Le jour de la Saint-André ensuivant, les ducs de Berri et de Bourgoigne,
ledit connestable et grant foison de gens d'armes jusques au nombre de
trois mil et plus, furent devant la ville de Thouars, qui encore se
tenoit pour le roy d'Angleterre. Et attendirent lesdis ducs et
connestable tout le jour devant ladite ville; car traictié avoit esté
par avant entre les gens du roy de France d'une part, et les nobles du
païs de Poitou qui encore tenoient la part du roy anglois, d'autre, que
sé les François estoient ledit jour de la Saint-André plus fors devant
ladite ville de Thouars que les Anglois, que tous les Poitevins se
mettroient en l'obéissance du roy de France. Et devant ladite ville de
Thouars ne vint aucun ledit jour de Saint-André pour ledit roy anglois,
et ainsi furent les François plus fors. Si se rendirent tous ceux de
Poitou, nobles et autres, en l'obéissance du roy de France, excepté
trois forteresses; c'est assavoir: Mortaigne, Lusignan et Gensay[301],
et firent tous les nobles homaige au duc de Berry à qui le roy de France
avoit donné la conté de Poitiers à héritage, et le païs de Saintonge à
vie tant seulement; mais le roy retint La Rochelle. Et celle saison, le
roy de France envoia pluseurs fois messaiges grans et notables par
devers le duc de Bretaigne, que l'en sentoit moult favorable aux
Anglois, et le fist le roy par pluseurs fois requérir que il féist son
devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du
roy et pair de France, et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer
en son païs de Bretaigne, né les conforter en aucune manière: lequel duc
respondoit toujours que ainsi le feroit. Et finablement dedens Pasques
ensuivant qui furent mil trois cens septante-trois, ledit duc manda
grant foison Anglois, et les fist venir en Bretaigne, dont tous ceux
dudit païs, nobles et autres, furent moult courroucés, et distrent audit
duc que il ne seroient jà Anglois; car le roy de France estoit leur
seigneur souverain; et requistrent audit duc que il méist hors de son
païs lesdis Anglois. Et pour ce que il ne le voult faire, mais se
esforçoit de mettre lesdis Anglois ès villes et forteresses dudit païs,
en mettant hors d'icelles les Bretons, et de fait en aucunes ainsi le
fist; pour ce, envoièrent devers le roy, leur seigneur souverain, afin
que il y méist remède. Et pour ce, le roy y envoia sondit connestable,
le seigneur de Cliçon et autres; et quant ledit duc senti leur venue, il
se parti du pays et ala en Angleterre. Si chevaucha ledit connestable
par le païs de Bretaigne et se rendirent à luy, pour le roy de France,
nobles, bonnes villes, gens d'églyse et tout le païs, tant de Bretaigne
galot comme bretonnant, dedens le jour de la Saint-Jehan-Baptiste
ensuivant, excepté seulement Brest, Auroy et Derval, et se mist ledit
connestable à siège devant Brest; et les seigneurs de Laval et de Cliçon
devant Derval. Et ledit siège de Brest tenu par aucun temps, les Anglois
qui estoient dedens firent un tel traictié que sé les Anglois n'estoient
plus fors que les François, devant ledit lieu de Brest en la place
commune, le sixiesme jour du moys d'aoust ensuivant il rendroient le
chastel; et de ce baillièrent douze hostaiges, desquels ledit
connestable eslargi les six sur leur foy: et se redevoient rendre audit
connestable huit jours devant ladite journée dudit sixiesme jour
d'aoust, lesquels ne retournèrent point: à laquelle journée dudit
sixiesme jour ledit connestable fu, et ot bien trois mil hommes d'armes
avecques luy; et jà soit que il y eut grant foison d'Anglois, il ne se
osèrent combattre audit connestable, et si ne rendirent pas ledit lieu
de Brest et laissièrent leur six hostaiges qui estoient demourés audit
connestable.
[301] _Gensay_. Je crois que c'est aujourd'hui _Janzé_, à six lieues
de Rennes.