LII.

Les noms des villes par où l'empereur passa depuis Cambray jusques à

Senlis, et des nobles hommes qui lui furent à l'encontre.

L'endemain se party de Cambray ledit empereur, et vint au giste en une

abbaye du royaume que l'on appelle le Mont St-Martin[322], et y disna le

jour, et puis vint au giste à Saint-Quentin. Auquel lieu de

Saint-Quentin les gens et officiers du roy, bourgois et habitans de

ladite ville, vindrent à cheval à l'encontre de luy et le reçurent

honorablement, en lui disant que bien fust-il venu en la ville du roy;

et luy firent grans présens de char, de poissons, de vins, de pains, de

foins, d'avaine et de cires. Et est assavoir que en ladite ville et

semblablement par toutes les autres villes où il a esté, tant en venant

à Paris comme en son retour, il n'a esté receu en quelconque églyse à

procession né cloches sonnans, né fait aucun signe de quelconque

dominacion ou seigneurie; si comme au roy ou à ceux qui ont la cause de

luy appartiegne à estre fait en tout le royaume de France. Audit

St-Quentin demoura ledit empereur un jour, et vint à Han au giste où les

gens du roy qui au-devant estoient allés toujours le compaingnièrent; et

vindrent les gens de ladite ville de Han au-devant de luy, et lui firent

la révérence si comme avoient fais ceux de Saint-Quentin; et de là se

parti l'endemain après boire et vint au giste à Noyon. Et au devant de

luy vindrent à cheval l'evesque, chappitre et bourgois de ladite ville

en grant et belle compaignie, et luy firent la révérence, en disant les

paroles telles comme ceux de Saint-Quentin luy avoient dites, en disant

que bien fust-il venu en la ville du roy; et lui firent les présens

comme dessus est dit. Et demoura en ladite ville deux jours, et visita

l'abbaye de Saint-Eloy et le corps saint.

[322] _Le Mont Saint-Martin_. Aujourd'hui village sur la route et à

mi-chemin de _Cambray_ à _Saint-Quentin_.

Et le jeudi trente-et-uniesme et derrenier jour de décembre, se parti

d'ilec après boire et vint au giste à Compiègne; et au-devant de luy

vindrent à une lieue de la ville les gens de ladite ville, en belle

ordenance et bonne compaingnie bien jusques à deux cens chevaux. Et

assez tost après vint, de par le roy, à l'encontre dudit empereur, le

duc de Bourbon, frère de la royne de France, le conte d'Eu, cousin

germain du roy, les evesques de Beauvais et de Paris, et pluseurs autres

notables chevaliers et seigneurs en leur compaingnie, jusques au nombre

de trois cens chevaliers et plus, vestus des robes dudit duc, lesquelles

étoient de blanc et bleu mi-parti. Et luy dit le duc de Bourbon que le

roy le saluoit et estoit bien lie de sa venue et que très-volontiers le

verroit, et que là les avoit envoyés le roy pour le compaingnier. Et

l'empereur venu en ladite ville et descendu en son hostel, le duc de

Bourbon pria les seigneurs et chevaliers de l'ostel de l'empereur de

venir souper avecques luy en son hostel, lesquels y alèrent; et

l'empereur, pour luy faire plus avant plaisir, luy envoya son fils le

roy des Romains, en luy mandant que sé il feust en point qu'il se peust

aidier, car de nouvel au partir de Noyon lui estoit prise sa goute dont

il estoit si empeschié qu'il ne pouvoit aler, que luy en sa personne

fust alé souper avecques luy. Et ledit duc de Bourbon festoya ledit roy

et tous les autres, et donna à souper très grandement et largement, et y

assembla et fist estre les dames qui estoient en la ville et environ. Et

l'endemain, qui fu le vendredi premier jour de janvier, après ce qu'il

ot disné à Compiègne, il vint en un curre, pour ce qu'il ne pooit

chevauchier, à heure de vespres à Senlis: et au-devant de luy alèrent le

baillif de ladite ville et les officiers du roy, et en leur compaingnie

les gens de la ville, jusques au nombre de cent chevaux, en lui faisant

la révérence et en luy disant qu'il fust le bien venu en la ville du

roy.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 227 / 339 题