C’est en 1785, comme il venait d’être nommé avocat général au Parlement
de Paris, qu’Hérault de Séchelles alla voir Buffon à Montbard, et son
récit piquant et irrévérencieux fut publié la même année sans nom
d’auteur, sous le titre de VISITE A BUFFON. (Septembre 1785, Paris,
1785, in-8º de 53 pages.) Il est peu vraisemblable qu’il ait lui-même
fait imprimer du vivant de Buffon des pages si blessantes pour
l’amour-propre infiniment susceptible du grand homme qu’il venait de
visiter. Je supposerais volontiers qu’un indiscret publia, sans y être
autorisé, une des copies qu’Hérault de Séchelles dut, à la mode du
temps, faire circuler parmi ses amis. Quel effet cet impitoyable
persiflage produisit-il sur Buffon et sa famille? Nous voyons seulement
que le fils de Buffon écrivit, le 30 octobre 1785, à Mme Necker: «M.
Hérault de Séchelles, qui vient d’être nommé avocat général, lui ayant
demandé la permission de venir passer quelque temps à Montbard, papa
avoit répondu qu’il le verroit avec plaisir; mais c’étoit avant de
tomber malade. M. Hérault est arrivé ce matin; papa le voit de temps en
temps, lorsque son état le lui permet, et je tâche de le suppléer et de
tenir compagnie de mon mieux à ce jeune magistrat, qui prévient beaucoup
en sa faveur et qui est fort aimable et très instruit[3].» Mais il n’est
pas question, dans la correspondance de Buffon, de l’opuscule satirique
d’Hérault de Séchelles, dont en tout cas la famille du grand écrivain ne
garda pas rancune: nous voyons, en effet, qu’en 1793 l’auteur de la
VISITE A BUFFON fut un des témoins du fils de Buffon lorsque celui-ci
épousa en secondes noces Betzy Daubenton[4].
[3] _Correspondance de Buffon_, dans ses _Œuvres complètes_, édit. de
Lanessan, t. XIV, p. 303.
[4] Nous empruntons ce renseignement à un article de M. Maurice
Tourneux dans la _Revue critique d’histoire et de littérature_, t.
XIV, p. 354.
La VISITE A BUFFON fut réimprimée en 1801 par A.-L. Millin, sous ce
titre:
VOYAGE A MONTBARD, contenant des détails très intéressants sur le
caractère, la personne et les écrits de Buffon, par feu Hérault de
Séchelles: Paris, Solvet, an IX, in-8º de 136 pages.
Millin joignit au VOYAGE A MONTBARD d’autres opuscules d’Hérault, les
RÉFLEXIONS SUR LA DÉCLAMATION, l’ÉLOGE D’ATHANASE AUGER, et des PENSÉES
ET ANECDOTES qui avaient paru déjà en 1795 dans le MAGASIN
ENCYCLOPÉDIQUE, t. II, p. 118. Mais ce qui fait surtout l’importance de
son édition, c’est qu’il donna une dernière partie inédite du VOYAGE.
Elle forme les pages 44 à 48 de la présente édition, où nous avons suivi
le texte de Millin, que cet éditeur donna évidemment d’après les papiers
d’Hérault de Séchelles.
Enfin le VOYAGE A MONTBARD fut imprimé une troisième fois sous ce titre:
VOYAGE A MONTBARD ET AU CHATEAU DE BUFFON, fait en 1785, contenant des
détails très intéressants sur le caractère, la personne et les écrits de
M. de Buffon, par feu _Hérault de Séchelles_, nouvelle édition augmentée
de quelques opuscules inédits, par J.-B. Noëllat: Paris, Audin, 1829,
in-18 de 79 pages. (L’auteur de cette édition est Gabriel Peignot.)
Nous avons parlé plus haut d’un écrit d’Hérault de Séchelles sur
l’ambition. C’est Salgues qui le publia en 1802, et il est intitulé:
THÉORIE DE L’AMBITION, par feu _Hérault de Séchelles_, avec des notes
par J.-B. S***: Paris, Bouquet, an X-1802, in-8º de 102 pages.