Les noms des villes par où l'empereur passa depuis Cambray jusques à
Senlis, et des nobles hommes qui lui furent à l'encontre.
L'endemain se party de Cambray ledit empereur, et vint au giste en une
abbaye du royaume que l'on appelle le Mont St-Martin[322], et y disna le
jour, et puis vint au giste à Saint-Quentin. Auquel lieu de
Saint-Quentin les gens et officiers du roy, bourgois et habitans de
ladite ville, vindrent à cheval à l'encontre de luy et le reçurent
honorablement, en lui disant que bien fust-il venu en la ville du roy;
et luy firent grans présens de char, de poissons, de vins, de pains, de
foins, d'avaine et de cires. Et est assavoir que en ladite ville et
semblablement par toutes les autres villes où il a esté, tant en venant
à Paris comme en son retour, il n'a esté receu en quelconque églyse à
procession né cloches sonnans, né fait aucun signe de quelconque
dominacion ou seigneurie; si comme au roy ou à ceux qui ont la cause de
luy appartiegne à estre fait en tout le royaume de France. Audit
St-Quentin demoura ledit empereur un jour, et vint à Han au giste où les
gens du roy qui au-devant estoient allés toujours le compaingnièrent; et
vindrent les gens de ladite ville de Han au-devant de luy, et lui firent
la révérence si comme avoient fais ceux de Saint-Quentin; et de là se
parti l'endemain après boire et vint au giste à Noyon. Et au devant de
luy vindrent à cheval l'evesque, chappitre et bourgois de ladite ville
en grant et belle compaignie, et luy firent la révérence, en disant les
paroles telles comme ceux de Saint-Quentin luy avoient dites, en disant
que bien fust-il venu en la ville du roy; et lui firent les présens
comme dessus est dit. Et demoura en ladite ville deux jours, et visita
l'abbaye de Saint-Eloy et le corps saint.
[322] _Le Mont Saint-Martin_. Aujourd'hui village sur la route et à
mi-chemin de _Cambray_ à _Saint-Quentin_.
Et le jeudi trente-et-uniesme et derrenier jour de décembre, se parti
d'ilec après boire et vint au giste à Compiègne; et au-devant de luy
vindrent à une lieue de la ville les gens de ladite ville, en belle
ordenance et bonne compaingnie bien jusques à deux cens chevaux. Et
assez tost après vint, de par le roy, à l'encontre dudit empereur, le
duc de Bourbon, frère de la royne de France, le conte d'Eu, cousin
germain du roy, les evesques de Beauvais et de Paris, et pluseurs autres
notables chevaliers et seigneurs en leur compaingnie, jusques au nombre
de trois cens chevaliers et plus, vestus des robes dudit duc, lesquelles
étoient de blanc et bleu mi-parti. Et luy dit le duc de Bourbon que le
roy le saluoit et estoit bien lie de sa venue et que très-volontiers le
verroit, et que là les avoit envoyés le roy pour le compaingnier. Et
l'empereur venu en ladite ville et descendu en son hostel, le duc de
Bourbon pria les seigneurs et chevaliers de l'ostel de l'empereur de
venir souper avecques luy en son hostel, lesquels y alèrent; et
l'empereur, pour luy faire plus avant plaisir, luy envoya son fils le
roy des Romains, en luy mandant que sé il feust en point qu'il se peust
aidier, car de nouvel au partir de Noyon lui estoit prise sa goute dont
il estoit si empeschié qu'il ne pouvoit aler, que luy en sa personne
fust alé souper avecques luy. Et ledit duc de Bourbon festoya ledit roy
et tous les autres, et donna à souper très grandement et largement, et y
assembla et fist estre les dames qui estoient en la ville et environ. Et
l'endemain, qui fu le vendredi premier jour de janvier, après ce qu'il
ot disné à Compiègne, il vint en un curre, pour ce qu'il ne pooit
chevauchier, à heure de vespres à Senlis: et au-devant de luy alèrent le
baillif de ladite ville et les officiers du roy, et en leur compaingnie
les gens de la ville, jusques au nombre de cent chevaux, en lui faisant
la révérence et en luy disant qu'il fust le bien venu en la ville du
roy.