CXIII.

Des hostages qui furent envoiés à Meulent avant que le roy de Navarre

osast venir à Pontoise par devers ledit régent.

Le lundi ensuivant, dix-neuviesme jour dudit moys d'aoust, après disner,

ledit régent issi hors de Pontoise pour aler au devant du roy de

Navarre, et mena ledit régent avec luy moult de gens d'armes, et

chevaucha en alant vers Meulent environ une lieue.

Et lors vit ledit roy qui estoit issu dudit Meulent, et venoit devers

ledit régent; et avoit avec luy environ cent hommes d'armes; et si en y

avoit bien autant des gens ledit régent que il avoit envoiés contre

ledit roy. Et si en avoit aucuns que ledit régent avoit envoiés pour

convoier certains hostages lesquels monseigneur ledit régent avoit

envoiés à Meulent, pour ce que ledit roy n'osoit né vouloit aler à

Pontoise, sé il n'avoit hostages. Et furent hostages le duc de Bourbon,

monseigneur Loys de Harecourt, le sire de Morency[164], le sire de

Saint-Venant, monseigneur Guillaume Martel, le Baudrin de la Heuse et

aucuns autres chevaliers, le prévost des marchans et deux bourgois de

Paris. Mais ledit roy ramena avec luy ledit prévost et bourgois de

Paris, quant il ala par devers ledit régent, et les autres demourèrent à

Meulent.

[164] _Morency_. La maison de Montmorency est souvent ainsi désignée

dans les anciens monumens.

Et quant ledit roy vit ledit régent sus les champs, il renvoia sa gent à

Meulent, et ne retint avec luy que quarante chevaux ou environ. Si

s'approchièrent l'un de l'autre, et avoient chascun le chapperon

avalé[165], hors de la teste. Et quant il furent près l'un de l'autre,

si se entresaluèrent, et retournèrent ensemble à Pontoise à l'anuitier.

Et furent les torches alumées à l'entrée de la ville. Et mena ledit

régent avec luy descendre ledit roy au chastel auquel le régent estoit

hébergié; et livra-l'en audit roy chambre dessous la chambre dudit

régent, et ce soir souppèrent ensemble.

[165] _Avalé_. Descendu.

Et l'endemain, jour de mardi, fu le conseil des deux assemblé pour

traictier de l'assiete des douze mille livrées de terre que ledit régent

devoit baillier audit roy. Et réquéroit audit régent et son conseil

ledit roy et son conseil que on luy baillast pour ladite terre, les

viscontés de Faloise, de Baieux, d'Auge et de Vire. Et de ce ne furent

pas à acort les gens du conseil dudit régent. Pour ce alèrent devers

ledit régent, et luy distrent les requestes des gens dudit roy, et les

offres qui leur avoient esté faites par les gens dudit régent. Et sembla

audit régent que on le seurquéroit[166] de la partie dudit roy. Et pour

ce envoia le conte d'Estampes par devers ledit roy et luy manda que sé

il ne prenoit les offres qui luy avoient esté faites de par luy,

lesquelles estoient bonnes et honnorables et raisonnables, que il

n'auroit paix né acort avec luy, mais le feroit mettre seurement là où

il l'avoit pris, et après féist chascun le mieux que il pourroit.

Laquelle chose ledit roy ne voulut accorder; et cuida-l'en que le

traictié fust tout rompu.

[166] _Surquéroit_. Demandoit trop de choses exorbitantes.

_Surenchérissoit_.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 126 / 339 题