Une tempête de neige qui s'éleva dans la journée couvrit la terre
de son blanc manteau, et le froid devint intense, ce qui n'ajoutait
rien au confort des hommes déjà fatigués et obligés de se livrer à
des travaux de terrassement et de fortification. Ils ne furent pas
moins braves, cependant, devant cette épreuve que devant l'ennemi,
et la pensée du grand succès qu'ils venaient d'obtenir aux dépens de
celui-ci, ajoutée à la sécurité relative dans laquelle les laissait
l'absence de toute contre-attaque et la faiblesse du bombardement de
l'ennemi déconcerté, leur aida à tout supporter avec leur bonne humeur
naturelle, et les vainqueurs ne pensèrent plus qu'à se mettre tout
à fait chez eux dans les nouveaux quartiers qu'ils avaient si bien
gagnés. Le 22e en particulier devait y rester jusqu'au 16 avril, date à
laquelle il fut relevé et envoyé se remettre de ses fatigues au village
de Rietz.
Il nous faut les quitter ici, se reposant et se préparant à leurs
futurs combats glorieux et triomphants des Arleux, de la cote 70 et de
Passchendaele, dont les exigences militaires ne nous permettent pas
de parler maintenant. Nous ne saurions cependant prendre congé de la
5e brigade sans rendre un hommage final à la bravoure et aux autres
qualités militaires du 22e Canadien français, qui pendant ces vingt
mois de guerre a agi de façon à justifier toutes les espérances que le
Canada français reposait en lui. Ses braves ont contribué largement au
renom glorieux de la 2e division, qui a ajouté un joyau de plus à la
couronne des sacrifices du Canada dans la grande épreuve, couronne non
moins brillante que celle conquise aussi par notre première glorieuse
légion (la 1ère division).
Les fils du Vieux Québec ont légué à leurs compatriotes un magnifique
héritage à ajouter au patrimoine des gloires ancestrales et ils ont
ajouté un nouveau lustre à la devise régimentale "Je me souviens," qui
évoque le souvenir de la vieille France et de tout ce qu'il y a de bon,
de noble et de courageux dans l'âme canadienne française.
La France saigne encore pour la cause de l'humanité. Elle a besoin de
secours, et il ne faut pas qu'il soit dit qu'elle a fait appel en vain
aux descendants de ceux qui apportèrent il y a trois cents ans son nom,
sa langue et sa religion sur les rives de la Nouvelle France.
[Illustration: LE MAJOR GUSTAVE-A. ROUTIER, M.C.]