Une visite à M. le comte Carnot.--Réception chez M. le duc d'Otrante,
ministre de la police.
Le _Moniteur_, espèce de maire du palais de tous les régimes, truchement
immobile de tous les actes du pouvoir, quel qu'il soit, vint le
lendemain même du 20 mars, comme le lendemain de tous les triomphes
successifs et contraires des partis, proclamer les victoires de la
veille et les ministres du jour. Les nouvelles nominations étaient
toutes choisies parmi les plus fidèles amis de Napoléon, la plupart
ayant déjà appartenu à ses conseils, et lui ayant donné, lors de sa
chute, des preuves d'un attachement sincère et d'une religieuse
reconnaissance. Deux noms, portés sur cette liste du cabinet, portaient
un caractère plus prononcé et avaient plus mis en émoi les conjectures
des politiques. Ces noms étaient ceux de Carnot et de Fouché. On pensait
généralement que cette adjonction de deux des représentans de l'ancien
parti républicain indiquait dans Napoléon, empereur pour la seconde
fois, la volonté de gouverner autrement qu'il n'avait fait, et de
tremper de nouveau son pouvoir, sorti de la souveraineté populaire, dans
la source où il avait pris naguère origine, ce qu'il avait pendant dix
ans trop oublié. C'est du moins le sens que Regnault de
Saint-Jean-d'Angely attachait à ce premier acte de la restauration
impériale, tout en laissant percer un secret dépit contre les deux
hommes qui avaient été pris pour opérer ce mouvement et cette fusion de
tous les intérêts diversement opposés à la dynastie en exil.
J'avoue que je partageais bien quelques unes des défiances de Regnault à
l'égard du dernier des nouveaux alliés de Napoléon, parce que quelques
relations, trop vagues pour être précisées, m'avaient laissé la
conviction que l'ancien ministre de la police n'avait pas été sans
rapports avec le château des Tuileries et ses hôtes de 1814. D'ailleurs,
plus habituée, dans les vicissitudes alors si extraordinaires de la
politique, à suivre les inspirations de mon coeur qu'à supputer les
chances diverses et les fines combinaisons des partis, je ne saisissais
pas trop bien l'alliance dont Regnault m'avait parlé de la révolution
avec l'empire. Dans ma candeur de dévouement impérialiste, je voyais
cependant avec un extrême plaisir la présence d'un caractère aussi franc
que celui de Carnot auprès du caractère trop altier, trop _volontaire_,
qui avait joué plusieurs fois sa fortune et la nôtre. Il me sembla que
la bienveillance que m'avait témoignée le défenseur d'Anvers lors de ma
dernière entrevue, me faisait un devoir d'aller le complimenter, non pas
sur une faveur (une faveur ne devait être rien pour lui), mais sur le
rapprochement amical qui s'était opéré entre l'ami de la république et
le défenseur de l'empire. Le titre de comte, que venait de recevoir le
citoyen Carnot quelques jours après sa nomination au ministère de
l'intérieur, indiquait trop de sacrifices mutuels qu'avaient dû se faire
deux hommes depuis long-temps séparés de vues, pour ne pas redoubler à
mes yeux l'obligation d'un compliment.
Un matin que j'étais allée de bonne heure à l'École-Militaire voir
Léopold, désigné et installé déjà comme officier de la jeune garde qui
se recomposait, je passai à mon retour par la rue de Grenelle, et l'idée
me vint d'entrer chez Carnot. Je le rencontrai dans la cour comme il
sortait à pied, en vrai lacédémonien. Dès qu'il m'aperçut, il fit un
signe de joyeuse surprise, et nous entrâmes dans son cabinet.
«Qui me vaut, Madame, le bonheur de votre visite? car il me semble que
vous m'avez bien négligé. Les brillans militaires vous ont fait oublier
le vieux philosophe.»
J'étais fort embarrassée cette fois pour causer avec Carnot, comme cela
arrive avec les personnes dont la position a changé, et quand on ne sait
pas comment ils veulent eux-mêmes qu'on la prenne. Devais-je dire
_Citoyen_, _Monsieur_, _M. le Comte_? Je tournai ma langue avant de
parler, car il n'est rien de plus contrariant que ces petites
cacophonies des exordes de conversation; enfin, je me décidai, et je
lâchai le mot de _monseigneur_, qualification qui était celle de la
place, plus encore que celle de la personne, et qui, quoique entachée de
vernis aristocratique, devait, selon moi, sous ce rapport, moins
effrayer l'oreille de l'Excellence spartiate.
«Non, Monseigneur, je n'oublie point mes amis; et la meilleure preuve,
c'est que je suis ici, et je vous prie de le croire, uniquement pour
vous, car je ne viens point en solliciteuse. Je ne ressors pas, vous
savez bien, du département de l'intérieur, mais de celui de la guerre.
Ce n'est point le ministre que je viens voir, mais l'ami. Je crois vous
avoir déjà fait connaître que j'avais fidèlement rempli la mission que
vous aviez bien voulu me donner pour le Midi. J'ai bien couru depuis que
je ne vous ai vu!
«--Il est quelqu'un qui a plus couru que vous, et ce quelqu'un-là avait
l'Europe entière pour surveillant.
«--Oh! que je vous sais gré de cette allusion à l'homme extraordinaire
appelé désormais à nous gouverner! Cela me prouve ce que vos nouvelles
dignités m'avaient si agréablement appris, que votre génie et votre
vertu sont désormais engagés au service de Napoléon.
«--Tout ne me plaît pas dans ma nouvelle situation; je suis bien aise
d'être ministre, parce que je crois que je puis rendre quelque service à
mon pays, mais je suis assez humilié d'un second titre qu'il m'a fallu
accepter de la générosité de mon ancien ennemi. Cela sonne assez mal
avec mes opinions bien connues; mais il faut pardonner quelque chose à
un homme qui a joué si long-temps à la monarchie de Louis XIV. La patrie
a besoin du concours de tous ses enfans; ce n'est pas le moment des
petites querelles, nous avons bien une autre dispute sur les bras.
«--Mais, Monsieur le Comte, car vous l'êtes bien, puisque vous l'avez
mérité, les titres de Napoléon sont de grandes récompenses nationales
qui n'ont rien de commun avec la noblesse à parchemins portant privilége
et exemption d'impôt.
«--Encore une fois, ce n'est point l'heure de bataille sur ces hochets;
je les ai acceptés pour ne point paraître répondre par une mauvaise
humeur au retour d'une confiance qui m'honore et qui met au moins près
du seul homme qui puisse nous tirer d'affaire, un conseiller qui saura
ne pas oublier son mandat de citoyen, et qui, petit à petit, tâchera de
rendre tout-à-fait homme un capitaine indispensable à la défense de nos
frontières. À vous dire vrai, je ne crois même pas que ce titre de comte
me vienne de l'Empereur lui-même. Malgré nous, il a encore auprès de lui
un autre cabinet qui contrôle le nôtre, et qui, nourri dans toutes les
habitudes de 1812, et dans le rêve d'une monarchie qui était devenue
vieille en dix ans, a cru faire une grande chose que de m'ôter, par
cette singulière promotion, ma teinte un peu trop prononcée de
républicanisme. Cela est parti de la secrétairerie d'État ou des petits
comités du soir. Je me suis laissé faire, pour la première fois de la
vie, parce que cela ne pouvait causer de tort qu'à moi, et qu'aux yeux
de ceux qui me connaissent cela paraîtra bien plus une complaisance
qu'une adhésion. J'ai laissé faire un _comte_, afin de pouvoir, avec
l'aide du temps, de la victoire, du progrès de l'opinion publique et de
la raison du chef de l'État, arriver à l'heureuse possibilité de défaire
tous les comtes passés et présens. Car enfin je ne suis pas entré dans
les affaires pour ne pas tâcher d'en tourner la direction au triomphe
des principes.
«--Et croyez-vous que l'Empereur laisse dépouiller ses frères d'armes de
trophées qu'ils ont, la plupart, conquis sur les champs de bataille?
«--L'Empereur paraît de très bonne foi dans l'intention de consulter les
droits de l'homme, un peu plus qu'il ne l'a fait dans son gouvernement
précédent. Il a parcouru la France; il a pu se convaincre que les
peuples ne se lèvent pas pour un homme. Le temps de l'égoïsme royal est
passé, et j'aime à penser que la victoire ne l'enivrera plus, et qu'il
viendra déposer ses nouveaux lauriers sur l'autel de la patrie et de la
liberté. Quant à ses compagnons d'armes, à ses frères, il ne les
emmènera plus dans ses campagnes comme des favoris. Les récompenses
corrompent jusqu'à ce dévouement de la vie, qui est le plus beau titre
qui puisse honorer le champ de bataille. Quand une première fois le mot
de liberté, prononcé par vingt-cinq millions d'hommes, arma l'Europe
entière contre la France, la révolution venait de rayer par la main de
la loi toutes les distinctions, tous les ordres et toutes les
décorations militaires; nos armées étaient pleines d'officiers restés à
leur régiment malgré les appels de l'étranger. La perte de ces cordons
ne nuisit point à la valeur, et si le courage de quelques uns n'en
diminua pas, l'enthousiasme de ceux qui n'avaient pas ce regret ou qui
n'avaient pas eu cette envie, n'en fut que plus électrique et plus
général. Avec les jouets de la vanité, on peut tout au plus s'attacher
quelques individus, mais les masses ne viennent à vous qu'à la vue de
ces grands principes inhérens au coeur humain, et qui le font battre d'un
bout de l'univers à l'autre.
«--Mon Dieu! Monsieur le Comte, croyez-vous du moins à la victoire? vous
me promettez, j'espère, de conserver cette illusion-là.
«--Le vrai patriote doit toujours y croire, car pour lui la mort est
encore un triomphe, puisqu'elle le fait échapper à l'esclavage. Et vos
relations militaires vous donnent-elles bon espoir?
«--Tout ce que je connais est dans un délire qui doublera les forces de
l'armée. Je suis sûre qu'un homme en vaudra quatre.» Et nous continuâmes
sur ce ton pendant presque deux heures. À travers les mots de gloire, de
guerre, il jeta aussi de temps en temps dans la conversation le mot de
constitution. Carnot m'avoua même qu'il s'occupait d'un grand travail
sur ce sujet, qu'il me serait obligé si je voulais revenir le voir,
qu'il m'en lirait l'introduction. Montrer un pacte social à une femme
était une grande galanterie qu'il croyait lui faire, et je fis de mon
mieux pour le remercier de son amabilité. Je crus même apercevoir dans
ses paroles une espèce de crainte, car il ajouta à la fin de quelques
idées émises: «Je crains bien que cette oeuvre difficile ne soit
l'occasion d'une rupture...» Avec qui? je l'ignore, car la phrase ne fut
point achevée. On annonça une députation des colonels de la garde
nationale, et je me retirai en assurant l'inflexible républicain, comte
malgré lui, que je ne manquerais pas de me rendre à sa bienveillante et
flatteuse invitation. Mes courses militaires, qui vinrent bientôt de
nouveau absorber tout mon être, m'enlevèrent ce plaisir; l'exil seul me
rapprocha de Carnot une seule fois, encore en Belgique; et une heure
encore, ces deux grands débris de la tempête se consolèrent entre eux.
Vers le même temps à peu près, j'eus également une audience d'un des
ministres des cent jours, de Fouché, que, malgré ses bons procédés
d'Illyrie, je ne pouvais me résoudre à classer parmi les hommes objets
pour moi d'une favorable prévention. Aussi je m'empresse de le
confesser, cette dernière visite n'était pas entièrement volontaire.
Voici, en effet, comment je fus conduite à l'hôtel du ministère de la
police. Un soir que je rentrais chez moi assez tard, j'aperçus deux
sentinelles à la porte de la maison. «Ah! Madame, que vous arrivez bien!
me dit dès l'escalier ma femme de chambre; ce pauvre Monsieur du
troisième qui vient d'être arrêté. Sa femme est dans les larmes; une si
bonne femme, et que je cause tous les soirs, avant que Madame rentre,
avec Joseph, leur domestique.
«--Qu'y a-t-il? m'écriai-je; la maison qu'habite mon valet devrait bien
n'être pas plus mal notée sous l'empire, qu'elle ne l'était sous la
police de M. D'André.
«--Madame, voyez-vous, voilà comme cela s'est fait: le Monsieur du
troisième, il est très attaché aux _ci-devans_; ce n'est pas étonnant,
ce pauvre cher homme, on lui avait donné la croix dans les gardes du
corps, où il servait, et depuis trois mois il se levait tous les matins
de bonne heure pour aller passer par tous les guichets du Louvre, afin
de se faire porter les armes. L'autre, que vous aimez tant, il est
revenu, et depuis ce temps-là le maître de Joseph ne peut plus sortir le
matin, parce qu'on lui a ôté sa décoration. Alors il a travaillé dans un
sens opposé, à ce qu'ils disent, aux constitutions de l'empire; il a
répandu des proclamations, il a fait enfin beaucoup de choses; si bien,
Madame, que les gendarmes viennent de venir chercher ce pauvre cher
homme, qui ne faisait de mal à personne, pour le conduire chez le
ministre de la police. Ah! si Madame, qui a des protections auprès des
grands, voulait s'en mêler, elle ferait une bonne action qui causerait
bien du plaisir à une honnête famille, et surtout à Joseph.»
Je montai aussitôt au troisième, où je trouvai une famille en larmes,
une femme jeune et intéressante, qui m'assura que son mari n'était point
coupable, qu'il avait reçu de Gand des papiers qui lui étaient adressés
par un de ses oncles pour être distribués à des adresses indiquées, et
qu'il les avait répandus même sans les lire. Cédant à toute la chaleur
de ma prompte sensibilité, je promis que, dès le lendemain, mon bon et
estimable voisin serait rendu à son domicile, et qu'à cet effet je
serais, chez le ministre de la police dès mon lever.
J'eus hâte en effet d'aller tenter mon ancien crédit sur l'ame du vieux
renard de la police. Je n'avais point demandé d'audience; aussi j'eus
bon espoir, rien que par la facilité d'introduction avec laquelle
l'Excellence daigna faire répondre, à mon nom, qu'il serait à moi dans
une demi-heure. J'attendis avec assez d'impatience, n'ayant pour me
distraire que les ordonnances de gendarmerie, qui se succédaient dans la
cour de l'hôtel. Comme j'avais l'air d'être fort émue en entrant dans le
cabinet de M. le duc d'Otrante, il vint à moi avec une grâce plus
aristocratique que celle que je lui avais connue, et me dit: «Ah! mon
Dieu! Madame, moi qui sais tout, je ne savais pas que vous étiez à
Paris; mon ministère est en défaut.
«--Rassurez-vous, Monseigneur, vos agens ne sont point en arrière de
précautions, et s'ils ont oublié dans leurs rapports de vous faire part
de mon séjour à Paris, s'ils ne vous ont point donné connaissance des
preuves de dévouement qui ont dû me signaler dans ces derniers temps
comme une des plus sincères amies de l'Empereur, cela est naturel; la
police n'est pas instituée pour noter les bons, mais pour surveiller les
mauvais. La démarche que je hasarde aujourd'hui près de Votre Excellence
vous témoignera que, loin de se relâcher, votre administration pèche
plutôt peut-être par excès de zèle et de précautions.
«--Ce n'est pourtant point mon système de rendre en rien odieux et
tracassier un pouvoir destiné dans tous les temps à modérer les
passions. Dans le premier mouvement de toutes les réactions, la police
se ressent un peu de la position de ses agens, presque toujours les
mêmes, obligés à chaque nouveauté de gagner leur brevet de zèle et de
dévouement. Il y a un premier coup de gueule, passez-moi l'expression,
que ces honnêtes gens sont obligés de donner pour assurer la
conservation de leurs appointemens. Avec moi cette précaution, ils le
savent, est inutile; mais les subalternes n'estiment jamais assez leur
supérieur pour le croire au-dessus des haines de parti.»
Cette petite explication, échappée à la causerie d'un homme que je
savais peu habitué aux épanchemens, me rendit toute ma présence
d'esprit, que l'aspect de cette figure impassible a dû nécessairement
toujours ôter aux interlocuteurs de M. le duc d'Otrante. C'était même,
je crois, auprès de lui un moyen de flatterie que l'embarras et un air
un peu déconcerté quand on l'approchait, et on lisait dans son oeil
enfoncé et habitué à la dissimulation de tout sentiment, une certaine
joie d'état de ce premier succès de son ministère. Je profitai bien vite
de son demi-sourire pour lui raconter le cas de mon pauvre voisin, et
comme je m'élevais déjà jusqu'à l'éloquence de l'indignation et de la
prière, il me répondit: «Voilà bien les femmes: _un papillon souffrant
leur fait verser des larmes_. Un homme est arrêté, c'est une chose toute
simple. L'arrestation est en général un acte paternel qui, fait à temps,
empêche un fou d'aller plus loin dans les sottises qui pourraient le
perdre. D'après ce que vous me dites, votre voisin est un imbécille: on
le relâchera en lui recommandant de se tenir tranquille, et tout sera
fini. Vous vous chargerez de lui donner ce conseil, quand je lui aurai
donné sa liberté, que je signerai d'ici à quelques heures. De quoi
diable se mêlent des individus obscurs? est-ce que leur cause a besoin
d'eux? Il y a un peuple dans tous les partis qui gâte toujours les
affaires; voyez si le faubourg Saint-Germain bouge: il veut toujours la
même chose, et sait ne pas se compromettre; mais il y a un tas
d'écervelés dans tous les camps qu'il ne faut pas persécuter, parce que
les persécutions ne sont jamais bonnes à rien, mais qu'il faut
surveiller et museler comme votre voisin. Vos militaires, par exemple,
est-ce qu'ils ne pourraient pas crier _vive l'Empereur_ avec plus de
modération?
«--Mais, Monsieur le duc, on ne saurait crier cela trop haut.
«--Je suis enchanté de vous voir dans ces idées d'enthousiasme; mais
est-ce bien _vive l'Empereur!_ que vous criez, et n'y a-t-il pas
quelqu'autre sentiment caché derrière cette exclamation?
«--Oui, Monsieur le duc, il y a l'amour d'une gloire qui m'est chère.
«--Je le sais bien.
«--Comment! vous le savez bien?
«--Est-ce que la police n'est pas un tribunal de pénitence générale. On
y connaît les péchés militaires aussi bien que les autres; seulement,
comme ceux-là sont innocens et qu'ils ne font de mal à personne, on les
tient secrets jusqu'à ce qu'on ait besoin d'en profiter pour quelque
lumière politique.»
Le taciturne ministre se faisait bavard, peut-être afin que je le
devinsse; mais je m'en gardai bien, car je ne sais si mes anciennes
préventions me trompaient, mais il me semblait entrevoir un peu trop de
modération dans le dévouement de Fouché à Napoléon. Un dernier mot
surtout éveilla mes idées à cet égard, car en me reconduisant il me dit:
«Recommandez bien à vos amis quels qu'ils soient de se modérer et de
s'assagir.»
Une fois hors du salon ministériel, je m'élançai comme une folle, tout
heureuse de respirer un air plus libre que celui de cet hôtel, qui me
rappelait de pénibles souvenirs, plus heureuse encore de la bonne
nouvelle que j'allais porter à une famille désolée qui me combla de
bénédictions. Deux heures après, les ordres généreux de M. le duc
d'Otrante avaient été exécutés. Un ministre de la police qui tient sa
parole mérite une note bienveillante dans l'histoire contemporaine.