LES HOSTILITÉS DANS LA MER NOIRE

La première opération navale fut à l'actif de la flotte turque. Le 19

octobre et les jours suivants, elle se livra sur les ports bulgares de

Varna et de Kavarna (mer Noire) à un bombardement qui ne paraît avoir

produit aucun effet, sérieux.

Pour en terminer avec ce qui s'est passé dans la mer Noire, nous

noterons de suite le brillant fait d'armes accompli dans la nuit du 21

au 22 décembre par 4 petits torpilleurs bulgares, au large de Varna.

Partis à la découverte, ils tombent sur le croiseur turc Hamidieh qui

paraît garder l'aile droite de la division placée en surveillance à

l'aboutissement sur la mer Noire des lignes de Tchataldja. Deux

contre-torpilleurs avaient été donnés au _Hamidieh_ pour se garder.

Mais, de crainte de méprise, le commandant du croiseur turc leur avait

enjoint de s'écarter de lut pendant la nuit. En cas de rencontre

inopinée on avait convenu d'un signal de reconnaissance. A un feu vert

montré par le _Hamidieh_ les contre-torpilleurs devaient répondre par un

feu rouge, moyennant quoi ils pourraient se rapprocher de leur chef sans

crainte d'en être mal reçus.

Les contre torpilleurs turcs disparus, ce sont les torpilleurs bulgares

qui se montrent. Du pont du _Hamidieh_ on les a découverts, on fait le

signal convenu, un feu vert est allumé. Les Bulgares, à tout hasard,

répondent par un feu également vert... Ceci suffit pour créer une

terrible perplexité à bord du croiseur ottoman. Faut-il tirer? Et si ce

sont les contre-torpilleurs amis qui ont commis une erreur?

Bref, on tergiverse, et, pendant ce temps, les braves petits Bulgares

foncent sur l'ennemi, décochent leurs torpilles. L'un d'eux s'est

approché à 50 mètres Sa torpille seule a atteint le but. Elle touche le

_Hamidieh_ à l'avant, éclate et produit une brèche énorme de 4 mètres

sur 5, le pont cuirassé est rabattu sur lui-même, la coque défoncée des

deux bords, 10 hommes sont tués ou blessés.

Une canonnade furieuse éclate; mais, leur coup fait, les quatre

moucherons ont fui à toute vitesse et ils disparaissent dans la nuit.

Ils sont indemnes. Un seul projectile turc a porté, il a traversé la

cheminée avant d'un des torpilleurs.

A ce moment, les contre-torpilleurs turcs entrent en scène. Ils

accourent au bruit du canon, et font leur signal de reconnaissance, mais

l'émoi est tel à bord du _Hamidieh_ qu'on n'en tient aucun compte et un

feu terrible accueille les amis après les ennemis. Ce feu, heureusement

mal dirigé, ne les atteint pas.

Pendant ce temps, le _Hamidieh_ se remplit par l'avant.

A grand'peine on le remorque jusqu'à la Corne d'Or où on réussit à le

faire entrer au bassin. Il faut dire, à la louange des ingénieurs et

ouvriers turcs, qu'un mois après les réparations de ses graves avaries

étaient terminées et le croiseur reprenait son rang dans la flotte (2).

(2) La coque était réparée, mais le pont cuirassé n'a pas été remis en

place.

Il faut noter encore pendant que nous sommes dans la mer Noire l'aide

efficace apportée par la flotte turque dans la défense des lignes de

Tchataldja dont elle a tenu les deux extrémités.

L'Illustration, No. 3652, 22 Février 1913 · 第 25 / 50 题