De la response que ceux qui tenoient les forteresces féirent à ceux que
le roy d'Angleterre leur envoia.
En ce temps envoia le roy d'Angleterre deux chevaliers anglois en France
pour faire issir des forteresces tous ceux[95] qui aucunes en avoit
prises depuis les trièves données à Bourdiaux entre le roy de France et
le prince de Galles. Dont pluseurs et presque tous, tant en Chartain
comme en Normendie, qui avoient prises lesdites forteresces respondirent
que il n'estoient point au roy d'Angleterre, né les dites forteresces ne
tenoient de par luy; et dirent aucuns que il estoient au roy de Navarre
et les autres disrent que il trouveroient bien qui les avoueroit. Et ne
issirent point, mais coururent, pillèrent et robèrent le pays. Et furent
aucuns de la garnison d'Esparnon, le lundi douziesme jour du moys de
mars, en la ville de Chastres soubs Mont-Lehery environ; et pillèrent
tout et emmenèrent moult de prisonniers à Mont-Lehery et n'estoient pas
plus de six vint ou environ: et si ne trouvèrent qui empeschement leur
féist. Et toutesvoies estoit l'accort fait entre ledit duc et le roy de
Navarre, par telle manière que il estoient le plus du temps ensemble, et
avoient esté par plus de huit jours ensemble par avant. Et avoit ledit
duc accordé que ledit roy, en partie de paiement de ce que il devoit
avoir par ledit accort, auroit la conté de Bigorre, et la jugerie de
Rivière[96] et la conté de Mascon et autres terres au païs, jusques à
dix mil livres mesurées de terre. Et si fu accordé à la royne Blanche,
soeur dudit roy, que elle auroit Moret en Acquitaine de ce que l'en luy
devoit pour son douaire. Item, en tout ce temps donnoit ledit roy de
Navarre saufs-conduis à Paris, contenant ceste forme[97]:
[95] _Tous ceux_. Tous ceux qui sous prétexte d'ordres émanés du roi
d'Angleterre avoient pris possession de places que la conclusion des
trêves empêchoit de croire en danger.
[96] _La Jugerie_. Variante: _Viguerie_.
[97] Cette dernière phrase est inédite.