la chûte de l'autre.
Ainsi, _la Comédie d'intrigue_, soutenant la curiosité, marche tout au
travers _du Drame_, dont elle renforce l'action, sans en diviser
l'intérêt qui se porte entier sur _la Mère_. Les deux enfans, aux yeux
du spectateur, ne courent aucun danger réel. On voit bien qu'ils
s'épouseront, si le scélérat est chassé; car, ce qu'il y a de mieux
établi dans l'ouvrage, c'est qu'ils ne sont parens à nul degré; qu'ils
sont étrangers l'un à l'autre: ce que savent fort bien, dans le secret
du coeur, le Comte, la Comtesse, le scélérat, _Susanne_ et _Figaro_,
tous instruits des événemens; sans compter le Public qui assiste à la
Pièce, à qui nous n'avons rien caché. Tout l'art de l'hypocrite, en
déchirant le coeur du Père et de la Mère, consiste à effrayer les
jeunes gens, à les arracher l'un à l'autre, en leur fesant croire à
chacun qu'ils sont enfans du même père! c'est-là le fond de son
intrigue. Ainsi marche le double plan que l'on peut appeler _complexe_.
Une telle action dramatique peut s'appliquer à tous les temps, à tous
les lieux où les grands traits de la nature, et tous ceux qui
caractérisent le coeur de l'homme et ses secrèts, ne seront pas trop
méconnus.
_Diderot_ comparant les ouvrages de _Richardson_ avec tous ces romans
que nous nommons l'_Histoire_, s'écrie, dans son enthousiasme pour cet
auteur juste et profond: _Peintre du coeur humain! c'est toi seul qui
ne ments jamais!_ Quel mot sublime! Et moi aussi j'essaye encor d'être
peintre du coeur humain: mais ma palette est desséchée par l'âge et
les contradictions. _La Mère coupable_ a dû s'en ressentir!
Que si ma faible exécution nuit à l'intérêt de mon plan; le principe que
j'ai posé n'en a pas moins toute sa justesse! Un tel essai peut inspirer
le dessein d'en offrir de plus fortement concertés. Qu'un homme de feu
l'entreprenne, y mêlant, d'un crayon hardi, l'_intrigue_ avec _le
pathétique_! Qu'il broye et fonde savament les vives couleurs de chacun!
Qu'il nous peigne à grands traits l'homme vivant en société, son état,
ses passions, ses vices, ses vertus, ses fautes et ses malheurs, avec la
vérité frappante que l'exagération même, qui fait briller les autres
genres, ne permet pas toujours de rendre aussi fidèlement! Touchés,
intéressés, instruits, nous ne dirons plus que le _Drame_ est un genre
décoloré, né de l'impuissance de produire ou Tragédie, ou Comédie.
L'art aura pris un noble essor; il aura fait encore un pas.
O mes Concitoyens, vous à qui j'offre cet essai! s'il vous parait faible
ou manqué; critiqués-le, mais sans m'injurier. Lorsque je fis mes autres
Pièces, on m'outragea long-temps pour avoir osé mettre au théâtre ce
jeune _Figaro_, que vous avez aimé depuis. J'étais jeune aussi, j'en
riais. En vieillissant l'esprit s'attriste; le caractère se rembrunit.
J'ai beau faire, je ne ris plus quand un méchant ou un fripon insulte à
ma personne, à l'occasion de mes ouvrages: on n'est pas maître de cela.
Critiqués la Pièce: fort bien. Si l'Auteur est trop vieux pour en tirer
du fruit, votre leçon peut profiter à d'autres. L'injure ne profite à
personne, et même elle n'est pas de bon goût. On peut offrir cette
remarque à une Nation renommée par son ancienne politesse, qui la fesait
servir de modèle en ce point, comme elle est encore aujourd'hui celui de
la haute vaillance.
PERSONNAGES.
LE COMTE ALMAVIVA, _grand seigneur espagnol, d'une fierté noble, et sans
orgueil_.
LA COMTESSE ALMAVIVA, _très-malheureuse, et d'une angélique piété_.
LE CHEVALIER LÉON, _leur fils; jeune homme épris de la liberté, comme
toutes les âmes ardentes et neuves_.
FLORESTINE, _pupille et filleule du comte Almaviva; jeune personne d'une
grande sensibilité_.
M. BÉGEARSS, _Irlandais, major d'infanterie espagnole, ancien secrétaire
des ambassades du Comte; homme très-profond, et grand machinateur
d'intrigues, fomentant le trouble avec art_.
FIGARO, _valet de chambre, chirurgien et homme de confiance du Comte;
homme formé par l'expérience du monde et des évènemens_.
SUSANNE, _première camariste de la Comtesse; épouse de_ Figaro;
_excellente femme, attachée à sa maîtresse, et revenue des illusions du
jeune âge_.
M. FAL, _notaire du Comte; homme exact et très-honnête_.
GUILLAUME, _valet allemand de_ M. Bégearss; _homme trop simple pour un
tel maître_.
La Scène est à Paris, dans l'hôtel occupé par la famille du Comte, et se
passe à la fin de 1790.
L'AUTRE TARTUFFE, OU LA MÈRE COUPABLE
ACTE PREMIER.
_Le Théâtre représente un salon fort orné._
SCÈNE PREMIÈRE.
SUSANNE, _seule, tenant des fleurs obscures, dont elle fait un bouquet_.
Que Madame s'éveille et sonne; mon triste ouvrage est achevé. (_Elle
s'assied avec abandon._) A peine il est neuf heures, et je me sens déjà
d'une fatigue...... Son dernier ordre, en la couchant, m'a gâté ma nuit
toute entière..... _Demain, Susanne, au point du jour, fais apporter
beaucoup de fleurs, et garnis-en mes cabinets._--- Au portier:--- _Que,
de la journée, il n'entre personne pour moi.----- Tu me formeras un
bouquet de fleurs noires et rouge foncé, un seul oeillet blanc au
milieu_...... Le voilà.--Pauvre Maîtresse! elle pleurait!... Pour qui ce
mélange d'apprêts?.... Eeeh! si nous étions en Espagne, ce serait
aujourd'hui la fête de son fils _Léon_......... (_avec mystère._) et
d'un autre homme qui n'est plus! (_Elle regarde les fleurs._) Les
couleurs du sang et du deuil! (_Elle soupire._) Ce coeur blessé ne
guérira jamais!--- Attachons-le d'un crêpe noir, puisque c'est-là sa
triste fantaisie! (_Elle attache le bouquet._)
SCÈNE II.
SUSANNE, FIGARO _regardant avec mystère_. (_Cette scène doit marcher
chaudement._)
SUSANNE.
Entre donc, _Figaro_! Tu prends l'air d'un amant en bonne fortune chez
ta femme!
FIGARO.
Peut-on vous parler librement?
SUSANNE.
Oui, si la porte reste ouverte.
FIGARO.
Et pourquoi cette précaution?
SUSANNE.
C'est que l'homme dont il s'agit peut entrer d'un moment à l'autre.
FIGARO, _appuyant_.
_Honoré-Tartuffe--Bégearss?_
SUSANNE.
Et c'est un rendez-vous donné.--Ne t'accoutume donc pas à charger son
nom d'épithètes; cela peut se redire et nuire à tes projets.
FIGARO.
Il s'appelle _Honoré_!
SUSANNE.
Mais non pas _Tartuffe_.
FIGARO.
Morbleu!
SUSANNE.
Tu as le ton bien soucieux!
FIGARO.
Furieux! (_Elle se lève._) Est-ce là notre convention? M'aidez-vous
franchement, _Suzanne_, à prévenir un grand désordre? Serais-tu dupe
encore de ce très-méchant homme?
SUSANNE.
Non; mais je crois qu'il se méfie de moi; il ne me dit plus rien. J'ai
peur, en vérité, qu'il ne nous croye raccommodés.
FIGARO.
Feignons toujours d'être brouillés.
SUSANNE.
Mais qu'as-tu donc appris qui te donne une telle humeur?
FIGARO.
Recordons-nous d'abord sur les principes. Depuis que nous sommes à
Paris, et que M. _Almaviva_..... (Il faut bien lui donner son nom,
puisqu'il ne souffre plus qu'on l'appelle _Monseigneur_.......)
SUSANNE, _avec humeur_.
C'est beau! et Madame sort sans livrée! nous avons l'air de tout le
monde!
FIGARO.
Depuis, dis-je, qu'il a perdu, par une querelle du jeu, son libertin de
fils aîné, tu sais comment tout a changé pour nous! comme l'humeur du
Comte est devenue sombre et terrible!
SUSANNE.
Tu n'es pas mal bourru non plus!
FIGARO.
Comme son autre fils paraît lui devenir odieux!
SUSANNE.
Que trop!
FIGARO.
Comme Madame est malheureuse!
SUSANNE.
C'est un grand crime qu'il commet!
FIGARO.
Comme il redouble de tendresse pour sa pupille _Florestine_! Comme il
fait, sur-tout, des efforts pour dénaturer sa fortune!
SUSANNE.
Sais-tu, mon pauvre _Figaro_! que tu commences à radoter? Si je sais
tout cela, qu'est-il besoin de me le dire?
FIGARO.
Encor faut-il bien s'expliquer pour s'assurer que l'on s'entend!
N'est-il pas avéré pour nous que cet astucieux Irlandais, le fléau de
cette famille, après avoir chiffré, comme secrétaire, quelques
ambassades auprès du Comte, s'est emparé de leurs secrets à tous? que ce
profond machinateur a su les entraîner, de l'indolente Espagne, en ce
pays, remué de fond en comble, espérant y mieux profiter de la désunion
où ils vivent, pour séparer le mari de la femme, épouser la pupille, et
envahir les biens d'une maison qui se délâbre?
SUSANNE.
Enfin, moi! que puis-je à cela?
FIGARO.
Ne jamais le perdre de vue; me mettre au cours de ses démarches.
SUSANNE.
Mais je te rends tout ce qu'il dit.
FIGARO.
Oh! ce qu'il dit..... n'est que ce qu'il veut dire! Mais saisir, en
parlant, les mots qui lui échappent, le moindre geste, un mouvement;
c'est-là qu'est le secret de l'âme! Il se trame ici quelque horreur! Il
faut qu'il s'en croye assuré; car je lui trouve un air..... plus faux,
plus perfide et plus fat; cet air des sots de ce pays, triomphant avant
le succès! Ne peux-tu être aussi perfide que lui? l'amadouer, le bercer
d'espoir? quoiqu'il demande, ne pas le refuser?...
SUSANNE.
C'est beaucoup!
FIGARO.
Tout est bien, et tout marche au but; si j'en suis promptement instruit.
SUSANNE.
.... Et si j'en instruis ma maîtresse?
FIGARO.
Il n'est pas tems encore; ils sont tous subjugués par lui. On ne te
croirait pas: tu nous perdrais, sans les sauver. Suis-le par-tout, comme
son ombre.... et moi, je l'épie au-dehors....
SUSANNE.
Mon ami, je t'ai dit qu'il se défie de moi; et s'il nous surprenait
ensemble... Le voilà qui descend.... Ferme!....... ayons l'air de
quereller bien fort. (_Elle pose le bouquet sur la table._)
FIGARO, _élevant la voix_.
Moi, je ne le veux pas. Que je t'y prenne une autre fois!....
SUSANNE, _élevant la voix_.
Certes!..... oui, je te crains beaucoup!
FIGARO, _feignant de lui donner un soufflet_.
Ah! tu me crains!.... Tiens, insolente!
SUSANNE, _feignant de l'avoir reçu_.
Des coups à moi.... chez ma maîtresse?
SCÈNE III.
LE MAJOR BÉGEARSS, FIGARO, SUSANNE.
BÉGEARSS, _en uniforme, un crêpe noir au bras_.
Eh! mais quel bruit! Depuis une heure j'entends disputer de chez moi....
FIGARO, _à part_.
Depuis une heure!
BÉGEARSS.
Je sors, je trouve une femme éplorée....
SUSANNE, _feignant de pleurer_.
Le malheureux lève la main sur moi!
BÉGEARSS.
Ah l'horreur! monsieur _Figaro_! Un galant homme a-t-il jamais frappé
une personne de l'autre sexe?
FIGARO, _brusquement_.
Eh morbleu! Monsieur, laissez-nous! Je ne suis point _un galant homme_;
et cette femme n'est point _une personne de l'autre sexe_: elle est ma
femme; une insolente, qui se mêle dans des intrigues, et qui croit
pouvoir me braver, parce qu'elle a ici des gens qui la soutiennent. Ah!
j'entends la morigéner....
BÉGEARSS.
Est-on brutal à cet excès?
FIGARO.
Monsieur, si je prends un arbitre de mes procédés envers elle, ce sera
moins vous que tout autre; et vous savez trop bien pourquoi!
BÉGEARSS.
Vous me manquez, Monsieur; je vais m'en plaindre à votre maître.
FIGARO, _raillant_.
Vous manquer! moi? c'est impossible.
(_Il sort._)
SCÈNE IV.
BÉGEARSS, SUSANNE.
BÉGEARSS.
Mon enfant, je n'en reviens point. Quel est donc le sujet de son
emportement?
SUSANNE.
Il m'est venu chercher querelle; il m'a dit cent horreurs de vous. Il me
défendait de vous voir, de jamais oser vous parler. J'ai pris votre
parti; la dispute s'est échauffée; elle a fini par un soufflet.... Voilà
le premier de sa vie; mais moi, je veux me séparer; vous l'avez vu.....
BÉGEARSS.
Laissons cela.--Quelque léger nuage altérait ma confiance en toi; mais
ce débat l'a dissipé.
SUSANNE.
Sont-ce là vos consolations?
BÉGEARSS.
Vas! c'est moi qui t'en vengerai! il est bien tems que je m'acquitte
envers toi, ma pauvre _Susanne_! Pour commencer, apprends un grand
secret..... Mais sommes-nous bien sûrs que la porte est fermée?
(_Susanne y va voir._) (_Il dit à part_) Ah! si je puis avoir seulement
trois minutes l'écrin au double fonds que j'ai fait faire à la Comtesse,
où sont ces importantes lettres.....
SUSANNE _revient_.
Eh bien! ce grand secret?
BÉGEARSS.
Sers ton ami; ton sort devient superbe.--J'épouse _Florestine_; c'est un
point arrêté; son père le veut absolument.
SUSANNE.
Qui, son père?
BÉGEARSS, _en riant_.
Et d'où sors-tu donc? Règle certaine, mon enfant; lorsque telle
orpheline arrive chez quelqu'un, comme pupille, ou bien comme filleule,
elle est toujours la fille du mari. (_D'un ton sérieux._) Bref, je puis
l'épouser.... si tu me la rends favorable.
SUSANNE.
Oh! mais _Léon_ en est très amoureux.
BÉGEARSS.
Leur fils? (_froidement_) je l'en détacherai.
SUSANNE, _étonnée_.
Ha!.... Elle aussi, elle est fort éprise!
BÉGEARSS.
De lui?....
SUSANNE.
Oui.
BÉGEARSS, _froidement_.
Je l'en guérirai.
SUSANNE, _plus surprise_.
Ha ha!..... Madame qui le sait, donne les mains à leur union!
BÉGEARSS, _froidement_.
Nous la ferons changer d'avis.
SUSANNE, _stupéfaite_.
Aussi?.... Mais _Figaro_, si je vois bien, est le confident du jeune
homme!
BÉGEARSS.
C'est le moindre de mes soucis. Ne serais-tu pas aise d'en être
délivrée?
SUSANNE.
S'il ne lui arrive aucun mal?...
BÉGEARSS.
Fi donc! la seule idée flétrit l'austère probité. Mieux instruits sur
leurs intérêts, ce sont eux-mêmes qui changeront d'avis.
SUSANNE, _incrédule_.
Si vous faites cela, Monsieur....
BÉGEARSS, _appuyant_.
Je le ferai.--Tu sens que l'amour n'est pour rien dans un pareil
arrangement. (_L'air caressant._) Je n'ai jamais vraiment aimé que toi.
SUSANNE, _incrédule_.
Ah! si Madame avait voulu....
BÉGEARSS.
Je l'aurais consolée sans doute; mais elle a dédaigné mes voeux!.....
Suivant le plan que le Comte a formé, la Comtesse va au couvent.
SUSANNE, _vivement_.
Je ne me prête à rien contre elle.
BÉGEARSS.
Que diable! il la sert dans ses goûts! Je t'entends toujours dire: _Ah!
c'est un ange sur la terre!_
SUSANNE, _en colère_.
Eh bien! faut-il la tourmenter?
BÉGEARSS, _riant_.
Non; mais du moins la rapprocher de ce Ciel, la patrie des anges, dont
elle est un moment tombée!....... Et puisque, dans ces nouvelles et
merveilleuses lois, le divorce s'est établi....
SUSANNE, _vivement_.
Le Comte veut s'en séparer?
BÉGEARSS.
S'il peut.
SUSANNE, _en colère_.
Ah! les scélérats d'hommes! quand on les étranglerait tous!....
BÉGEARSS, _riant_.
J'aime à croire que tu m'en exceptes?
SUSANNE.
Ma foi!.... pas trop.
BÉGEARSS, _riant_.
J'adore ta franche colère: elle met à jour ton bon coeur! Quant à
l'amoureux chevalier; il le destine à voyager.... long-temps.--Le
_Figaro_, homme expérimenté, sera son discret conducteur. (_Il lui prend
la main._) Et voici ce qui nous concerne: Le Comte, _Florestine_ et moi,
habiterons le même hôtel: et la chère _Susanne_ à nous, chargée de toute
la confiance, sera notre surintendant, commandera la domesticité, aura
la grande main sur tout. Plus de mari, plus de soufflets, plus de brutal
contradicteur; des jours filés d'or et de soie, et la vie la plus
fortunée!...
SUSANNE.
A vos cajoleries, je vois que vous voulez que je vous serve auprès de
_Florestine_?
BÉGEARSS, _caressant_.
A dire vrai, j'ai compté sur tes soins. Tu fus toujours une excellente
femme! J'ai tout le reste dans ma main; ce point seul est entre les
tiennes. (_Vivement._) Par exemple, aujourd'hui tu peux nous rendre un
signalé....
SUSANNE _l'examine_.
BÉGEARSS _se reprend_.
Je dis _un signalé_, par l'importance qu'il y met. (_Froidement._) Car,
ma foi! c'est bien peu de chose! Le Comte aurait la fantaisie...... de
donner à sa fille, en signant le contrat, une parure absolument
semblable aux diamans de la Comtesse. Il ne voudrait pas qu'on le sût.
SUSANNE, _surprise_.
Ha ha!....
BÉGEARSS.
Ce n'est pas trop mal vu! De beaux diamans terminent bien des choses!
Peut-être il va te demander d'apporter l'écrin de sa femme, pour en
confronter les dessins avec ceux de son joaillier....
SUSANNE.
Pourquoi, comme ceux de Madame? C'est une idée assez bisarre!
BÉGEARSS.
Il prétend qu'ils soient aussi beaux.... Tu sens, pour moi, combien
c'était égal! Tiens, vois-tu? le voici qui vient.
SCÈNE V.
LE COMTE, SUSANNE, BÉGEARSS.
LE COMTE.
Monsieur _Bégearss_, je vous cherchais.
BÉGEARSS.
Avant d'entrer chez vous, Monsieur, je venais prévenir _Susanne_; que
vous avez dessein de lui demander cet écrin.....
SUSANNE.
Au moins, Monseigneur, vous sentez....
LE COMTE.
Eh! laisse-là ton _Monseigneur_! N'ai-je pas ordonné, en passant dans ce
pays-ci?......
SUSANNE.
Je trouve, Monseigneur, que cela nous amoindrit.
LE COMTE.
C'est que tu t'entends mieux en vanité qu'en vraie fierté. Quand on veut
vivre dans un pays, il n'en faut point heurter les préjugés.
SUSANNE.
Eh bien! Monsieur, du moins vous me donnez votre parole....
LE COMTE, _fièrement_.
Depuis quand suis-je méconnu?
SUSANNE.
Je vais donc vous l'aller chercher. (_A part._) Dame! _Figaro_ m'a dit
de ne rien refuser!....
SCÈNE VI.
LE COMTE, BÉGEARSS.
LE COMTE.
J'ai tranché sur le point qui paraissait l'inquiéter.
BÉGEARSS.
Il en est un, Monsieur, qui m'inquiète beaucoup plus; je vous trouve un
air accablé....
LE COMTE.
Te le dirai-je, Ami! la perte de mon fils me semblait le plus grand
malheur. Un chagrin plus poignant fait saigner ma blessure, et rend ma
vie insupportable.
BÉGEARSS.
Si vous ne m'aviez pas interdit de vous contrarier là-dessus, je vous
dirais que votre second fils....
LE COMTE, _vivement_.
Mon second fils! je n'en ai point!
BÉGEARSS.
Calmez-vous, Monsieur; raisonnons. La perte d'un enfant chéri peut vous
rendre injuste envers l'autre; envers votre épouse, envers vous. Est-ce
donc sur des conjectures qu'il faut juger de pareils faits?
LE COMTE.
Des conjectures? Ah! j'en suis trop certain! Mon grand chagrin est de
manquer de preuves.--Tant que mon pauvre fils vécut, j'y mettais fort
peu d'importance. Héritier de mon nom, de mes places, de ma fortune....
que me fesait cet autre individu? Mon froid dédain, un nom de terre, une
croix de Malthe, une pension, m'auraient vengé de sa mère et de lui!
Mais, conçois-tu mon désespoir, en perdant un fils adoré, de voir un
étranger succéder à ce rang, à ces titres; et, pour irriter ma douleur,
venir tous les jours me donner le nom odieux de _son père_?
BÉGEARSS.
Monsieur, je crains de vous aigrir, en cherchant à vous appaiser; mais
la vertu de votre épouse.....
LE COMTE, _avec colère_.
Ah! ce n'est qu'un crime de plus. Couvrir d'une vie exemplaire un
affront tel que celui-là! Commander vingt ans par ses moeurs et la
piété la plus sévère, l'estime et le respect du monde; et verser sur moi
seul, par cette conduire affectée, tous les torts qu'entraîne après soi
ma prétendue bisarrerie!... Ma haine pour eux s'en augmente.
BÉGEARSS.
Que vouliez-vous donc qu'elle fît; même en la supposant coupable?
Est-il au monde quelque faute qu'un repentir de vingt années ne doive
effacer à la fin? Fûtes vous sans reproche vous-même? Et cette jeune
_Florestine_, que vous nommez votre pupille, et qui vous touche de plus
près....
LE COMTE.
Qu'elle assure donc ma vengeance! Je dénaturerai mes biens, et les lui
ferai tous passer. Déjà trois millions d'or, arrivés de _la Vera Crux_,
vont lui servir de dot; et c'est à toi que je les donne. Aide-moi
seulement à jeter sur ce don un voile impénétrable. En acceptant mon
porte-feuille, et te présentant comme époux, suppose un héritage, un
legs de quelque parent éloigné....
BÉGEARSS, _montrant le crêpe de son bras_.
Voyez que, pour vous obéir, je me suis déjà mis en deuil.
LE COMTE.
Quand j'aurai l'agrément du Roi pour l'échange entammé de toutes mes
terres d'Espagne contre des biens dans ce pays, je trouverai moyen de
vous en assurer la possession à tous deux.
BÉGEARSS, _vivement_.
Et moi, je n'en veux point. Croyez-vous que, sur des soupçons...
peut-être encor très peu fondés, j'irai me rendre le complice de la
spoliation entière de l'héritier de votre nom? d'un jeune homme plein de
mérite; car il faut avouer qu'il en a....
LE COMTE, _impatienté_.
Plus que mon fils, voulez-vous dire? Chacun le pense comme vous; cela
m'irrite contre lui!....
BÉGEARSS.
Si votre pupille m'accepte; et si, sur vos grands biens, vous prélevez,
pour la doter, ces trois millions d'or, du Mexique, je ne supporte point
l'idée d'en devenir propriétaire, et ne les recevrai qu'autant que le
contrat en contiendra la donation que mon amour sera censé lui faire.
LE COMTE _le serre dans ses bras_.
Loyal et franc ami! quel époux je donne à ma fille!...
SCÈNE VII.
SUSANNE, LE COMTE, BÉGEARSS.
SUSANNE.
Monsieur, voilà le coffre aux diamans; ne le gardés pas trop long-temps;
que je puisse le remettre en place avant qu'il soit jour chez madame!
LE COMTE.
_Susanne_, en t'en allant, défends qu'on entre, à moins que je ne sonne.
SUSANNE, _à part_.
Avertissons _Figaro_ de ceci. (_Elle sort._)
SCÈNE VIII.
LE COMTE, BÉGEARSS.
BÉGEARSS.
Quel est votre projet sur l'examen de cet écrin?
LE COMTE _tire de sa poche un bracelet entouré de brillans_.
Je ne veux plus te déguiser tous les détails de mon affront; écoute. Un
certain _Léon d'Astorga_, qui fut jadis mon page, et que l'on nommait
_Chérubin_....
BÉGEARSS.
Je l'ai connu; nous servions dans le régiment dont je vous dois d'être
major. Mais il y a vingt ans qu'il n'est plus.
LE COMTE.
C'est ce qui fonde mon soupçon. Il eut l'audace de l'aimer. Je la crus
éprise de lui; je l'éloignai d'Andalousie, par un emploi dans ma
légion.--Un an après la naissance du fils.... qu'un combat détesté
m'enlève. (_Il met la main à ses yeux._) Lorsque je m'embarquai vice-roi
du _Mexique_; au lieu de rester à _Madrid_, ou dans mon palais à
_Séville_, ou d'habiter _Aguas frescas_, qui est un superbe séjour;
quelle retraite, Ami, crois-tu que ma femme choisit? Le vilain château
d'_Astorga_, chef-lieu d'une méchante terre, que j'avais achetée des
parens de ce page. C'est-là qu'elle a voulu passer les trois années de
mon absence; qu'elle y a mis au monde.... (après neuf ou dix mois, que
sais-je?) ce misérable enfant, qui porte les traits d'un perfide! Jadis,
lorsqu'on m'avait peint pour le bracelet de la Comtesse, le peintre
ayant trouvé ce page fort joli, desira d'en faire une étude; c'est un
des beaux tableaux de mon cabinet......
BÉGEARSS.
Oui.... (_Il baisse les yeux._) à telles enseignes que votre épouse....
LE COMTE, _vivement_.
Ne veut jamais le regarder? Eh bien! sur ce portrait, j'ai fait faire
celui-ci, dans ce bracelet, pareil en tout au sien, fait par le même
jouaillier qui monta tous ses diamans; je vais le substituer à la place
du mien. Si elle en garde le silence; vous sentez que ma preuve est
faite. Sous quelque forme qu'elle en parle, une explication sévère
éclaircit ma honte à l'instant.
BÉGEARSS.
Si vous demandez mon avis, Monsieur, je blâme un tel projet.
LE COMTE.
Pourquoi?
BÉGEARSS.
L'honneur répugne à de pareils moyens. Si quelque hasard, heureux ou
malheureux, vous eût présenté certains faits, je vous excuserais de les
approfondir. Mais tendre un piége! des surprises! Eh! quel homme, un peu
délicat, voudrait prendre un tel avantage sur son plus mortel ennemi?
LE COMTE.
Il est trop tard pour reculer; le bracelet est fait, le portrait du page
est dedans....
BÉGEARSS _prend l'écrin_.
Monsieur, au nom du véritable honneur....
LE COMTE _a enlevé le bracelet de l'écrin_.
Ah! mon cher portrait, je te tiens! J'aurai du moins la joie d'en orner
le bras de ma fille, cent fois plus digne de le porter!.... (_Il y
substitue l'autre._)
BÉGEARSS _feint de s'y opposer. Ils tirent chacun l'écrin de leur côté;
Bégearss fait ouvrir adroitement le double fond, et dit avec colère_:
Ah! voilà la boîte brisée!
LE COMTE _regarde_.
Non; ce n'est qu'un secret que le débat a fait ouvrir. Ce double fond
renferme des papiers!
BÉGEARSS, _s'y opposant_.
Je me flatte, Monsieur, que vous n'abuserez point...
LE COMTE, _impatient_.
«Si quelque heureux hasard vous eût présenté certains faits, me
disais-tu dans le moment, je vous excuserais de les approfondir»... Le
hasard me les offre, et je vais suivre ton conseil. (_Il arrache les
papiers._)
BÉGEARSS, _avec chaleur_.
Pour l'espoir de ma vie entière, je ne voudrais pas devenir complice
d'un tel attentat! Remettez ces papiers, Monsieur, ou souffrez que je me
retire. (_Il s'éloigne._)
LE COMTE _tient des papiers et lit_.
BÉGEARSS _le regarde en dessous, et s'applaudit secrètement_.
LE COMTE, _avec fureur_.
Je n'en veux pas apprendre davantage; renferme tous les autres, et moi
je garde celui-ci.
BÉGEARSS.
Non; quel qu'il soit, vous avez trop d'honneur pour commettre une....
LE COMTE, _fièrement_.
Une?... Achevez; tranchez le mot, je puis l'entendre.
BÉGEARSS, _se courbant_.
Pardon, Monsieur, mon bienfaiteur! et n'imputez qu'à ma douleur
l'indécence de mon reproche.
LE COMTE.
Loin de t'en savoir mauvais gré, je t'en estime davantage. (_Il se jette
sur un fauteuil._) Ah perfide _Rosine_!... Car, malgré mes légèretés,
elle est la seule pour qui j'aye éprouvé... J'ai subjugué les autres
femmes! Ah! je sens à ma rage combien cette indigne passion!... Je me
déteste de l'aimer!
BÉGEARSS.
Au nom de Dieu, Monsieur, remettez ce fatal papier.
SCÈNE IX.
FIGARO, LE COMTE, BÉGEARSS.
LE COMTE _se lève_.
Homme importun! que voulez-vous?
FIGARO.
J'entre, parce qu'on a sonné.
LE COMTE, _en colère_.
J'ai sonné? Valet curieux!....
FIGARO.
Interrogez le joaillier, qui l'a entendu comme moi?
LE COMTE.
Mon joaillier? que me veut-il?
FIGARO.
Il dit qu'il a un rendez-vous, pour un bracelet qu'il a fait.
BÉGEARSS, _s'appercevant qu'il cherche à voir l'écrin qui est sur la
table, fait ce qu'il peut pour le masquer_.
LE COMTE.
Ah!... qu'il revienne un autre jour.
FIGARO, _avec malice_.
Mais pendant que Monsieur a l'écrin de Madame ouvert, il serait
peut-être à propos...
LE COMTE, _en colère_.
Monsieur l'inquisiteur! partez; et s'il vous échappe un seul mot....
FIGARO.
Un seul mot? J'aurais trop à dire; je ne veux rien faire à demi. (_Il
examine l'écrin, le papier que tient le Comte, lance un fier
coup-d'oeil à Bégearss et sort._)
SCÈNE X.
LE COMTE, BÉGEARSS.
LE COMTE.
Refermons ce perfide écrin. J'ai la preuve que je cherchais. Je la
tiens, j'en suis désolé; pourquoi l'ai-je trouvée? Ah Dieu! lisez,
lisez, M. _Bégearss_.
BÉGEARSS, _repoussant le papier_.
Entrer dans de pareils secrets! Dieu préserve qu'on m'en accuse!
LE COMTE.
Quelle est donc la sèche amitié qui repousse mes confidences? Je vois
qu'on n'est compatissant que pour les maux qu'on éprouva soi-même.
BÉGEARSS.
Quoi? pour refuser ce papier!.... (_Vivement._) Serrez-le donc; voici
_Susanne_. (_Il referme vîte le secret de l'écrin._)
_Le Comte met la lettre dans sa veste, sur sa poitrine._
SCÈNE XI.
SUSANNE, LE COMTE, BÉGEARSS.
LE COMTE _est accablé_.
SUSANNE _accourt_.
L'écrin, l'écrin: Madame sonne.
BÉGEARSS _le lui donne_.
_Susanne_, vous voyez que tout y est en bon état.
SUSANNE.
Qu'a donc Monsieur? il est troublé!
BÉGEARSS.
Ce n'est rien qu'un peu de colère contre votre indiscret mari, qui est
entré malgré ses ordres.
SUSANNE, _finement_.
Je l'avais dit pourtant, de manière à être entendue.
(_Elle sort._)
SCÈNE XII.
LÉON, LE COMTE, BÉGEARSS.
LE COMTE _veut sortir, il voit entrer Léon_.
Voici l'autre!
LÉON, _timidement veut embrasser le Comte_.
Mon père, agréez mon respect; avez-vous bien passé la nuit?
LE COMTE, _sèchement le repousse_.
Où fûtes-vous, Monsieur, hier au soir?
LÉON.
Mon père, on me mena dans une assemblée estimable...
LE COMTE.
Où vous fîtes une lecture?
LÉON.
On m'invita d'y lire un essai que j'ai fait sur l'abus des voeux
monastiques, et le droit de s'en relever.
LE COMTE, _amèrement_.
Les voeux des chevaliers en sont?
BÉGEARSS.
Qui fut, dit-on très-applaudi?
LÉON.
Monsieur, on a montré quelqu'indulgence pour mon âge.
LE COMTE.
Donc, au lieu de vous préparer à partir pour vos caravannes; à bien
mériter de votre Ordre; vous vous faites des ennemis? Vous allez
composant, écrivant sur le ton du jour?..... Bientôt on ne distinguera
plus un gentilhomme d'un savant!
LÉON, _timidement_.
Mon père, on en distinguera mieux un ignorant d'un homme instruit; et
l'homme libre, de l'esclave.
LE COMTE.
Discours d'enthousiaste! On voit où vous en voulez venir. (_Il veut
sortir_.)
LÉON.
Mon père!......
LE COMTE, _dédaigneux_.
Laissez à l'artisan des villes, ces locutions triviales. Les gens de
notre état ont un langage plus élevé. Qui est-ce qui dit _mon père_, à
la cour? Monsieur? appellez-moi _monsieur_! vous sentez l'homme du
commun! Son père!.... (_Il sort; Léon le suit en regardant Bégearss qui
lui fait un geste de compassion._) Allons, monsieur _Bégearss_, allons!
FIN DU PREMIER ACTE.
ACTE II.
_Le Théâtre représente la bibliothèque du Comte._
SCÈNE PREMIÈRE.
LE COMTE.
Puisqu'enfin je suis seul, lisons cet étonnant écrit, qu'un hasard
presque inconcevable a fait tomber entre mes mains. (_Il tire de son
sein la lettre de l'écrin, et la lit en pesant sur tous les mots_).
«Malheureux insensé! notre sort est rempli. La surprise nocturne que
vous avez osé me faire, dans un château où vous fûtes élevé, dont vous
connaissiez les détours; la violence qui s'en est suivie; enfin votre
crime,--le mien... (_Il s'arrête_). le mien reçoit sa juste punition.
Aujourd'hui, jour de _Saint-Léon_, patron de ce lieu et le vôtre, je
viens de mettre au monde un fils, mon opprobre et mon désespoir. Grace à
de tristes précautions, l'honneur est sauf; mais la vertu n'est
plus.---- Condamnée désormais à des larmes intarissables, je sens
qu'elles n'effaceront point un crime..... dont l'effet reste subsistant.
Ne me voyez jamais: c'est l'ordre irrévocable de la misérable
_Rosine_... qui n'ose plus signer un autre nom. (_Il porte ses mains
avec la lettre à son front, et se promène_)..... Qui n'ose plus signer
un autre nom!...... Ah! _Rosine!_ où est le temps?... Mais tu t'es
avilie!.... (_Il s'agite._) Ce n'est point là l'écrit d'une méchante
femme! Un misérable corrupteur..... Mais voyons la réponse écrite sur la
même lettre (_Il lit_). «Puisque je ne dois plus vous voir, la vie m'est
odieuse, et je vais la perdre avec joie dans la vive attaque d'un fort,
où je ne suis point commandé.
»Je vous renvoie tous vos reproches; le portrait que j'ai fait de vous,
et la boucle de cheveux que je vous dérobai. L'ami qui vous rendra ceci
quand je ne serai plus, est sûr. Il a vu tout mon désespoir. Si la mort
d'un infortuné vous inspirait un reste de pitié; parmi les noms qu'on va
donner à l'héritier...... d'un autre plus heureux!....... puis-je
espérer que le nom de _Léon_ vous rappellera quelquefois le souvenir du
malheureux..... qui expire en vous adorant, et signe pour la dernière
fois, CHÉRUBIN LÉON, d'_Astorga_.
..... Puis, en caractères sanglans!........ «Blessé à mort, je rouvre
cette lettre, et vous écris avec mon sang, ce douloureux, cet éternel
adieu. Souvenez-vous......»
Le reste est effacé par des larmes..... (_Il s'agite_)... Ce n'est point
là non plus l'écrit d'un méchant homme! Un malheureux égarement.... (_Il
s'assied et reste absorbé_). Je me sens déchiré!
SCÈNE II.
BÉGEARSS, LE COMTE.
BÉGEARSS, _en entrant s'arrête, le regarde et se mord le doigt avec
mystère_.
LE COMTE.
Ah! mon cher ami, venez donc!.... vous me voyez dans un accablement....
BÉGEARSS.
Très-effrayant, Monsieur; je n'osais avancer.
LE COMTE.
Je viens de lire cet écrit. Non! ce n'étaient point là des ingrats ni
des monstres; mais de malheureux insensés, comme ils se le disent
eux-mêmes....
BÉGEARSS.
Je l'ai présumé comme vous.
LE COMTE _se lève et se promène_.
Les misérables femmes! en se laissant séduire ne savent guères les maux
qu'elles apprêtent..... Elles vont, elles vont..... les affronts
s'accumulent.... et le monde injuste et léger accuse un père qui se
tait, qui devore en secret ses peines!...... On le taxe de dureté, pour
les sentimens qu'il refuse au fruit d'un coupable adultère!.... Nos
désordres à nous, ne leur enlèvent presque rien; ne peuvent du moins
leur ravir la certitude d'être mères, ce bien inestimable de la
maternité! tandis que leur moindre caprice, un goût, une étourderie
légère, détruit dans l'homme le bonheur..... le bonheur de toute sa vie,
la sécurité d'être père.---- Ah! ce n'est point légèrement qu'on a donné
tant d'importance à la fidélité des femmes! Le bien, le mal de la
société, sont attachés à leur conduite, le paradis ou l'enfer des
familles dépend à-tout-jamais de l'opinion qu'elles ont donné d'elles.
BÉGEARSS.
Calmez-vous; voici votre fille.
SCÈNE III.
FLORESTINE, LE COMTE, BÉGEARSS.
FLORESTINE, _un bouquet au côté_.
On vous disait, Monsieur, si occupé, que je n'ai pas osé vous fatiguer
de mon respect.
LE COMTE.
Occupé de toi, mon enfant! _ma fille!_ Ah! je me plais à te donner ce
nom; car j'ai pris soin de ton enfance. Le mari de ta mère était fort
dérangé: en mourant il ne laissa rien. Elle-même, en quittant la vie,
t'a recommandée à mes soins. Je lui engageai ma parole; je la tiendrai,
ma fille, en te donnant un noble époux. Je te parle avec liberté devant
cet ami qui nous aime. Regarde autour de toi; choisis! ne trouves-tu
personne ici, digne de posséder ton coeur?
FLORESTINE, _lui baisant la main_.
Vous l'avez tout entier, Monsieur, et si je me vois consultée, je
répondrai que mon bonheur est de ne point changer d'état.--M.r votre
fils en se mariant....... (car, sans doute, il ne restera plus dans
l'ordre de Malthe aujourd'hui); M.r votre fils, en se mariant, peut
se séparer de son père. Ah! permettez que ce soit moi qui prenne soin de
vos vieux jours! c'est un devoir, Monsieur, que je remplirai avec joie.
LE COMTE.
Laisse, laisse _Monsieur_ réservé pour l'indifférence; on ne sera point
étonné qu'une enfant si reconnaissante me donne un nom plus doux!
appelle-moi ton père.
BÉGEARSS.
Elle est digne, en honneur, de votre confidence entière......
Mademoiselle, embrassez ce bon, ce tendre protecteur. Vous lui devez
plus que vous ne pensez. Sa tutelle n'est qu'un devoir. Il fut
l'ami..... l'ami secret de votre mère.... et, pour tout dire en un seul
mot....
SCÈNE IV.
FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FLORESTINE, BÉGEARSS. (_La Comtesse est
en robe à peigner._)
FIGARO, _annonçant_.
Madame la Comtesse.
BÉGEARSS _jette un regard furieux sur Figaro_.
(_A part_). Au diable le faquin!
LA COMTESSE, _au Comte_.
_Figaro_ m'avait dit que vous vous trouviez mal; effrayée, j'accours, et
je vois.....
LE COMTE.
.....Que cet homme officieux vous a fait encore un mensonge.
FIGARO.
Monsieur, quand vous êtes passé, vous aviez un air si défait.......
heureusement il n'en est rien. (_Bégearss l'examine_).
LA COMTESSE.
Bonjour, monsieur _Bégearss_.... Te voilà, _Florestine_; je te trouve
radieuse..... Mais voyez donc comme elle est fraîche et belle! Si le
ciel m'eût donné une fille, je l'aurais voulue comme toi, de figure et
de caractère. Il faudra bien que tu m'en tiennes lieu. Le veux-tu,
_Florestine_?
FLORESTINE, _lui baisant la main_.
Ah! Madame!
LA COMTESSE.
Qui t'a donc fleurie si matin?
FLORESTINE, _avec joie_.
Madame, on ne m'a point fleurie; c'est moi qui ai fait des bouquets.
N'est-ce pas aujourd'hui _Saint-Léon_?
LA COMTESSE.
Charmante enfant, qui n'oublie rien! (_Elle la baise au front._)
LE COMTE _fait un geste terrible_. _Bégearss le retient._
LA COMTESSE, _à Figaro_.
Puisque nous voilà rassemblés, avertissez mon fils que nous prendrons
ici le chocolat.
FLORESTINE.
Pendant qu'ils vont le préparer, Mon parrain, faites-nous donc voir ce
beau buste de _Washington_, que vous avez, dit-on, chez vous.
LE COMTE.
J'ignore qui me l'envoie; je ne l'ai demandé à personne; et, sans doute,
il est pour _Léon_. Il est beau; je l'ai là dans mon cabinet: venez
tous.
(_Bégearss, en sortant le dernier, se retourne deux fois pour examiner
Figaro qui le regarde de même. Ils ont l'air de se menacer sans
parler_).
SCÈNE V.
FIGARO _seul, rangeant la table et les tâsses pour le déjeûné_.
Serpent, ou basilic! tu peux me mesurer, me lancer des regards affreux!
Ce sont les miens qui te tueront!.... Mais, où reçoit-il ses paquets? Il
ne vient rien pour lui, de la poste à l'hôtel! Est il monté seul de
l'enfer?...... Quelqu'autre diable correspond!.... et moi, je ne puis
découvrir.....
SCÈNE VI.
FIGARO, SUSANNE.
SUSANNE _accourt, regarde, et dit très-vivement à l'oreille de Figaro_:
C'est lui que la pupille épouse.---- Il a la promesse du Comte.---- Il
guérira _Léon_ de son amour.---- Il détachera _Florestine_.---- Il fera
consentir madame.---- Il te chasse de la maison.---- Il cloître ma
maîtresse en attendant que l'on divorce.----Fait déshériter le jeune
homme, et me rend maîtresse de tout. Voilà les nouvelles du jour.
(_Elle s'enfuit_).
SCÈNE VII.
FIGARO, _seul_.
Non, s'il vous plaît, Monsieur le Major! nous compterons ensemble
auparavant. Vous apprendrez de moi, qu'il n'y a que les sots qui
triomphent. Grace à l'_Arianne-Suson_, je tiens le fil du labyrinthe, et
le Minotaure est cerné.....Je t'envelopperai dans tes piéges, et te
démasquerai si bien!... Mais quel intérêt assez pressant lui fait faire
une telle école, dessère les dents d'un tel homme? S'en croirait-il
assez sûr pour..... La sottise et la vanité sont compagnes inséparables!
Mon Politique babille et se confie! Il a perdu le coup. _Y a faute!_
SCÈNE VIII.
GUILLAUME, FIGARO.
GUILLAUME, (_avec une lettre_).
MEISSIEIR _Bégearss_! Ché vois qu'il est pas pour ici?
FIGARO, _rangeant le déjeûné_.
Tu peux l'attendre, il va rentrer.
GUILLAUME, _reculant_.
Meingoth! ch'attendrai pas Meissieïr en gombagnie té vous! Mon maître il
voudrait point, jé chure.
FIGARO.
Il te le défend? eh bien! donne la lettre; je vais la lui remettre en
rentrant.
GUILLAUME, _reculant_.
Pas plis à vous té lettres! O tiable! il voudra pientôt me jasser.
FIGARO, _à part_.
Il faut pomper le sot.--Tu.... viens de la poste, je crois?
GUILLAUME.
Tiable! non, ché viens pas.
FIGARO.
C'est sans doute quelque missive du Gentlemen..... du parent irlandais
dont il vient d'hériter? Tu sais cela, toi, bon Guillaume?
GUILLAUME, _riant niaisement_.
Lettre d'un qu'il est mort, Meissieïr! non, ché vous prie! celui-là, ché
crois pas, partié! ce sera pien plitôt d'un autre. Peut-être il
viendrait d'un qu'ils sont là... pas contens, dehors.
FIGARO.
D'un de nos mécontens, dis-tu?
GUILLAUME.
Oui, mais ch'assure pas....
FIGARO, _à part_.
Cela se peut; il est fourré dans tout. (_A Guillaume._) On pourrait voir
au timbre, et s'assurer.......
GUILLAUME.
Ch'assure pas; pourquoi? les lettres il vient chez M. _O-Connor_; et
puis, je sais pas quoi c'est _timpré_, moi.
FIGARO, _vivement_.
_O-Connor!_ banquier irlandais?
GUILLAUME.
Mon foi!
FIGARO _revient à lui, froidement_.
Ici près, derrière l'hôtel?
GUILLAUME.
Ein fort choli maison, partié! tes chens très.... beaucoup grâcieux, si
j'osse dire. (_Il se retire à l'écart_).
FIGARO, _à lui-même_.
O fortune! O bonheur!
GUILLAUME, _revenant_.