DÉBUTS DE PRÉSIDENCE

En quittant l'Hôtel de Ville, M. Poincaré et M. Fallières se sont rendus

rue François-Ier, au nouveau domicile de l'ancien président de la

République, où les deux chefs d'État se sont séparés en se donnant, sur

le trottoir, une cordiale accolade, aux applaudissements de la foule.

Puis M. Poincaré est rentré à l'Elysée, chez lui. Il y a tenu, à 6

heures, son premier conseil des ministres, séance de pure forme, au

cours de laquelle le ministère, après avoir démissionné, selon la

tradition constitutionnelle, a été maintenu dans ses fonctions par le

président de la République. Cette journée, si bien remplie, n'était

cependant point achevée pour M. Poincaré, qui a voulu se rendre, à 7

heures du soir, au chevet des douze pompiers parisiens grièvement

blessés la veille dans l'explosion d'une fonderie d'aluminium à la

Roquette, et soignés à l'hôpital militaire Saint-Martin. Ce geste

spontané et touchant a plu infiniment aux Parisiens, dont les

acclamations, encore plus chaleureuses, si possible, accueillirent M.

Poincaré lorsqu'il arriva, dans ce quartier populeux, en automobile et

sans escorte. Le chef de l'État s'inclina au chevet des blessés et leur

dit des paroles réconfortantes. Pourquoi fallut-il qu'à ce moment un

photographe, trop exclusivement soucieux d'augmenter sa collection de

clichés de cette journée historique, jetât brutalement son étincelle de

magnésium, sans songer que cette déflagration soudaine était de nature à

provoquer une impression douloureuse sur les blessés? M. Poincaré

protesta lui-même avec quelque vivacité: «Soyez indiscret avec le

président, soit. Mais respectez au moins ceux qui souffrent ici...» Le

retour s'effectua au milieu du même grand mouvement populaire, et toute

la joie de Paris continua de s'exprimer longtemps dans la soirée par

l'activité exceptionnelle des rues, l'animation des groupes et le succès

des ténors populaires qui, en l'honneur du nouveau chef de l'État,

chantaient leurs couplets ingénus.

Ajoutons que, le lendemain, M. Poincaré, qui s'était promis d'inaugurer

sa haute magistrature par des visites aux hôpitaux, a visité l'hôpital

Saint-Antoine où a été pris--mais sans magnésium et sans effrayer les

malades--le cliché que nous publions ci-contre.--A. C.

_Ici viennent s'intercaler quatre pages (149 à 152) sur LA TRANSMISSION

DES POUVOIRS PRESIDENTIELS._

[Illustration: A LA RÉCEPTION DE L'HOTEL DE VILLE.--L'arrivée de Madame

Raymond Poincaré.]

Les Parisiens, qui, pendant la durée du septennat, auront tout loisir de

voir, aux occasions officielles, Mme Raymond Poincaré, n'ont guère pu,

cette semaine, lui manifester cette déférente sympathie dont l'entouré,

déjà, le sentiment populaire: elle n'a pris qu'une part discrète aux

cérémonies qui ont marqué la transmission des pouvoirs. Quelques

instants avant l'arrivée du cortège présidentiel, une automobile la

déposa, mardi dernier, devant l'Hôtel de Ville, Délicieusement habillée

d'une robe souple, aux plis harmonieux, que faisait valoir encore la

blancheur de l'étole et du manchon, elle apparut un moment, souriante,

un peu émue sans doute. Et ce fut une rapide vision de grâce et

d'élégance, pas assez brève cependant pour qu'elle ne fût point fixée

par l'objectif.

Conduite directement à la salle des fêtes, en compagnie de Mme Fallières

et de Mme Loubet, Mme Poincaré y fut reçue par M. Galli, président du

Conseil municipal, qui lui offrit une gerbe de roses.

L'Illustration, No. 3652, 22 Février 1913 · 第 13 / 50 题