Coment maistre Pierre du Tertre et Jaquet de Rue furent condempnés en
parlement à estre traynés du palais jusques ès Halles, et là avoir les
testes coupées et les quatre membres; et coment le roy fist abattre
pluseurs chasteaux et forteresces.
Après laquelle confession faite dudit maistre Pierre du Tertre, le roy
qui bien vouloit que chascun sceut la bonne justice et les mauvaistiés
et traysons faites et machinées et pourparlées contre luy par ledit roy
de Navarre, ordena que en la chambre de parlement, assemblés grant
multitude de gens, prélas, princes, barons, chevaliers, conseilliers,
advocas, procureurs et autres gens, fussent à un certain jour amenés, à
l'eure que l'en a acoustumé de seoir en parlement, lesdis Jaquet de Rue
et maistre Pierre du Tertre, et que là, par leurs seremens fais
solennelment, fussent interrogués sur les choses contenues en leur
confessions, et ainsi fu fait. Et leur furent leues leur confessions de
mot à mot, par la manière que dessus sont escriptes, lesquels après la
lecture desdites confessions, chascun après la lecture de la confession
qu'il avoit faite, eulx conjurés des plus grans sermens que on leur pot
faire faire, confessèrent lesdites confessions estre vraies, et dirent
qu'il les avoient par pluseurs fois oï lire autrefois, et dirent que en
la manière qu'il estoit escript il l'avoient confessé, sans force et
sans contrainte aucune; et que les choses contenues en leur dépositions
estoient vraies, et ainsi le prenoient sur le péril de leur ames, car il
savoient bien qu'il estoient dignes de mort, sé le roy ne leur faisoit
grace et miséricorde. Et en plus seur tesmoignage de ce, chascun escript
de sa main en la fin de sa confession l'affirmacion dessus dit.
Et ces choses rapportées au roy, il voult que raison et justice leur
fust faite. Si furent condempnés par le jugement de parlement à estre
trainés du palais jusques ès halles, et là sur un échauffaut avoir les
testes coupées et chascun les quatre membres, lesquels quatre membres de
chascun d'eux furent pendus à huit potences au-dehors de quatre portes
de Paris, et les testes ès halles, et le demourant au gibet.
Item, après ce que lesdites forteresces furent mises et rendues en la
main du roy, les unes par force et les autres par traictié, le roy fu
conseillié par pluseurs sages que il féist abattre lesdites forteresces,
car elles avoient esté tenues contre luy qui estoit souverain seigneur;
et par le moien et seurté d'icelles, pluseurs maux, dommaiges,
inconvéniens et traïsons avoient esté faites par ceux qui lesdites
forteresces tenoient contre le roy, seigneur souverain desdites
forteresces et son royaume: et ainsi estoit grant péril de les laissier
en estat, pour doubte qu'elles ne retournassent en la main dudit roy de
Navarre qui tant de maux et traïsons avoit faites sur la seurté desdites
forteresces, lesquelles par pluseurs autres fois avoient esté rendues
audit roy de Navarre, par les paix et reconciliacions qu'il avoit faites
au roy Jehan, père du roy nostre sire, et au roy; dont depuis icelles
recouvrées en avoit esté désobéissant et porté dommaige au roy et au
royaume. Si fist le roy, tant pour celles causes comme pour autres
justes et raisonnables, abattre les chasteaux de Breteuil, d'Orbec, de
Beaumont-le-Rogier, de Pacy, d'Annet, et les clostures des villes, et
aussi la tour et chastel de Nogent-le-Roy; les chasteaux d'Évreux, de
Pont-Audemer, de Mortaing, de Gauray et aucuns autres en Constentin;
mais le chastel et ville de Cherbourg demourèrent entiers ès mains de
ceux qui les gardoient pour le roy de Navarre qui ne les vouldrent
rendre né délivrer, lesquels mandèrent et firent venir avecques eux
pluseurs Anglois pour eux aider à garder lesdites forteresces; lesquels
Anglois pridrent la possession dudit chastel, et en boutèrent hors les
Navarrois; et ledit Ferrando d'Ayens, qui estoit capitain dudit chastel
de par ledit roy de Navarre et estoit prisonnier, comme dit est, fu
envoié au chastel de Caen prisonnier, pour ce qu'il ne rendoit pas
lesdites forteresces, si comme promis et juré l'avoit.