XCII.

Coment les cardinaux envoièrent messaiges au roy de France, c'est

assavoir l'evesque de Famagouste et un maistre en théologie de l'ordre

des frères Prescheurs, maistre du Saint-Palais.

Item, au moys d'aoust mil trois cens septante-huit, furent envoiés au

roy de par les cardinaux certains messaiges, c'est assavoir l'evesque de

Famagouste, et maistre Nicole de Saint-Saturnin, jacobin, maistre en

théologie du Saint-Palais; lesquels apportèrent au roy lettres closes et

ouvertes, séellées des seaux du collège des cardinaux, affermans et

certifians ledit Berthélemi non estre pape; mais avoit esté faite la

nominacion par force et impression violente. Et sur ce requeroient au

roy que il voulsist oïr et croire les dessus dis de ce que par eux luy

diroient. Et pour les oïr et avoir délibéracion sur ce pourquoy il

venoient devers luy, le roy manda pluseurs prélas, arcevesques et

evesques de son royaume, et autres bons clers tant ès Universités de

Paris, d'Orléans et d'Angiers, comme d'autre part là où l'en les pot

savoir, et les fist assembler à Paris, le samedi, onziesme jour de

septembre, l'an dessus dit, en une grant chambre ou sale qui est sur la

rivière au Palais. Et en la présence desdis prélas et clers, le roy oï

lesdis evesque et maistre du Saint-Palais, lesquels tant par la bouche

de l'un comme de l'autre, dirent la manière comment ledit arcevesque de

Bar avoit esté nommé pape par paour, violence et tumulte des Romains, et

que lesdis cardinaux estoient déterminés à non le tenir pour pape. Si

conclurent que pour ce signifier au roy il estoient envoyés devers luy,

et ainsi luy signifioient. Et requisrent au roy qu'il voulsist adhérer à

la déterminacion desdis cardinaux, et qu'il leur voulsist donner

conseil, confort et aide en ce fait. Si voult le roy, après ce qu'il ot

oï ces choses, que les sages clers, prélas et autres qui estoient en

grant nombre, tant maistres en théologie et en decrés, docteurs en loys

et autres maistres en autres sciences, eussent délibéracion ensemble en

son absence pour savoir que il avoit à faire et à respondre sur ce.

Lesquels par pluseurs journées furent assemblés et orent délibéracion,

et finablement furent d'accort de conseiller au roy que il féist faire

response auxdis messaiges des cardinaux en la manière que s'ensuit sé il

luy plaisoit; et premièrement à la significacion que lesdis messaiges

luy avoient faite de l'entencion des cardinaux, que le roy avoit

bénignement oï ce que par eux luy avoit esté exposé. Et quant aux

requestes qu'il avoient faites tant de adhérer à la déterminacion des

cardinaux comme de leur donner conseil, confort et aide, le roy povoit

faire respondre qu'il n'estoit pas encore conseillié de consentir ou de

nier ladite adhésion, et qu'il en vouloit encore plus avant estre

informé, car la matière estoit moult haulte et périlleuse et doubteuse.

Et quant à l'aide, il sembloit que le roy povoit respondre que, au moys

d'aoust précédent, il avoit aidié les cardinaux d'une grant finance, et

mandé aux gens d'armes nés de son royaume qui estoient et sont oultre

les mons que il donnent confort et aide auxdis cardinaux; et ce a-il

fait et mandé pour pourveoir à la seurté des personnes des cardinaux, de

leur familliers et de leur biens, et afin de les mettre hors des périls

où il sont, et à nulle autre fin. Et sé l'aide faite par le roy aux fins

dessus dites ne souffist, encore est-il prest de les aidier et conforter

quant point sera. Laquelle consultacion par manière de response le roy

fist faire aux messages des cardinaux.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 269 / 339 题