XLI.

Coment Jehan de Montfort vint de Bordeaux en Bretaigne, et se mist au

fort de Auroy.

En l'entrée du moys de février ensuivant, messire Jehan de Montfort, qui

avoit esté duc de Bretaigne et avoit chevauchié avecques le duc de

Lenclastre, par la manière que dessus est escript, vint par mer de

Bordeaux en Bretaigne, là où avoit encore trois forteresses qui se

tenoient pour luy; c'est assavoir: Derval, Brest et Auroy, en laquelle

il vint descendre premièrement. Et là estoit sa femme, et amena des gens

anglois avec luy. Et quant il y fu, il manda pluseurs de ceux de

Bretaigne, gens d'églyse, nobles et autres pour aler audit lieu d'Auroy

parler à luy; et le roy de France qui oï nouvelles de ce envoia des gens

audit païs de Bretaigne pour le conforter[305], et jà y estoient le

connestable de France et le seigneur de Cliçon pour le roy.

[305] _Le conforter_. Sans doute pour fortifier son parti contre celui

des Anglois et du duc de Bretagne.

_Incidence des grandes rivières_. Item, en celuy an mil trois cens

septante-trois dessusdit, ès mois de janvier et de février, furent en

France, par espécial ès rivières de Saine, de Marne, de Yonne, d'Oise et

de Loire, la plus très grant inondacion d'yaues que l'homme qui vesquist

lors eust onques veues; et durèrent plus de deux mois. Et à Paris

aloit-l'en par bastiaux par la rue Saint-Denis oultre la porte, et de la

porte Saint-Anthoine jusques à Saint-Anthoine, et de la porte

Saint-Honoré jusques au Rolle et à Nully. Et si estoit l'yaue jusques

près des planchers des pons de Paris; et entroit dedens la chapelle

basse du palais, et toutes les maisons basses du palais estoient plaines

d'yaue, et communelment les caves et celiers de Paris du costé devers

grant pont. Et atachoit-l'en les bastiaux à la Croix-Hémon, qui est

au-dessus de la place Maubert.

Item, au mois d'avril ensuivant, mil trois cens septante-quatre, et

furent Pasques le secont jour d'iceluy mois, le duc de Lenclastre qui

estoit à Bordiaux s'en parti par mer et ala en Angleterre à tout tant

pou de gens qui luy estoient demourés; et disoit-l'en que son père et le

prince de Galles son frère ne luy avoient pas fait bonne chière, pour ce

que il avoit si petitement exploitié en la chevauchiée que il avoit

faite; jà fust ce que elle eust esté la plus grant qui oncques eust esté

faite en France par lesdis Anglois. Toutesvoies il avoit moult perdu de

gens et de chevaux; car il et sa route en avoient bien trait

d'Angleterre trente mil chevaux et plus, et il n'en porent pas mettre à

Bordiaux six mil, et bien avoit perdu le tiers de ses gens et plus.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 213 / 339 题