Coment le roy ot lettres que les cardinaux s'estoient partis de Rome.
Assez tost après furent apportées au roy aucunes lettres, par lesquelles
étoit escript au roy que les cardinaux, après ladite nominacion ou
esleccion dudit Berthélemi, arcevesque de Bar, le plus tost qu'il
avoient peu se estoient issus de Rome, et par scrupules de leur
consciences, n'avoient depuis fait audit Berthélemi obéissance né
révérence aucune. Et après, tous ensemble, Italiens et Oultremontains,
excepté le cardinal de Saint-Pierre qui estoit malade, contredirent le
fait, et fu escript et signé de leur main et scellé de leur sceaux; et
depuis, estudièrent aucuns desdis cardinaux, très-solemnels docteurs,
commis à ce par espécial et très grant diligence, pour savoir, considéré
le fait accordé, sé ledit Berthélemi, par l'esleccion faite de luy ou
par les fais ensuivis après icelle, avoit aucun droit en la papalité. Et
appelèrent avec eulx les commissaires et tous les autres cardinaux
oultremontains, tous les autres prélas, maistres en théologie, docteurs
en droit canon et en droit civil auxquels il porent parler, et les
enfourmèrent du fait, lesquels concordablement en conclusion
déterminèrent que ledit Berthélemi n'estoit point pape; ainçois tenoit
par tyrannie et occupacion le saint siège. Après ce, il firent leur
publicacion solemnellement selon ce que à eux appartenoit et qu'il le
povoient et devoient faire de droit. Et ces choses ainsi faites, lesdis
cardinaux firent savoir aux autres cardinaux estans lors à Avignon, qui
estoient six en nombre; lesquels enformés des choses dessus dites par
les lettres du collège, le consentirent, loèrent et approuvèrent de tout
en tout, et les firent publier en Avignon solemnelment, et deffendre que
l'en obéist audit Berthélemi comme à pape: excepté le cardinal de
Pampelune qui encores y voult délibérer; mais depuis se consenti-il avec
les autres[370].
[370] On trouve en cet endroit dans la plupart des manuscrits la
longue protestation latine des cardinaux réunis à Agnani contre
l'élection qu'ils avoient précédemment faite à Rome du pape Urbain.
Je n'ai pas cru devoir reproduire cette pièce analysée avec
exactitude dans l'_Histoire ecclésiastique_ de Fleury, liv. XCVII,
paragraphe 53. Elle est d'ailleurs uniquement du ressort de
l'histoire ecclésiastique.