POURQUOI L'ALLEMAGNE AUGMENTE SES EFFECTIFS

Incontestablement, le réveil de l'énergie française, la cohésion de la

Triple Entente qui n'a cessé de se cimenter au cours de la crise

balkanique, le perfectionnement ininterrompu de l'armée russe, ont dû

être des causes prédominantes et justifier pour l'Allemagne «la

nécessité d'affermir sa position de force au coeur de l'Europe». Mais il

est aussi d'autres motifs à cette extension nouvelle.

Les créations d'unités prévues par la loi du 14 juin 1912 nécessitaient

un accroissement minimum d'une soixantaine de mille hommes par rapport

aux effectifs budgétaires précédents; or, la loi n'envisageait qu'une

augmentation d'environ 30.000 hommes... Sous peine de réduire le

personnel des compagnies, escadrons, batteries, il fallait trouver des

ressources complémentaires; c'est là l'objet du projet annoncé; il

permettra en outre d'autres améliorations.

L'armée allemande présentait jusqu'ici trois types d'unités: les unes à

effectif fort, stationnées en couverture sur les frontières d'Alsace et

de Pologne, les autres à effectif moyen ou faible; de plus, un certain

nombre de régiments d'infanterie ne comportaient que 2 bataillons au

lieu de 3 et certaines batteries n'attelaient pas le complet de leurs 6

pièces. Les ressources prévues vont offrir la possibilité de compléter

organiquement tous les régiments, toutes les batteries, et de porter

toutes les unités de l'intérieur à l'effectif moyen de 141 hommes de

troupe par compagnie, 113 hommes par batterie ou même davantage, les

unités de couverture conservant respectivement leurs 160 hommes par

compagnie et leurs 128 hommes par batterie.

Jusqu'alors, grâce à sa forte natalité, l'Allemagne pouvait limiter ses

incorporations annuelles. Un certain nombre de jeunes gens, 92.000 en

1911, nous dit la _Revue militaire des armées étrangères_, classés

dans l'Ersatz-Réserve, n'accomplissaient pas de service actif; ils

étaient simplement astreints à des périodes d'exercices. Désormais,

d'après les indications de la presse berlinoise, cette «réserve de

recrutement» serait en grande partie incorporée définitivement dans

l'armée active. Incontestablement, l'Allemagne pourrait encore dépasser

cet effort, puisque, en 1911, les conseils de revision ont eu à statuer

sur 563.000 jeunes gens de vingt ans pour en incorporer moins de la

moitié; encore, auraient-ils dû en examiner davantage, puisque plus de

40.000 jeunes Allemands, émigrants ou insoumis, ne se sont pas présentés

devant les commissions de recrutement!

Quoi qu'il en soit, il n'apparaît pas jusqu'ici que la création d'unités

nouvelles ait été envisagée; il faut d'abord étoffer convenablement les

formations existantes; d'ailleurs, l'insuffisance des casernements ne se

prêterait pas à l'installation de nouveaux corps de troupe. Retenons

cependant que, dès maintenant, les bataillons d'infanterie seraient en

nombre suffisant pour porter les corps d'armée allemands de 25 à 27;

notre nouvelle loi des cadres nous offre d'ailleurs une possibilité

analogue. Il n'apparaît donc pas, jusqu'à plus ample informé, que nos

tableaux donnés précédemment (l'_Illustration_ du 4 janvier) concernant

la comparaison des unités du temps de paix dussent être modifiés;

seules, les ressources mobilisables, ainsi que l'indique le tableau n°

1, seront influencées par les nouvelles dispositions.

L'Illustration, No. 3652, 22 Février 1913 · 第 30 / 50 题