Dans son numéro du 4 janvier dernier, l'_Illustration_ a donné un état
comparatif des armées française et allemande tel qu'il résultait, pour
l'Allemagne de la loi du 14 juin dernier, pour la France, de la récente
loi des cadres.
En 1912, en effet, l'Allemagne avait cru devoir augmenter
considérablement son armée, en même temps que la France préparait sa loi
des cadres. Et voiei que, tout à coup, des accroissements
supplémentaires viennent d'être annoncés en Allemagne. Sans que ce
nouvel effort puisse être nécessairement considéré comme une menacé plus
ou moins immédiate pour le repos de l'Europe, une réplique, des
sacrifices parallèles s'imposent néanmoins en France, car la paix entre
deux grands pays très voisins dépend avant tout de l'équilibre des
armements.
L'état-major d'outre-Rhin s'était proposé de constituer en octobre 1912
une grande partie des accroissements prévus, les autres mesures devant
être parachevées en 1915; mais à peine sa réalisation était-elle entamée
que la loi militaire de juin dernier a été trouvée insuffisante. Bien
que les sacrifices, pour un budget déjà difficile, s'annoncent comme
très lourds, 150 millions de marks de plus par an, nul doute que ce
nouveau projet ne soit accepté avec autant d'unanimité, que le
précédent. Les détails n'en sont pas encore connus; mais la presse
officieuse s'est chargée de nous en divulguer les principes essentiels.
L'effectif de paix serait accru d'environ 100.000 nommes et l'on
songerait à porter de 25 à 27 le nombre des corps d'armée.
Quels motifs ont-pu pousser? l'Allemagne à un effort aussi «kolossal»,
quelle sera sa répercussion sur la situation respective des armées
française et allemande, comment pouvons-nous y répondre? C'est ce que
nous nous sommes proposé d'examiner ici.