LX.

De l'ordenance des nobles barons, chevaliers, prélas, escuiers et gens

de Paris, qui chevauchoient après les trois princes dessus dis[328].

[328] Les quatre précieux chapitres suivans n'ont jamais été imprimés

et ne se retrouvent que dans le manuscrit de Charles V et dans ceux

des _Continuateurs de Nangis_. Les éditions imprimées et les autres

manuscrits portent: «Et du surplus je me tais, pour ce que trop

longue chose seroit à escrire; et mesmement à ce que en pluseurs

lieux en sera trouvé escript. Et bien viens au disner que le roy luy

donna au palais dont l'assiette fu telle.» Par ces mots _en pluseurs

lieux_ il semble que l'on ait voulu désigner l'_Histoire de Charles

V_ faite plus de vingt ans après le meilleur texte de nos

_Chroniques_ par Christine de Pisan. Mais cet historien a beaucoup

abrégé elle-même les précieux détails dans lesquels l'historiographe

étoit entré.

Item, après les gens de l'empereur qui estoient les premiers entrans en

la ville, estoient les chevaliers et escuiers du royaume de France, qui

estoient bien huit cens chevaliers sans les escuiers dont on ne sait le

compte, et estoient noblement vestus et parés et très-bien montés, si

que c'estoit noble et merveilleuse chose à veoir. Après estoient le

chancelier de France et les conseillers du roy lays. Et après estoient

d'un front, à pié, les portiers et varlès de porte, leur verges en leur

mains et vestus d'unes robes. Et après estoit à cheval le prévost de

Paris, et après le prévost pluseurs contes et barons. Et après estoit le

maréchal de Blainville. Et après ledit mareschal estoient les escuiers

du corps et escuierie du roy comme dessus est escript. Et au plus près

de l'empereur, du roy et du roy des Romains, estoient un renc de

chevalliers à pié, chascun un baston en son poing; et les chambellans et

gardes sus escrips entour l'empereur, le roy et le roy des Romains,

estoient tellement que nul n'en povoit approuchier né les empresser. Et

derrière les chevaux de l'empereur, du roy et du roy des Romains,

estoient les huissiers d'armes tous rengiés à pié, qui aussi avoient des

bastons en leurs poins. Et venoient après les frères du roy, le duc de

Berry et de Bourgoigne, et entre eux deux, au milieu, estoit le duc de

Breban, frère de l'empereur et oncle du roy; et après, le duc de

Sassoigne, esliseur de l'empire, le duc de Bourbon, le duc de Bar, et

des autres ducs allemans un appellé le duc Henry, le duc de Bousselau et

le duc de Trappo. Et derrière lesdis ducs estoient vint chevaliers et

escuiers à pié, qui sont pour la garde du corps du roy, et vint-cinq

arbalestriers tous armés couvertement, les espées en une main et bastons

ès autres, lesquels se tenoient fors et serrés ensemble pour garder de

foule et de presse l'empereur, le roy et le roy des Romains, et les ducs

dessus dis qui venoient derrière eux, de la foule et multitude des gens

qui venoient après à cheval. Et après venoient tous les prélas dessus

escris, et après, les chevaux de parement du roy et tout le remenant de

la multitude de chevaux et gens. Et tout derrière venoient le prévost

des marchans, le chevalier du guet et les sergens, avec les gens de la

ville de Paris. Et ainsi et par telle ordenance chevauchoient

l'empereur, le roy et le roy des Romains, par tele manière qu'il ne

fussent pressés né arrestés. Mais en brief temps et pou d'espace,

vindrent très légièrement et briefment jusques au palais, dont plusieurs

gens furent moult merveilliés, qui autrefois n'avoient veue tele né si

bonne ordenance de tele multitude, si pou de desroy né de presse. Et

aussi furent faites à la porte du palais certaines barrières, et à

l'entrée des merceries et de la grande sale aussi, et mis et ordenés

sergens d'armes et autres sergens pour icelles garder estroitement, et

telement furent gardées que l'empereur, le roy et le roy des Romains et

des autres grans seigneurs qui y entrèrent, n'estoient pas plus de

quarante[329] chevaux; et avoit esté ordené que à la venue ou entrée

dudit palais, nul ne s'arrestast devant ladite porte, mais passast

oultre chacun à cheval et s'espandissent parmi les rues foraines, afin

de y avoir moins de presse. Et ainsi vindrent au perron de marbre

environ trois heures après midi. Et pour ce que l'empereur ne se povoit

pas aisément soustenir pour sa dite maladie, mais le convenoit porter

entre bras, le roy luy avoit fait appareillier par un sien secrétaire

qui lors estoit concierge de son palais, nommé maistre Phelipe Ogier, en

la cour soubs ledit perron, une chaiere couverte de drap d'or et le fist

asseoir dedens.

[329] _Quarante_. Suivant Christine de Pisan: _Cent_.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 236 / 339 题