CHAPITRE CXLVII.

Une visite à M. le comte Carnot.--Réception chez M. le duc d'Otrante,

ministre de la police.

Le _Moniteur_, espèce de maire du palais de tous les régimes, truchement

immobile de tous les actes du pouvoir, quel qu'il soit, vint le

lendemain même du 20 mars, comme le lendemain de tous les triomphes

successifs et contraires des partis, proclamer les victoires de la

veille et les ministres du jour. Les nouvelles nominations étaient

toutes choisies parmi les plus fidèles amis de Napoléon, la plupart

ayant déjà appartenu à ses conseils, et lui ayant donné, lors de sa

chute, des preuves d'un attachement sincère et d'une religieuse

reconnaissance. Deux noms, portés sur cette liste du cabinet, portaient

un caractère plus prononcé et avaient plus mis en émoi les conjectures

des politiques. Ces noms étaient ceux de Carnot et de Fouché. On pensait

généralement que cette adjonction de deux des représentans de l'ancien

parti républicain indiquait dans Napoléon, empereur pour la seconde

fois, la volonté de gouverner autrement qu'il n'avait fait, et de

tremper de nouveau son pouvoir, sorti de la souveraineté populaire, dans

la source où il avait pris naguère origine, ce qu'il avait pendant dix

ans trop oublié. C'est du moins le sens que Regnault de

Saint-Jean-d'Angely attachait à ce premier acte de la restauration

impériale, tout en laissant percer un secret dépit contre les deux

hommes qui avaient été pris pour opérer ce mouvement et cette fusion de

tous les intérêts diversement opposés à la dynastie en exil.

J'avoue que je partageais bien quelques unes des défiances de Regnault à

l'égard du dernier des nouveaux alliés de Napoléon, parce que quelques

relations, trop vagues pour être précisées, m'avaient laissé la

conviction que l'ancien ministre de la police n'avait pas été sans

rapports avec le château des Tuileries et ses hôtes de 1814. D'ailleurs,

plus habituée, dans les vicissitudes alors si extraordinaires de la

politique, à suivre les inspirations de mon coeur qu'à supputer les

chances diverses et les fines combinaisons des partis, je ne saisissais

pas trop bien l'alliance dont Regnault m'avait parlé de la révolution

avec l'empire. Dans ma candeur de dévouement impérialiste, je voyais

cependant avec un extrême plaisir la présence d'un caractère aussi franc

que celui de Carnot auprès du caractère trop altier, trop _volontaire_,

qui avait joué plusieurs fois sa fortune et la nôtre. Il me sembla que

la bienveillance que m'avait témoignée le défenseur d'Anvers lors de ma

dernière entrevue, me faisait un devoir d'aller le complimenter, non pas

sur une faveur (une faveur ne devait être rien pour lui), mais sur le

rapprochement amical qui s'était opéré entre l'ami de la république et

le défenseur de l'empire. Le titre de comte, que venait de recevoir le

citoyen Carnot quelques jours après sa nomination au ministère de

l'intérieur, indiquait trop de sacrifices mutuels qu'avaient dû se faire

deux hommes depuis long-temps séparés de vues, pour ne pas redoubler à

mes yeux l'obligation d'un compliment.

Un matin que j'étais allée de bonne heure à l'École-Militaire voir

Léopold, désigné et installé déjà comme officier de la jeune garde qui

se recomposait, je passai à mon retour par la rue de Grenelle, et l'idée

me vint d'entrer chez Carnot. Je le rencontrai dans la cour comme il

sortait à pied, en vrai lacédémonien. Dès qu'il m'aperçut, il fit un

signe de joyeuse surprise, et nous entrâmes dans son cabinet.

«Qui me vaut, Madame, le bonheur de votre visite? car il me semble que

vous m'avez bien négligé. Les brillans militaires vous ont fait oublier

le vieux philosophe.»

J'étais fort embarrassée cette fois pour causer avec Carnot, comme cela

arrive avec les personnes dont la position a changé, et quand on ne sait

pas comment ils veulent eux-mêmes qu'on la prenne. Devais-je dire

_Citoyen_, _Monsieur_, _M. le Comte_? Je tournai ma langue avant de

parler, car il n'est rien de plus contrariant que ces petites

cacophonies des exordes de conversation; enfin, je me décidai, et je

lâchai le mot de _monseigneur_, qualification qui était celle de la

place, plus encore que celle de la personne, et qui, quoique entachée de

vernis aristocratique, devait, selon moi, sous ce rapport, moins

effrayer l'oreille de l'Excellence spartiate.

«Non, Monseigneur, je n'oublie point mes amis; et la meilleure preuve,

c'est que je suis ici, et je vous prie de le croire, uniquement pour

vous, car je ne viens point en solliciteuse. Je ne ressors pas, vous

savez bien, du département de l'intérieur, mais de celui de la guerre.

Ce n'est point le ministre que je viens voir, mais l'ami. Je crois vous

avoir déjà fait connaître que j'avais fidèlement rempli la mission que

vous aviez bien voulu me donner pour le Midi. J'ai bien couru depuis que

je ne vous ai vu!

«--Il est quelqu'un qui a plus couru que vous, et ce quelqu'un-là avait

l'Europe entière pour surveillant.

«--Oh! que je vous sais gré de cette allusion à l'homme extraordinaire

appelé désormais à nous gouverner! Cela me prouve ce que vos nouvelles

dignités m'avaient si agréablement appris, que votre génie et votre

vertu sont désormais engagés au service de Napoléon.

«--Tout ne me plaît pas dans ma nouvelle situation; je suis bien aise

d'être ministre, parce que je crois que je puis rendre quelque service à

mon pays, mais je suis assez humilié d'un second titre qu'il m'a fallu

accepter de la générosité de mon ancien ennemi. Cela sonne assez mal

avec mes opinions bien connues; mais il faut pardonner quelque chose à

un homme qui a joué si long-temps à la monarchie de Louis XIV. La patrie

a besoin du concours de tous ses enfans; ce n'est pas le moment des

petites querelles, nous avons bien une autre dispute sur les bras.

«--Mais, Monsieur le Comte, car vous l'êtes bien, puisque vous l'avez

mérité, les titres de Napoléon sont de grandes récompenses nationales

qui n'ont rien de commun avec la noblesse à parchemins portant privilége

et exemption d'impôt.

«--Encore une fois, ce n'est point l'heure de bataille sur ces hochets;

je les ai acceptés pour ne point paraître répondre par une mauvaise

humeur au retour d'une confiance qui m'honore et qui met au moins près

du seul homme qui puisse nous tirer d'affaire, un conseiller qui saura

ne pas oublier son mandat de citoyen, et qui, petit à petit, tâchera de

rendre tout-à-fait homme un capitaine indispensable à la défense de nos

frontières. À vous dire vrai, je ne crois même pas que ce titre de comte

me vienne de l'Empereur lui-même. Malgré nous, il a encore auprès de lui

un autre cabinet qui contrôle le nôtre, et qui, nourri dans toutes les

habitudes de 1812, et dans le rêve d'une monarchie qui était devenue

vieille en dix ans, a cru faire une grande chose que de m'ôter, par

cette singulière promotion, ma teinte un peu trop prononcée de

républicanisme. Cela est parti de la secrétairerie d'État ou des petits

comités du soir. Je me suis laissé faire, pour la première fois de la

vie, parce que cela ne pouvait causer de tort qu'à moi, et qu'aux yeux

de ceux qui me connaissent cela paraîtra bien plus une complaisance

qu'une adhésion. J'ai laissé faire un _comte_, afin de pouvoir, avec

l'aide du temps, de la victoire, du progrès de l'opinion publique et de

la raison du chef de l'État, arriver à l'heureuse possibilité de défaire

tous les comtes passés et présens. Car enfin je ne suis pas entré dans

les affaires pour ne pas tâcher d'en tourner la direction au triomphe

des principes.

«--Et croyez-vous que l'Empereur laisse dépouiller ses frères d'armes de

trophées qu'ils ont, la plupart, conquis sur les champs de bataille?

«--L'Empereur paraît de très bonne foi dans l'intention de consulter les

droits de l'homme, un peu plus qu'il ne l'a fait dans son gouvernement

précédent. Il a parcouru la France; il a pu se convaincre que les

peuples ne se lèvent pas pour un homme. Le temps de l'égoïsme royal est

passé, et j'aime à penser que la victoire ne l'enivrera plus, et qu'il

viendra déposer ses nouveaux lauriers sur l'autel de la patrie et de la

liberté. Quant à ses compagnons d'armes, à ses frères, il ne les

emmènera plus dans ses campagnes comme des favoris. Les récompenses

corrompent jusqu'à ce dévouement de la vie, qui est le plus beau titre

qui puisse honorer le champ de bataille. Quand une première fois le mot

de liberté, prononcé par vingt-cinq millions d'hommes, arma l'Europe

entière contre la France, la révolution venait de rayer par la main de

la loi toutes les distinctions, tous les ordres et toutes les

décorations militaires; nos armées étaient pleines d'officiers restés à

leur régiment malgré les appels de l'étranger. La perte de ces cordons

ne nuisit point à la valeur, et si le courage de quelques uns n'en

diminua pas, l'enthousiasme de ceux qui n'avaient pas ce regret ou qui

n'avaient pas eu cette envie, n'en fut que plus électrique et plus

général. Avec les jouets de la vanité, on peut tout au plus s'attacher

quelques individus, mais les masses ne viennent à vous qu'à la vue de

ces grands principes inhérens au coeur humain, et qui le font battre d'un

bout de l'univers à l'autre.

«--Mon Dieu! Monsieur le Comte, croyez-vous du moins à la victoire? vous

me promettez, j'espère, de conserver cette illusion-là.

«--Le vrai patriote doit toujours y croire, car pour lui la mort est

encore un triomphe, puisqu'elle le fait échapper à l'esclavage. Et vos

relations militaires vous donnent-elles bon espoir?

«--Tout ce que je connais est dans un délire qui doublera les forces de

l'armée. Je suis sûre qu'un homme en vaudra quatre.» Et nous continuâmes

sur ce ton pendant presque deux heures. À travers les mots de gloire, de

guerre, il jeta aussi de temps en temps dans la conversation le mot de

constitution. Carnot m'avoua même qu'il s'occupait d'un grand travail

sur ce sujet, qu'il me serait obligé si je voulais revenir le voir,

qu'il m'en lirait l'introduction. Montrer un pacte social à une femme

était une grande galanterie qu'il croyait lui faire, et je fis de mon

mieux pour le remercier de son amabilité. Je crus même apercevoir dans

ses paroles une espèce de crainte, car il ajouta à la fin de quelques

idées émises: «Je crains bien que cette oeuvre difficile ne soit

l'occasion d'une rupture...» Avec qui? je l'ignore, car la phrase ne fut

point achevée. On annonça une députation des colonels de la garde

nationale, et je me retirai en assurant l'inflexible républicain, comte

malgré lui, que je ne manquerais pas de me rendre à sa bienveillante et

flatteuse invitation. Mes courses militaires, qui vinrent bientôt de

nouveau absorber tout mon être, m'enlevèrent ce plaisir; l'exil seul me

rapprocha de Carnot une seule fois, encore en Belgique; et une heure

encore, ces deux grands débris de la tempête se consolèrent entre eux.

Vers le même temps à peu près, j'eus également une audience d'un des

ministres des cent jours, de Fouché, que, malgré ses bons procédés

d'Illyrie, je ne pouvais me résoudre à classer parmi les hommes objets

pour moi d'une favorable prévention. Aussi je m'empresse de le

confesser, cette dernière visite n'était pas entièrement volontaire.

Voici, en effet, comment je fus conduite à l'hôtel du ministère de la

police. Un soir que je rentrais chez moi assez tard, j'aperçus deux

sentinelles à la porte de la maison. «Ah! Madame, que vous arrivez bien!

me dit dès l'escalier ma femme de chambre; ce pauvre Monsieur du

troisième qui vient d'être arrêté. Sa femme est dans les larmes; une si

bonne femme, et que je cause tous les soirs, avant que Madame rentre,

avec Joseph, leur domestique.

«--Qu'y a-t-il? m'écriai-je; la maison qu'habite mon valet devrait bien

n'être pas plus mal notée sous l'empire, qu'elle ne l'était sous la

police de M. D'André.

«--Madame, voyez-vous, voilà comme cela s'est fait: le Monsieur du

troisième, il est très attaché aux _ci-devans_; ce n'est pas étonnant,

ce pauvre cher homme, on lui avait donné la croix dans les gardes du

corps, où il servait, et depuis trois mois il se levait tous les matins

de bonne heure pour aller passer par tous les guichets du Louvre, afin

de se faire porter les armes. L'autre, que vous aimez tant, il est

revenu, et depuis ce temps-là le maître de Joseph ne peut plus sortir le

matin, parce qu'on lui a ôté sa décoration. Alors il a travaillé dans un

sens opposé, à ce qu'ils disent, aux constitutions de l'empire; il a

répandu des proclamations, il a fait enfin beaucoup de choses; si bien,

Madame, que les gendarmes viennent de venir chercher ce pauvre cher

homme, qui ne faisait de mal à personne, pour le conduire chez le

ministre de la police. Ah! si Madame, qui a des protections auprès des

grands, voulait s'en mêler, elle ferait une bonne action qui causerait

bien du plaisir à une honnête famille, et surtout à Joseph.»

Je montai aussitôt au troisième, où je trouvai une famille en larmes,

une femme jeune et intéressante, qui m'assura que son mari n'était point

coupable, qu'il avait reçu de Gand des papiers qui lui étaient adressés

par un de ses oncles pour être distribués à des adresses indiquées, et

qu'il les avait répandus même sans les lire. Cédant à toute la chaleur

de ma prompte sensibilité, je promis que, dès le lendemain, mon bon et

estimable voisin serait rendu à son domicile, et qu'à cet effet je

serais, chez le ministre de la police dès mon lever.

J'eus hâte en effet d'aller tenter mon ancien crédit sur l'ame du vieux

renard de la police. Je n'avais point demandé d'audience; aussi j'eus

bon espoir, rien que par la facilité d'introduction avec laquelle

l'Excellence daigna faire répondre, à mon nom, qu'il serait à moi dans

une demi-heure. J'attendis avec assez d'impatience, n'ayant pour me

distraire que les ordonnances de gendarmerie, qui se succédaient dans la

cour de l'hôtel. Comme j'avais l'air d'être fort émue en entrant dans le

cabinet de M. le duc d'Otrante, il vint à moi avec une grâce plus

aristocratique que celle que je lui avais connue, et me dit: «Ah! mon

Dieu! Madame, moi qui sais tout, je ne savais pas que vous étiez à

Paris; mon ministère est en défaut.

«--Rassurez-vous, Monseigneur, vos agens ne sont point en arrière de

précautions, et s'ils ont oublié dans leurs rapports de vous faire part

de mon séjour à Paris, s'ils ne vous ont point donné connaissance des

preuves de dévouement qui ont dû me signaler dans ces derniers temps

comme une des plus sincères amies de l'Empereur, cela est naturel; la

police n'est pas instituée pour noter les bons, mais pour surveiller les

mauvais. La démarche que je hasarde aujourd'hui près de Votre Excellence

vous témoignera que, loin de se relâcher, votre administration pèche

plutôt peut-être par excès de zèle et de précautions.

«--Ce n'est pourtant point mon système de rendre en rien odieux et

tracassier un pouvoir destiné dans tous les temps à modérer les

passions. Dans le premier mouvement de toutes les réactions, la police

se ressent un peu de la position de ses agens, presque toujours les

mêmes, obligés à chaque nouveauté de gagner leur brevet de zèle et de

dévouement. Il y a un premier coup de gueule, passez-moi l'expression,

que ces honnêtes gens sont obligés de donner pour assurer la

conservation de leurs appointemens. Avec moi cette précaution, ils le

savent, est inutile; mais les subalternes n'estiment jamais assez leur

supérieur pour le croire au-dessus des haines de parti.»

Cette petite explication, échappée à la causerie d'un homme que je

savais peu habitué aux épanchemens, me rendit toute ma présence

d'esprit, que l'aspect de cette figure impassible a dû nécessairement

toujours ôter aux interlocuteurs de M. le duc d'Otrante. C'était même,

je crois, auprès de lui un moyen de flatterie que l'embarras et un air

un peu déconcerté quand on l'approchait, et on lisait dans son oeil

enfoncé et habitué à la dissimulation de tout sentiment, une certaine

joie d'état de ce premier succès de son ministère. Je profitai bien vite

de son demi-sourire pour lui raconter le cas de mon pauvre voisin, et

comme je m'élevais déjà jusqu'à l'éloquence de l'indignation et de la

prière, il me répondit: «Voilà bien les femmes: _un papillon souffrant

leur fait verser des larmes_. Un homme est arrêté, c'est une chose toute

simple. L'arrestation est en général un acte paternel qui, fait à temps,

empêche un fou d'aller plus loin dans les sottises qui pourraient le

perdre. D'après ce que vous me dites, votre voisin est un imbécille: on

le relâchera en lui recommandant de se tenir tranquille, et tout sera

fini. Vous vous chargerez de lui donner ce conseil, quand je lui aurai

donné sa liberté, que je signerai d'ici à quelques heures. De quoi

diable se mêlent des individus obscurs? est-ce que leur cause a besoin

d'eux? Il y a un peuple dans tous les partis qui gâte toujours les

affaires; voyez si le faubourg Saint-Germain bouge: il veut toujours la

même chose, et sait ne pas se compromettre; mais il y a un tas

d'écervelés dans tous les camps qu'il ne faut pas persécuter, parce que

les persécutions ne sont jamais bonnes à rien, mais qu'il faut

surveiller et museler comme votre voisin. Vos militaires, par exemple,

est-ce qu'ils ne pourraient pas crier _vive l'Empereur_ avec plus de

modération?

«--Mais, Monsieur le duc, on ne saurait crier cela trop haut.

«--Je suis enchanté de vous voir dans ces idées d'enthousiasme; mais

est-ce bien _vive l'Empereur!_ que vous criez, et n'y a-t-il pas

quelqu'autre sentiment caché derrière cette exclamation?

«--Oui, Monsieur le duc, il y a l'amour d'une gloire qui m'est chère.

«--Je le sais bien.

«--Comment! vous le savez bien?

«--Est-ce que la police n'est pas un tribunal de pénitence générale. On

y connaît les péchés militaires aussi bien que les autres; seulement,

comme ceux-là sont innocens et qu'ils ne font de mal à personne, on les

tient secrets jusqu'à ce qu'on ait besoin d'en profiter pour quelque

lumière politique.»

Le taciturne ministre se faisait bavard, peut-être afin que je le

devinsse; mais je m'en gardai bien, car je ne sais si mes anciennes

préventions me trompaient, mais il me semblait entrevoir un peu trop de

modération dans le dévouement de Fouché à Napoléon. Un dernier mot

surtout éveilla mes idées à cet égard, car en me reconduisant il me dit:

«Recommandez bien à vos amis quels qu'ils soient de se modérer et de

s'assagir.»

Une fois hors du salon ministériel, je m'élançai comme une folle, tout

heureuse de respirer un air plus libre que celui de cet hôtel, qui me

rappelait de pénibles souvenirs, plus heureuse encore de la bonne

nouvelle que j'allais porter à une famille désolée qui me combla de

bénédictions. Deux heures après, les ordres généreux de M. le duc

d'Otrante avaient été exécutés. Un ministre de la police qui tient sa

parole mérite une note bienveillante dans l'histoire contemporaine.

Mémoires d'une contemporaine. Tome 6 Souvenirs d'une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat, de l'Empire, etc... · 第 9 / 35 题