XXIII.

Coment le duc de Lenclastre vint à Calais pour guerroier France; et

coment le duc de Bourgoingne et les François alèrent à Tourneham.

Le dimanche, quinziesme[288] jour de juillet, l'an mil trois cens

soixante-neuf dessus dit, le roy parti de Paris et ala au giste à

Saint-Denis pour aler à Rouen, et de là à Herefleu, pour veoir le navire

que il avoit fait assembler pour faire passer en Angleterre: et avoit le

roy ordené que monseigneur le duc de Bourgoigne, son frère, y passeroit,

et avecques luy de bonnes gens d'armes, pour faire guerre au roy

d'Angleterre en son pays, qui l'avoit commenciée. Mais assez tost après,

le duc de Lenclastre, fils dudit roy d'Angleterre, passa à Calais et

grant quantité de gens d'armes et de archiers avecques luy, et

chevauchèrent jusques à Thérouenne et jusques à Aire et boutèrent les

feux par le païs où il passèrent; et pour celle cause, le roy de France

qui estoit ès parties de Normendie, fu conseillié de envoier son dit

frère le duc de Bourgoingne et les gens d'armes qui estoient devers luy

ès parties où estoit ledit duc de Lenclastre. Si se traist ledit duc de

Bourgoingne celle part, et approuchièrent les François des Anglois si

près, que le vint-troisiesme jour du mois d'aoust ensuivant, ledit duc

de Bourgoingne et sa compaignie se logièrent sur la montaigne de

Tourneham, près d'Ardre; et les Anglois furent logiés entre Guynes et

Ardre, à une petite lieue des François; et chascun jour y avoit des

escarmuches. Et finablement, à l'entrée du mois de septembre, furent

esleus de chascune des deux parties six chevaliers pour eslire une place

en laquelle il se combattroient, et tousjours estoit le roy environ

Rouen, et en celuy temps, le roy de Navarre qui longuement avoit demouré

en Navarre, vint, par la mer, en Constantin, et envoia monseigneur

Legier d'Orgesis et Guerart Mausergent devers le Roy de France, et luy

fist savoir que il vendroit devers luy sé il luy plaisoit; mais il avoit

à luy faire aucunes requestes, lesquelles il diroit volentiers à aucuns

du conseil du roy, sé il luy en vouloit aucuns envoier. Et pour ce, y

envoia le roy le conte de Sarebruche, le doyen de Paris et maistre

Pierre Blanchet. Et en ce temps le siège se leva que avoient mis devant

Saint-Sauveur-le-Viconte le sire de Craon, le sire de Laval, le sire de

Cliçon, et pluseurs autres chevaliers et écuiers de la partie du roy de

France, pour ce que ledit Saint-Sauveur se tenoit pour messire Jehan de

Chandos, Anglois, et que au chastel dudit Saint-Sauveur se estoient mis

et retrais pluseurs gens de compaignie jusques au nombre de mil

combattans ou de plus. Et la cause pourquoy se leva ledit siège, fu, si

comme l'en disoit, pour ce que ledit sire de Cliçon s'en ala et enmena

ses gens. Si ne demourèrent pas les autres si fors que il peussent tenir

le siège. De laquelle chose le roy fu trop dolent, et manda au seigneur

de Craon et aux autres qu'il retournassent audit siège.

[288] _Quinziesme_. Et non pas _vint-cinquiesme_, comme les éditions

précédentes et beaucoup de manuscrits. Cette année-là, le 25 tomboit

un mercredi.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 191 / 339 题