ANNÉE 1373

Le jour de la Saint-André ensuivant, les ducs de Berri et de Bourgoigne,

ledit connestable et grant foison de gens d'armes jusques au nombre de

trois mil et plus, furent devant la ville de Thouars, qui encore se

tenoit pour le roy d'Angleterre. Et attendirent lesdis ducs et

connestable tout le jour devant ladite ville; car traictié avoit esté

par avant entre les gens du roy de France d'une part, et les nobles du

païs de Poitou qui encore tenoient la part du roy anglois, d'autre, que

sé les François estoient ledit jour de la Saint-André plus fors devant

ladite ville de Thouars que les Anglois, que tous les Poitevins se

mettroient en l'obéissance du roy de France. Et devant ladite ville de

Thouars ne vint aucun ledit jour de Saint-André pour ledit roy anglois,

et ainsi furent les François plus fors. Si se rendirent tous ceux de

Poitou, nobles et autres, en l'obéissance du roy de France, excepté

trois forteresses; c'est assavoir: Mortaigne, Lusignan et Gensay[301],

et firent tous les nobles homaige au duc de Berry à qui le roy de France

avoit donné la conté de Poitiers à héritage, et le païs de Saintonge à

vie tant seulement; mais le roy retint La Rochelle. Et celle saison, le

roy de France envoia pluseurs fois messaiges grans et notables par

devers le duc de Bretaigne, que l'en sentoit moult favorable aux

Anglois, et le fist le roy par pluseurs fois requérir que il féist son

devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du

roy et pair de France, et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer

en son païs de Bretaigne, né les conforter en aucune manière: lequel duc

respondoit toujours que ainsi le feroit. Et finablement dedens Pasques

ensuivant qui furent mil trois cens septante-trois, ledit duc manda

grant foison Anglois, et les fist venir en Bretaigne, dont tous ceux

dudit païs, nobles et autres, furent moult courroucés, et distrent audit

duc que il ne seroient jà Anglois; car le roy de France estoit leur

seigneur souverain; et requistrent audit duc que il méist hors de son

païs lesdis Anglois. Et pour ce que il ne le voult faire, mais se

esforçoit de mettre lesdis Anglois ès villes et forteresses dudit païs,

en mettant hors d'icelles les Bretons, et de fait en aucunes ainsi le

fist; pour ce, envoièrent devers le roy, leur seigneur souverain, afin

que il y méist remède. Et pour ce, le roy y envoia sondit connestable,

le seigneur de Cliçon et autres; et quant ledit duc senti leur venue, il

se parti du pays et ala en Angleterre. Si chevaucha ledit connestable

par le païs de Bretaigne et se rendirent à luy, pour le roy de France,

nobles, bonnes villes, gens d'églyse et tout le païs, tant de Bretaigne

galot comme bretonnant, dedens le jour de la Saint-Jehan-Baptiste

ensuivant, excepté seulement Brest, Auroy et Derval, et se mist ledit

connestable à siège devant Brest; et les seigneurs de Laval et de Cliçon

devant Derval. Et ledit siège de Brest tenu par aucun temps, les Anglois

qui estoient dedens firent un tel traictié que sé les Anglois n'estoient

plus fors que les François, devant ledit lieu de Brest en la place

commune, le sixiesme jour du moys d'aoust ensuivant il rendroient le

chastel; et de ce baillièrent douze hostaiges, desquels ledit

connestable eslargi les six sur leur foy: et se redevoient rendre audit

connestable huit jours devant ladite journée dudit sixiesme jour

d'aoust, lesquels ne retournèrent point: à laquelle journée dudit

sixiesme jour ledit connestable fu, et ot bien trois mil hommes d'armes

avecques luy; et jà soit que il y eut grant foison d'Anglois, il ne se

osèrent combattre audit connestable, et si ne rendirent pas ledit lieu

de Brest et laissièrent leur six hostaiges qui estoient demourés audit

connestable.

[301] _Gensay_. Je crois que c'est aujourd'hui _Janzé_, à six lieues

de Rennes.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 211 / 339 题