De l'assemblée qui fu à Bruges pour traictier de la paix entre les deux
roys.
En celuy an mil trois cens septante-quatre dessusdit, furent envoiés de
par le pape l'arcevesque de Ravenne et l'evesque de Carpentras, pour
traictier de paix entre lesdis roys. Et en celuy an en karesme
assemblèrent à Bruges devant lesdis messages du pape les gens desdis
roys; c'est assavoir: pour le roy de France, le duc de Bourgoigne son
frère, l'evesque d'Amiens et pluseurs autres clers et chevaliers; et
pour le roy d'Angleterre, le duc de Lenclastre son fils, l'evesque de
Londres et pluseurs autres clers et chevaliers. Et quant il orent esté
par aucun temps en ladite ville de Bruges, aucuns de ceux du conseil du
roy de France retournèrent à Paris pour luy rapporter aucunes choses
parlées par les parties à Bruges sur lesdis traictiés. Et entre les
autres choses rapportèrent que lesdis Anglois requerroient à grant
instance avoir les ressors et souverainetés des terres que il devroient
avoir par ledit traictié. Si assembla le roy de France grant conseil,
tant des seigneurs de son sanc, comme prélas, nobles, clers, maistres en
théologie et en décrés, et grant nombre d'autres sages qui, tous d'un
accort après ce que tout leur ot esté dit et exposé, distrent au roy
qu'il ne povoit né devoit laissier aucune chose de ses ressors et
souverainetés; et sé il le faisoit, ce seroit contre son serement et son
honneur, et au détriment de son ame pour pluseurs causes et raisons que
il luy distrent lors. Et ainsi fu respondu à ses gens qui estoient venus
de Bruges par devers luy.