Coment monseigneur le régent parla bien en parlement pour le roy de
Navarre, et de la response que fist maistre Jehan des Mares contre
pluseurs traitres.
Le samedi, vint-quatriesme jour du moys d'aoust, ledit régent s'en
retourna de Pontoise à Paris, et ledit roy s'en ala à Meulent. Et
deurent estre à Paris ensemble, le dimenche premier jour de septembre
ensuivant, pour ordener du fait de la guerre; pour ce que l'en disoit
que le navire du roy anglois estoit tout prest, et que celuy roy devoit
passer brievement à grant ost pour venir en France. Et jasoit ce que
ledit régent eust jà partout envoié lettres au royaume, contenant le
traictié de la paix de luy et du roy de Navarre, par lesquelles il se
pénoit, tant comme il povoit, de recommander ledit roy et de le mettre
en la grace du peuple, toutesvoies ne le vouloit-il ou n'osa faire venir
à Paris, jusques à ce que il eust parlé au peuple sur ce. Et pour ce
fist une grande assemblée en la chambre de parlement, et là récita au
peuple le traictié dudit roy, et leur dist de sa bouche qu'il ne vouloit
point faire venir ledit roy de Navarre à Paris sé ce n'estoit de leur
bon gré, et que il ne vouldroit point que l'en féist né déist audit roy
né à ses gens aucunes choses qui leur déust déplaire.
Et lors, un advocat de parlement appellé maistre Jehan des Mares, pour
et au nom du prévost des marchans et de ladite ville, respondi en
substance que le peuple de Paris estoit joieux et lie de la bonne paix
dessusdite, et leur plaisoit bien que il féist venir à Paris ledit roy
toutesfois que il luy plairoit: mais les bonnes gens de Paris
supplioient audit régent que il ne voulsist souffrir que aucuns
traistres venissent à Paris que ledit maistre Jehan nomma lors. Et dist
au régent que sé il venoient à Paris, que il tenoit fermement que le
peuple ne les y pourroit souffrir. Et estoient ceux dont les noms
s'ensuivent: maistre Robert le Coq évesque de Laon, maistre Michiel
Casse chancelier de l'églyse de Noyon, Jehan de Sainte-Aude, Pierre de
la Courtneuve, Vincent du Valrichier, Pierre des Barres, Gieffroi le
Flament du porche St-Jaques et aucuns autres.
Lequel régent respondi que ce n'estoit point son entencion né sa volenté
que lesdis traistres venissent à Paris; et jasoit ce que ledit roy luy
eust fait requeste pour les dessus nommés, afin que il leur pardonnast
tout, toutesvoies ne luy avoit-il voulu accorder né pensoit à faire.