XCVIII.

Coment monseigneur Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de Bretaigne, fu

privé en parlement de toutes les terres qu'il tenoit au royaume de

France.

Item, en ce temps, pour ce que le roy qui savoit et aussi tous ceux de

son royaume, coment messire Jehan de Montfort, qui se tenoit duc de

Bretaigne et qui en avoit fait foy et hommage au roy comme à son lige

seigneur naturel et souverain, s'estoit porté et encore portoit

mauvaisement et desloyalement envers le roy, en faisant guerre

notoirement contre le roy et son royaume, et avoit chevauchié armé

contre le royaume de France en la compaignie du duc de Lencastre et

autres ennemis du roy, en faisant guerre, boutant feu, tuant hommes,

femmes et tous autres fais de guerre, avoit conforté et aidié les

Anglois et autres ennemis du roy de toute sa puissance, et avoit au roy

renvoié son hommage, tant de la duchié de Bretaigne que des autres

terres qu'il tenoit au royaume, fu conseilié de faire appeler ledit

Jehan de Montfort pardevant luy, en sa court, pour respondre au

procureur du roy, sur tout ce que ledit procureur du roy vouldroit

proposer contre luy à toutes fins. Et pour ce, donna à son dit procureur

ajournemens souffisans et convenables, par lesquels ledit messire Jehan

fu ajourné à comparoir personelment pardevant le roy en sa dite cour

garnie de pers et d'autre conseil souffisamment, au samedi quatriesme

jour de décembre mil trois cent septante-huit dessusdit, pour respondre

audit procureur à toutes fins sur les cas dessusdis et sur autres

déclarés ès ajournemens. A laquelle journée de samedi ledit de Montfort

ne vint né comparut, né autre pour luy, souffisamment appellé si comme

accoustumé est. Et jasoit ce que le procureur du roy requéist avoir

deffaut contre ledit Jehan de Montfort, et que le roy ou sa court peust

avoir ottroyé à son procureur ledit deffaut s'il luy pleust, toutes

voies, il voult que la besoigne surséit en estat, sans y procéder

jusques au jeudi ensuivant neuviesme jour dudit mois. Auquel jeudi le

roy fu en la chambre de son parlement séant en jugement, la court garnie

de pers, et pour ce que tous les pers n'y estoient mie présens, jasoit

ce qu'il eussent esté tous ajournés et mandés par le roy pour ceste

cause et s'excusoient par leur lettres ouvertes, lesdites lettres furent

leues en la présence de tous. Et après fu oï le procureur du roy, en

tout ce qu'il voult demander et requérir contre ledit de Montfort. Et

premièrement, afin d'avoir deffaut; et après qu'il fust dist et déclaré

iceluy de Montfort estre encheu en crime de lèse-majesté et avoir commis

félonnie envers le roy; et pour ce estre privé de tous drois, honneurs,

noblesses et dignités tant de pairie comme autres; et tous ses biens,

fiés, terres, possessions et seigneuries estans au royaume de France,

tant en la duchié de Bretaigne comme autres, estre confisqués. Et

néantmoins le procureur, en tant comme besoin estoit, requéroit que par

le roy et sa court ledit de Montfort fust privé des choses dessusdites.

Et oultre, qu'il fust déclaré par le roy et sa court que ledit de

Montfort avoit forfait le corps envers le roy; et ainsi fust dit par le

jugement du roy et de sa court.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 275 / 339 题