CX.

D'une assemblée que monseigneur le régent fist faire au palais des gens

de Paris, pour oïr prononcier les demandes du roy d'Angleterre.

L'an de grace mil trois cens cinquante-neuf, fu prise la ville

d'Aubigny-sur-Nierre[157], par escheler, comme avoit esté Aucerre dont

dessus est faite mencion.

[157] _Aubigny-sur-Nierre_. Et non pas _Dabigne-sur-Mettre_, comme

dans les précédentes éditions. C'est une ville de l'ancien Berry,

aujourd'hui département du Cher. Elle est située sur la _Nere_, à

neuf lieues de Sancerre.

Item, le jeudi secont jour de may ensuivant, fu arse la ville de

Chastillon-sur-Loaing, par messire Robert Canole qui retournoit

d'Aucerre à Chastel Nuef sur Loyre, et en raportoit sa part de la pille

d'Aucerre. Quar le mardi précédent, derrenier jour d'avril, lesdis

Anglois avoient laissié ladite ville d'Aucerre, et s'en estoient alés en

leur forteresces, à tout leur pille; et en avoient mené grant nombre de

hommes, de femmes et de petits enfans de l'aage de dix ans ou environ,

et avoient arses les portes et abatu grant foison des murs de la ville.

Et néantmoins y aloient depuis lesdis Anglois souvent quérir des vivres

qui y estoient demourés; par espécial ceux de Regennes.

Item, le dimenche dix-neuviesme jour de may ensuivant, fu faite une

convocation à Paris de gens d'églyse, de nobles et de bonnes villes, par

lettres de monseigneur le régent, pour oïr un certain traictié de paix

qui avoit esté pourparlé en Angleterre entre le roy de France et celuy

d'Angleterre. Lequel traictié avoit esté aporté par devers ledit régent,

par monseigneur Guillaume de Meleun, archevesque de Sens, par le conte

de Tanquarville frère dudit archevesque, par le conte de Dampmartin, et

par messire Arnoul d'Odeneham, mareschal de France, tous prisonniers des

Anglois. A laquelle journée vint pou de gens, tant pour ce que l'en ne

fist pas assez tost assavoir ladite convocacion, comme pour ce que les

chemins estoient empeschiés des Anglois et Navarrois qui tenoient

forteresces en toutes les parties par lesquelles l'en povoit aler à

Paris; et aussi pour cause des pilleurs qui tenoient forteresces

françoises qui ne faisoient gaires mieux que les Anglois. Et en estoit

tout le royaume semé, par telle manière que on ne povoit aler par le

païs. Lesdis Anglois et Navarrois tenoient le chastel de Meleun, l'isle

et toute la ville du costé devers Bière; et la partie devers Brie estoit

françoise. Item, il tenoient la Ferté-soubs-Juerre, Oysseri,

Nogent-l'Artaut, et bien cinq ou six forteresces sur la rivière de

Marne; en Brie il tenoient Becoisel et la Houssoie[158]. En Mucien il

tenoient Juilly, Creil et pluseurs autres sur la rivière d'Oyse: sur

Saine en devalant, Poissy, Meullent, Mante, Rais; et plus de cent autres

en diverses parties, tant en Picardie comme ailleurs.

[158] _La Houssoye_ ou _La Houssaye_. Aujourd'hui village du

département de Seine-et-Marne, à cinq lieues de Coulommiers.--Je

n'ai pas retrouvé _Becoisel_, que le msc. 9,652 écrit _Le Trisel_.

Laquelle journée du dix-neuviesme jour fu continuée de jour en jour en

attendant plus de gens, jusques au samedi ensuivant, vint-cinquiesme

jour dudit moys. Auquel samedi ledit régent fu au palais sur le perron

de marbre en la court; et là, en présence de tout le peuple, fist lire

ledit traictié par maistre Guillaume des Dormans, advocat du roy en

parlement, par lequel traictié apparoit que le roy d'Angleterre vouloit

avoir la duchié de Normendie, la duchié de Guienne, la cité et le

chastel de Saintes, toute la dyocèse et païs; la cité d'Agen, la cité de

Tarbe, la cité de Pierregort, la cité de Limoges, la cité de Caours et

toutes les diocèses et païs, la conté de Bigorre, la conté de Poitiers,

la conté d'Anjou et du Maine, la cité et chastel de Tours et toute la

diocèse et païs de Touraine, la conté de Bouloigne, la conté de Guines,

la conté de Pontieu, la ville de Monstrueil-sur-Mer et toute la

chastellerie, la ville de Calais et toute la terre de Merq[159] en toute

justice et seigneurie, ressort et souveraineté, sans ce que, des terres

dessus dites le roy d'Angleterre fust en aucune manière subgiet au roy

de France présent né à ses successeurs roys de France, mais seulement

voisin. Et oultre vouloit avoir ledit roy d'Angleterre l'homage, ressort

et souveraineté de la duchié de Bretaigne, perpétuellement, si comme les

autres terres dessus dites.

[159] _Merq_. Ce nom de pays, peut-être le même que _Marquenterre_, en

Ponthieu, a été oublié dans l'estimable _Indication des Provinces et

pays de la France_, publiée dans l'_Annuaire de l'Histoire de

France, année 1837_.

Et oultre vouloit avoir quatre millions d'escus de Phelippe, avec toutes

les autres terres que il tenoit au royaume de France, par tel condicion

que le roy de France devoit faire récompensacion de autres terres à tous

ceux qui avoient aucunes choses sur lesdites terres, par aliénation

faite par les roys de France ou par ceux qui ont eu cause[160] d'eux,

depuis que lesdites terres et pays vindrent et furent aux roys de

France.

[160] _Qui ont eu cause_. Qui prétendoient à des droits transmis par

eux.

Et encore requéroit ledit Anglois avoir la possession des villes et

chastiaux de Rouen, de Caen, de Vernon, du Pont-de-l'Arche, du

Goulet[161], de Gisors, de Moliniaux, d'Arques, de Gaillart, de Vire, de

Boulongne, de Monstrueil-sur-la-Mer, de la Rochelle; cent mille livres

d'Esterlins et dix seigneurs pour ostages dedens le premier jour d'aoust

ensuivant. Et ce fait, il devoit mettre le roy de France en son royaume,

en son povoir; toutesvoies tousjours loyal prisonnier jusque à ce que

toutes les choses dessusdites fussent acomplies. Lequel traictié fu

moult déplaisant à tout le peuple de France. Et après ce qu'il orent eu

délibéracion, il respondirent audit régent que ledit traictié n'estoit

passable né faisable: et pour ce ordennèrent à faire bonne guerre aux

Anglois.

[161] _Le Goulet_. Place forte dont il reste à peine des

vestiges.--_Moliniaux_ ou Moulineaux, aujourd'hui village à trois

lieues de Caen.--_Arques_, petite ville de Normandie, près de

Dieppe.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 123 / 339 题